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Sciences

Science: points forts et découvertes de 2017

25-12-2017

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Des ondes dans tous les sens

L’année 2017 a assurément été, pour la science, celle des ondes gravitationnelles. Ces petites ondulations de l’espace-temps, générées par des événements violents comme la fusion de trous noirs massifs, n’ont été détectées pour la première fois qu’en 2015. Depuis, les observations se sont multipliées, au point de devenir presque routinières (six fois en tout, dont quatre en 2017) !  Cinq fois sur six, les ondes provenaient de la collision d’énormes trous noirs. Mais c’est l’observation effectuée en août qui a le plus remué le monde de l’astronomie : les ondes, perçues simultanément par les deux détecteurs américains LIGO et leur pendant italien Virgo, étaient cette fois-ci issues de la fusion de deux étoiles à neutrons, qui sont parmi les objets les plus denses de l’Univers. Fait exceptionnel, la collision de ces étoiles a pu être localisée et donc observée par des dizaines de télescopes, sur Terre et dans l’espace, pendant une quinzaine de jours. Du jamais vu ! Le cataclysme a été analysé sous toutes les coutures, grâce à des signaux électromagnétiques enregistrés dans toutes les longueurs d’onde. L’ère de l’astronomie « multi-signaux » a débuté, et elle ouvre une nouvelle fenêtre sur l’Univers !

 

 

 

Éclipse solaire

215 millions : c’est le nombre d’Américains qui ont suivi l’éclipse solaire le 21 août dernier, en direct ou sur les réseaux sociaux. À l’heure où les États-Unis sont plus divisés que jamais, cet événement rassembleur a captivé 88% des adultes, soit deux fois plus que le Super Bowl, souligne le New York Times… C’est dire! Cette éclipse totale était la première à être visible d’une côte à l’autre du pays depuis 1918.

 

 

 

 

 

La vie ailleurs?

En février, l’étoile TRAPPIST-1 s’affiche en une de la revue Nature et fait les manchettes du monde entier. La raison? Avec ses 7 planètes de taille similaire à celle de la Terre, il s’agit du système planétaire ayant le plus grand nombre de planètes semblables à la nôtre jamais découvert. Trois de ces planètes sont positionnées dans la zone habitable de leur étoile et certaines pourraient pourraient contenir d’importantes quantités d’eau, selon les données du télescope Hubble. Autant dire que le télescope James-Webb, qui sera lancé d’ici un an, braquera lui aussi ses instruments vers TRAPPIST-1.

 


Le scénario de nos origines chamboulé

2017 a été riche en rebondissements pour les paléoanthropologues. Des restes d’homininés trouvés au Maroc, vieux de 315 000 ans, suggèrent que notre espèce serait apparue 100 000 ans plus tôt que ce qu’on pensait, et plutôt à l’ouest de l’Afrique qu’à l’est… Et ce n’est pas tout! Découvertes en Californie, des traces de découpe sur des os laissent croire que des hommes primitifs ont mis le pied sur le continent américain il y a 130 000 ans! Plus de 100 000 plus tôt que ce qui était admis jusque-là. Voilà qui nous force à revoir notre histoire, et pas à peu près…

 

 

 

L’édition génétique bat son plein

L’outil d’édition génétique CRISPR-cas9a continué de faire parler de lui cette année dans d’innombrables publications. On s’est d’une part attelé à mesurer son efficacité et à l’améliorer, et d’autre part à le manipuler, au labo ou dans le cadre d’essais cliniques, pour éliminer toutes sortes de maladies.  Il a aussi été utilisé pour la première fois aux États-Unis sur des embryons humains, dans le but de corriger une mutation génétique responsable d’une maladie cardiaque. En novembre, ce sont d’autres instruments d’édition génétique – des nucléases à doigts de zinc – qui ont été injectés chez un malade américain atteint d’un syndrome génétique rare, dans le but de réparer ses gènes défectueux. Les résultats seront connus sous peu.

 

 

 

 

Bacille du choléra

Les épidémies oubliées

Le choléra et la peste n’ont pas eu la force de frappe médiatique du Zika, mais elles ont fait des ravages dans certaines zones du globe.

En proie à une guerre civile depuis 2014, le Yémen a vu ses conditions sanitaires se dégrader au point de favoriser l’émergence d’une épidémie majeure de choléra, la pire depuis le début du 21e siècle. Entre le 27 avril et le 8 novembre 2017, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé 913 741 cas suspects de choléra et 2196 décès liés à cette infection intestinale aiguë. Si le nombre de cas est à la baisse depuis quelque temps, les autorités craignent un revers si l’Arabie Saoudite et ses alliés ne lèvent pas le blocus qui empêche, entre autres, l’envoi de fournitures médicales et de nourriture. Comme si ce n’était pas assez, 50 000 enfants yéménites sont menacés par la famine. Et la diphtérie se propage…

Jusqu’à tout récemment, Madagascar était aux prises avec une flambée épidémique de peste. Les autorités sanitaires et l’OMS semblent avoir jugulé la crise. Fin novembre, on déclarait 2348 cas confirmés, probables ou suspects, dont 202 mortels. La plupart sont dus à la peste pulmonaire, mais des cas de peste bubonique ont été rapportés.

 


Au revoir Cassini!

Lancé il y a 20 ans, la sonde Cassini a effectué une plongée mortelle vers Saturne le 15 septembre dernier, à une vitesse de plus de 100 000 km/h. Bien que cette fin ait arraché quelques larmes, il faut souligner qu’elle fut le point d’orgue d’une mission couronnée de succès. Pendant sa longue aventure, Cassini a exploré la région saturnienne, y découvrant une cinquantaine de nouvelles lunes, des océans de méthane sur Titan (le plus gros satellite naturel de Saturne) et des geysers de vapeur d’eau sur Encelade (une autre de ses lunes).

 

Trump, la bête noire des scientifiques

Depuis son assermentation, le président des États-Unis Donald Trump n’a cessé de provoquer l’ire des scientifiques. Retrait de l’Accord de Paris, réduction de la surface des parcs naturels, nomination d’un climatosceptique à la tête de l’Agence de protection de l’environnement, nomination d’un politicien comme directeur de la NASA, abolition du Clean Power Plan (qui imposait aux centrales thermiques une réduction de leurs émissions de GES), relance de l’industrie du charbon, création de mesures pour limiter l’accès à la contraception, multiples tentatives d’abroger l’Obamacare, autorisation de chasser les loups et les ours polaires (ainsi que leurs petits) pendant leur hibernation en Alaska… Le magnat de l’immobilier semble être en guerre ouverte contre la science et l’environnement.

Dans l’adversité, les chercheurs s’unissent : le 22 avril dernier, Jour de la Terre, ils étaient des centaines de milliers, à Washington et dans 600 autres villes à travers le monde, à marcher pour la science.

 

 

 

Le CO2 à la hausse

La COP23 n’était pas porteuse de bonnes nouvelles : après trois ans de stabilisation, les émissions de CO2 sont reparties à la hausse, augmentant possiblement de 2% cette année, selon les travaux du consortium scientifique Global Carbon Project. Grande consommatrice de charbon, la Chine serait en bonne partie coupable de ce phénomène qui marque un recul par rapport aux objectifs fixés par l’Accord de Paris visant à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C.

De leur côté, des experts du Programme des Nations unies pour l’environnement ont estimé que, dans l’état actuel des choses, si tous les États signataires de l’Accord de Paris respectent leurs engagements à la lettre, la planète se réchauffera d’au moins 3°C d’ici 2100. Voilà qui n’est guère réjouissant.

En novembre, 15 000 scientifiques provenant de 184 pays ont lancé un cri d’alarme, affirmant que l’humanité ne prend pas les mesures urgentes nécessaires pour sauver la biosphère en péril.

 

Puissante IA

Au cours de la dernière année, l’intelligence artificielle (IA) a été sur toutes les lèvres. Quelques exemples? Google a lancé ses premières voitures autonomes. Sa filiale DeepMind a créé une version encore plus puissante du programme AlphaGo qui, désormais, bat non seulement les meilleurs joueurs de go, mais est capable d’apprendre à jouer « sans rien savoir du jeu de go ».

Un autre programme, Libratus, mis au point par des chercheurs américains, a réussi là où d’autres machines ont souvent échoué : il a battu des joueurs de poker, un jeu particulièrement difficile à saisir pour l’IA. Après avoir fait ses preuves dans le domaine de la santé, en aidant les médecins à prescrire de meilleurs traitements anti-cancéreux, le robot IBM Watson aide maintenant les cabinets d’avocats, les banques, les compagnies d’assurances, les opérateurs téléphoniques… Les chercheurs ne cessent de repousser les limites de l’IA. Publié début décembre, le premier rapport de l’Artificial Intelligence Index, une sorte d’état des lieux de l’IA, a d’ailleurs noté que le nombre de publications dans ce domaine s’est multiplié par 9 au cours des 20 dernières années.

Cette progression à fond de train ne se fait pas sans heurt. De nombreux problèmes éthiques surgissent, à commencer par celui des robots tueurs et de l’usage abusif de la reconnaissance faciale (voir notre édito ici). En novembre dernier, des centaines d’experts se sont réunis à Montréal pour dévoiler, au terme d’un forum de deux jours, le préambule de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, un document qui sera élaboré tout au long de l’année 2018 au fil de consultations.

 

Inquiétude pour les baleines noires

Triste année pour les baleines noires, déjà menacées d’extinction: en 2017, une quinzaine d’entre elles ont été trouvées mortes dans l’Atlantique Nord, près des côtes canadienne et américaine. C’est environ 5 fois plus que la mortalité habituelle… En cause? L’activité humaine, pour changer. Les nécropsies pratiquées ont révélées des traumatismes attribuables à collisions avec des navires, ou des signes d’empêtrement dans des filets de pêche. Ces décès sont particulièrement inquiétants sachant qu’il reste moins de 500 individus dans le monde.

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