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Sciences

Retraite pour primates

18-01-2019

Les oreilles en chou-fleur de Rachel témoignent des nombreux coups qu’elle s’est donnés à la tête à la suite de ses traumatismes vécus en laboratoire. Aujourd’hui, grâce à la médication et aux bons soins de la Fondation, ses épisodes d’hallucinations et d’automutilation sont plutôt rares. Photo: NJ Wight et Tanya Barr

Visite du seul sanctuaire pour chimpanzés au pays.

En entrant dans le bâtiment principal de la Fondation Fauna, on perçoit de suite une odeur légère qui chatouille le nez, difficile à définir. Ce n’est pas de l’urine ni de la paille mouillée… « Ça, c’est l’odeur du chimpanzé », clarifie Mary Lee Jensvold, directrice associée de l’organisme. Pas de doute, on est sur le territoire de l’animal.

En tout et pour tout, il n’y a que 12 chimpanzés au Canada et ils sont réunis sur cette ancienne terre agricole à 20 minutes de Montréal, sur la Rive-Sud. Créé au milieu des années 1990 par une ex-toiletteuse pour chiens et son conjoint vétérinaire, cet organisme abrite des dizaines d’animaux abandonnés ou autrefois maltraités (chevaux, chèvres, oies, chiens, lapins, macaques…). Mais les chimpanzés demeurent les vedettes des lieux.

L’ambiance est calme lors de notre visite dans ce centre financé par des dons privés. De l’autre côté d’une grande vitre, Rachel se tire un pneu et s’assoit. Cette femelle de 36 ans a toujours été fascinée par les gens écrivant dans un cahier, nous dit notre guide. Pas étonnant donc qu’elle scrute avec autant de curiosité le journaliste planté devant elle, en s’étirant le cou pour voir ce qu’il gribouille.

 

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De courts « Ouh ! ouh ! ouh ! » graves et bestiaux résonnent dans le bâtiment. Ce n’est pas un « résident » qui les émet, mais plutôt l’une des préposées aux soins animaliers, agenouillée pour offrir la collation de l’après-midi. « Tous nos employés doivent apprendre le comportement des chimpanzés et leur répondre par des gestes et des expressions de chimpanzés. Le meilleur outil pour assurer leur bien-être, c’est l’environnement social, incluant leur relation avec les humains qui en ont la charge », précise Mme Jensvold.

Ces chimpanzés n’ont pas toujours eu droit à autant d’attentions. Ils proviennent d’instituts de recherche biomédicale américains et de zoos canadiens, et conservent souvent d’importantes séquelles physiques et psychologiques de leur séjour dans ces établissements. Par exemple, Sue Ellen (la doyenne, âgée de 51 ans) s’est fait arracher toutes les dents lorsqu’elle était animal de cirque afin de ne pas mordre ses dompteurs. Puis elle a été vendue à un laboratoire où on lui a inoculé le VIH. Regis, lui, a été anesthésié près de 200 fois durant son enfance, souvent par fusil hypodermique, pour subir nombre de biopsies et d’opérations.

Le gouvernement américain ne finance plus aucune recherche menée sur des chimpanzés depuis 2015, alors qu’on en retrouvait 700 dans les laboratoires. Mais trois ans plus tard, des centaines d’entre eux y croupissent toujours, faute de place dans les quelques sanctuaires existants. Du côté du Canada, cette espèce n’a jamais vraiment été utilisée à des fins scientifiques, bien que d’autres primates, principalement des macaques, le soient.

Avec le temps, les chimpanzés de la Fondation Fauna ont réappris à faire confiance aux humains. Ils ont aujourd’hui droit à 1 115 m2 d’aires intérieures : un labyrinthe de corridors grillagés leur permettant de passer des diverses salles de jeux aux pièces isolées, s’ils ont besoin de calme.

À cela s’ajoutent deux acres de terrains boisés clôturés et une offre quotidienne d’« enrichissements », un terme fourre-tout désignant tout objet ou toute activité servant à divertir et occuper les chimpanzés : bouteilles en plastique, balles de tennis, lunettes de soleil, matériel de peinture, télévision, etc. Regarder le petit écran est d’ailleurs l’une des activités préférées de Loulis, cobaye connu pour avoir appris à communiquer en langage des signes. Il adore les émissions de cuisine.

L’important, avec cette offre stimulante, est que ces primates puissent faire des choix. Tout le contraire de leur vie d’avant.

« Dans le futur, nous adapterons les installations aux problèmes de mobilité qu’ils auront », assure Mary Lee Jensvold, signalant que ses pensionnaires ont de 20 à 50 ans, alors que la longévité moyenne du chimpanzé est d’environ 35 ans. Bref, c’est une cohorte gériatrique – et la dernière que la Fondation accueillera. En effet, les chimpanzés utilisés en recherche ne peuvent plus traverser la frontière canado-américaine depuis qu’on leur a accordé le statut d’espère menacée en 2015 (au même titre que leurs cousins sauvages).

Malgré la lente attrition à venir, l’équipe de la Fondation Fauna concentre donc ses efforts sur la poignée de chanceux qui ont déjà pu y trouver refuge.

Galerie

Visite du seul sanctuaire pour chimpanzés au pays

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