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Sciences

Le problème avec la science dans l’Arctique

13-11-2018

Natan Obed tient un omble chevalier attrapé dans les eaux à proximité des monts Torngat au Nunatsiavut (Labrador). Photo: Jackie Dives/Canada C3

La science dans le Nord ne tourne pas rond, estime Natan Obed, président élu de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisation qui représente les quelque 65 000 Inuits du Canada. Elle se fait trop souvent aux dépens des communautés nordiques, affirme-t-il, et répond aux questions des chercheurs en visite bien plus qu’à celles des habitants de ces régions. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus.

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Québec Science : Dans un discours au Sommet sur la pérennité de l’Arctique, tenu à Montréal en mai 2018 dans le cadre des sommets de la recherche du G7, vous avez dressé un portrait peu reluisant de la recherche menée dans le Nord. Quels sont les principaux problèmes?

Natan Obed: La recherche dans l’Inuit Nunangat [NDLR : les régions inuites du Canada] part généralement de la prémisse qu’il y a un problème qu’un chercheur ou un petit projet de recherche peut régler.

Également, quand une personne vient pour la première fois dans l’Arctique entreprendre un projet de recherche, souvent elle ne réalise pas qu’une douzaine d’autres sont déjà venues nous poser les mêmes questions, certaines parfois intimes.

QS  Les chercheurs sont-ils persona non grata dans le Nord ?
NO Nous voulons connaître les perspectives différentes des nôtres et nous sommes heureux de faire partie du monde de la recherche. Il y a beaucoup de questions auxquelles la science doit encore répondre et nos communautés n’ont pas la capacité d’effectuer ces recherches elles-mêmes. Cela dit, quand un chercheur choisit un sujet parmi ses champs d’intérêt, nous ne sommes pas obligés d’être emballés.

Heureusement, il existe des scientifiques qui ont un respect profond de nos communautés, qui établissent des partenariats pour mettre sur pied des projets qui bénéficient à la société inuite et qui répondent aux questions qui nous intéressent. C’est le cas du Dr Gonzalo Alvarez, à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa. Il étudie la tuberculose.

QS Quels sont les sujets chers aux communautés inuites ?
NO L’enjeu qui nous touche le plus est l’environnement, mais il y a aussi l’effet du climat sur les infrastructures et la prévention du suicide et de la tuberculose.

QS Que suggérez-vous pour améliorer la donne ?

LISEZ LA SUITE DE CE REPORTAGE DANS LE NUMÉRO DE DÉCEMBRE 2018

Pour accéder à l’article complet, consultez notre numéro de décembre 2018. Achetez-le dès maintenant.

Natan Obed sur la colline du Parlement, à Ottawa, lors d’un rassemblement pour la prévention du suicide chez les jeunes Inuits.
Photo: Scott Doubt

Pour le moment, nous demeurons essentiellement des observateurs pour toutes les décisions liées aux projets de recherche dans l’Arctique canadien
et cela doit changer.

QS Vous affirmez que les données scientifiques sur le Nord sont souvent ignorées des autorités. Que voulez-vous dire ?
NO Les données de recherche sur la santé, sur l’environnement ou sur notre déficit en infrastructures par exemple ne se traduisent pas en interventions de la même façon qu’elles le seraient s’il s’agissait de données concernant la population du sud du Canada. Il n’y a pas encore eu de réelle volonté de s’attaquer aux inégalités entre les Inuits et le reste des Canadiens que ces données mettent en lumière. C’est maintenant l’heure de transformer les données en actions.

 

NO La solution commence avec les établissements de recherche, qui doivent s’assurer que des Inuits siègent aux comités qui approuvent les projets. Même chose pour les conseils d’administration des instituts de recherche fédéraux. Pour le moment, nous demeurons essentiellement des observateurs pour toutes les décisions liées aux projets de recherche dans l’Arctique canadien et cela doit changer.

QS  La Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique a été inaugurée au Nunavut par le gouvernement fédéral en octobre 2017. Quelle place souhaitez-vous y avoir?
NO Cette station de recherche est un projet emballant et il est important pour nous de nous assurer que le gouvernement respecte les Inuits. L’ITK souhaite donc que 25 % du financement alloué dans le cadre du premier plan stratégique de Savoir polaire Canada, responsable de la Station, soit destiné aux priorités de recherche des Inuits et administré grâce à un processus basé sur l’autodétermination.

QS  Les carrières en recherche intéressent-elles les Inuits?
NO Des Inuits ont fait un parcours en recherche et ont une maîtrise ou un doctorat, mais nous avons très peu de professeurs. Nous devons guider la nouvelle génération en ce sens.

QS  Comment y arriver ?
NO Le contexte est particulier, et les défis tirent leur origine de la colonisation. Rappelons que nos premiers contacts avec l’éducation formelle remontent aux pensionnats autochtones…

Ensuite, plusieurs de nos 51 communautés ont été constituées dans les an-nées 1950 et 1960 ; notre système d’éducation y est donc jeune. Certaines communautés n’ont pas eu d’école secondaire avant les années 1980 ou 1990. Pour ces raisons, seulement 34 % des Inuits possèdent un diplôme d’études secondaires. Donc, le bassin d’Inuits qui se rendent aux études postsecondaires est petit.

Je souhaite qu’on puisse nouer des partenariats avec des organismes du Sud pour que les Inuits voient la recherche comme une possible carrière, comme un espace où ils peuvent être respectés et où ils pourraient accomplir des choses pour leur société, en plus de gagner leur vie.

QS  À quand une université du Nord, un projet sur la table depuis très longtemps ?
NO Avec plusieurs organisations, nous sommes au début d’un plan étalé sur cinq ans dans le but de créer une université dans l’Inuit Nunangat. Nous devons répondre à plusieurs questions, comme où l’établir et quelles disciplines offrir.

Ce ne serait pas une université exclusivement pour les Inuits, mais bien une université dirigée par les Inuits et dans la perspective inuite. C’est une différence importante, car nous souhaitons qu’elle s’insère dans le reste du monde universitaire. Ses diplômes seront transférables par exemple.

QS Des organisations inuites possèdent des installations de recherche. À quoi ressemblent-elles ?
NO La plus grande est à Kuujjuaq ; les autres sont modestes. Elles permettent néanmoins de développer tranquillement nos capacités. Nous aimerions que nos stations fassent partie du réseau des installations de recherche dans l’Arctique pour que nous n’en soyons pas les seuls utilisateurs, pour que la communauté scientifique au sens large s’en serve.

Notre nouvelle relation avec le gouvernement du Canada et les organismes de financement nous permet d’espérer que nous obtiendrons des fonds pour y arriver.

Je suis optimiste. Nous sommes très résilients : nous sommes passés à travers tant d’épreuves.

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