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Sciences

Pourquoi bâille-t-on?

25-05-2012

Tout le monde le fait ou presque: les reptiles, les poissons, les chiens, les chats, les bébés, les grands-mères, les Chinois, les astronautes, Angelina Jolie et le dalaï-lama. Plusieurs fois par jour, partout sur la planète, à peu près tous les vertébrés répondent à ce besoin irrépressible, bâiller.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cet acte involontaire se déroule selon une séquence de mouvements qui ne varie pas, du lézard au primate. D’abord une longue inspiration, puis la bouche s’ouvre grande, la tête se renverse, les yeux se ferment et – au paroxysme – le souffle se coupe momentanément. S’ensuit une expiration rapide et une sensation de bien-être. Du début à la fin de cet étrange rituel, six secondes s’écoulent en moyenne.

On rit quand c’est drôle, on se gratte quand ça pique, on éternue quand le nez chatouille, mais pourquoi bâille-t-on? «Le bâillement existe chez les vertébrés depuis des millions d’années, affirme Olivier Walusinski. Il est donc plausible de penser qu’il remplit une fonction essentielle.» Ce médecin généraliste français qui se passionne pour le bâillement compile depuis 30 ans tout ce qui s’écrit là-dessus. Résultat, un site Web de plus de 10 000 pages, aujourd’hui la référence mondiale sur le sujet malgré son abord touffu et un peu brouillon. Après avoir épluché minutieusement le site, on comprend mieux comment ce mécanisme archaïque se produit, mais toujours pas à quoi il sert!

Il existe pourtant des dizaines de théories pour expliquer pourquoi un adulte bâille en moyenne de 5 à 10 fois par jour. Est-ce pour oxygéner son corps, refroidir son cerveau, se détendre, stimuler sa vigilance, empêcher l’affaissement de ses poumons, communiquer avec les autres ou se déboucher les oreilles? Ou encore, cette incontrôlable ouverture des mâchoires survient-elle quand on est séduit ou excité sexuellement?

Le sujet n’a rien d’anodin. La preuve, de nombreux scientifiques s’y intéressent. En 2010, à Paris, il s’est tenu la première conférence internationale sur le bâillement. Soixante chercheurs venus des États-Unis, d’Europe, de l’Inde, de l’Amérique latine et d’Israël y participaient. «Soixante chercheurs, 60 théories», résume à la blague Adrian Guggisberg, neurologue et chercheur aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en Suisse, qui a pris part à ce grand rassemblement. L’organisateur de l’événement est nul autre qu’Olivier Walusinski qui réalise ainsi un vieux rêve pour lequel il s’est joliment endetté.

Messieurs dames les chercheurs, peut-on au moins affirmer que le bâillement est lié au sommeil ou à la somnolence? C’est ce qui semble se dégager des observations faites dans la nature. Les girafes, par exemple, semblent bâiller aussi peu qu’elles dorment. «Giraffes can’t yawn»; c’est même écrit sur des teeshirts! Certes, des photos compromettantes contredisent ce fait sur Internet, mais Julie Hébert, biologiste au Zoo de Granby, est formelle: «Ici, les gardiens ne les ont jamais prises sur le fait.» S’ils ne bâillent pas, ces herbivores au long cou ne dorment également qu’une à deux heures par jour, un manque de vigilance pouvant les transformer illico en steak tartare pour prédateur comblé.

Parlant de prédateur comblé, les lions, eux, ronflent de 16 à 20 heures par jour et sont de grands bâilleurs. Le bâillement – tout comme le repos – serait-il donc un luxe réservé aux animaux qui ne courent aucun danger?

Lire la suite dans le numéro de juin-juillet 2012

Illustration: Annie Villeneuve
Collaboration à la recherche: Valérie Barbin

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