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Sciences

Quand le sexe fait mal

16-02-2017

Illustration: Iris Boudreau

Plusieurs femmes éprouvent de la douleur pendant les relations sexuelles sans qu’une cause médicale puisse l’expliquer. Ce n’est pas pour autant un mal imaginaire. 

Dans la longue liste des maladies mentales compilées par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, on trouve les douleurs féminines inexpliquées pendant les relations sexuelles. La bible des psychiatres les a baptisées « trouble lié à des douleurs génito-pelviennes ou à la pénétration ». Étrangement, un tel diagnostic n’existe plus pour les hommes depuis la dernière révision du document en 2013.

« C’est controversé, mais certains diraient que c’est de la psychologisation des douleurs gynécologiques des femmes », indique Sophie Bergeron, directrice du Laboratoire d’étude de la santé sexuelle de la femme et professeure au département de psychologie de l’Université de Montréal. « Pour les hommes, on aura plutôt recours à une explication médicale. On parlera alors de douleurs pelviennes liées à la prostate, alors qu’on ne sait même pas si elles y sont vraiment liées ! »

La vestibulodynie, la douleur vulvaire la plus fréquente, touche de 8 % à 21 % des femmes en Amérique du Nord. Elle est caractérisée par une douleur à l’entrée du vagin. Pour la majorité, elle apparaît lorsqu’une pression est exercée sur la région, lors de la pénétration, par exemple.

Les scientifiques n’en connaissent pas encore les causes, mais ils soupçonnent notamment les infections vaginales à répétition de sensibiliser les récepteurs de la douleur. Une étude canadienne de 2009 laisse croire que les femmes touchées par la vestibulodynie sont plus sensibles à la douleur en général. Les muscles du plancher pelvien, excessivement tendus chez les femmes affectées, auraient peut-être aussi un rôle à jouer, tout comme des facteurs génétiques.

Malaise chez le médecin

Beaucoup de femmes, surtout les plus âgées, vivent avec ce problème sans en parler à leurs médecins. Ces derniers ne
leur tirent pas nécessairement les vers du nez non plus.

Parler sexualité avec leurs patientes gêne des praticiens, affirme Sophie Bergeron. Des études américaines l’ont démontré et la situation semble être la même au Québec, selon la psychologue. « Ils ne reçoivent pas beaucoup
de formation. Même des gynécologues et des urologues sont mal à l’aise ! Ils sont aussi submergés. Ils passent peu de temps avec la patiente, si bien que le gynécologue moyen ne pose pas la question “Avez-vous des douleurs pendant les relations sexuelles ?” dans son examen de routine. »

Quand elles abordent enfin la question, les patientes doivent souvent consulter plusieurs médecins avant d’obtenir un
diagnostic, selon Mélanie Morin, physiothérapeute et professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. C’est que tous les praticiens ne connaissent pas cette affection. « Le médecin peut dire : “Je ne vois pas d’infection, tout est beau à l’examen gynécologique”. Ça n’ira alors pas plus loin, parce qu’il estime avoir exclu les troubles graves », explique la chercheuse.

Le médecin qui est familier avec la vestibulodynie pratiquera plutôt le test du coton-tige, au cours duquel il exerce une pression à l’entrée du vagin, une fois que toutes les autres causes sont écartées. «Si ça provoque une douleur comme celle ressentie lors d’une relation sexuelle, il peut poser un diagnostic », dit Mme Morin.

Essais et erreurs

Les praticiens peuvent toutefois se retrouver démunis devant les options de traitement; il faut procéder par essais et erreurs. Il existe des médicaments, mais ils ne fonctionnent pas pour toutes les femmes. Dans certains cas, le bout de chair sensible est carrément retiré lors d’une chirurgie.

Mélanie Morin a quant à elle démontré, dans une étude menée auprès de 212 participantes, l’efficacité de la physiothérapie, en comparaison avec un analgésique topique. Plus de 79 % des participantes ont dit que la douleur a été grandement réduite après 10 séances de physiothérapie, au cours desquelles elles faisaient des exercices de contrôle des muscles du plancher pelvien et des étirements. « Pour l’analgésique topique,
une amélioration était observée dans 40% des cas », précise la chercheuse. Il reste que la physiothérapie, en clinique privée, n’est pas accessible à toutes les bourses.

On réalise, depuis quelques années seulement, que les psychologues peuvent aussi aider ces patientes. Deux essais
cliniques randomisés (dont un publié en 2016 par Sophie Bergeron) ont démontré l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale dans le traitement de ces douleurs inexpliquées pendant les relations sexuelles. Puisque cette avenue est encore assez nouvelle, le nombre de psychologues qui l’offre est faible.

Ces derniers ne cherchent pas les causes dans le passé de leurs patientes, ce qui équivaudrait encore à une « psychologisation » du problème. Par ailleurs, ce type de thérapie est utilisé pour apaiser, avec succès, d’autres douleurs chroniques dans les cliniques spécialisées. « On cible les facteurs qui maintiennent la douleur chronique en place, et on aide les femmes dans leur détresse, car elles se sentent souvent coupables, inadéquates », dit Sophie Bergeron.

 

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