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Sciences

Sous les bandelettes des momies

22-08-2019

Momie de Tamout, Troisième Période intermédiaire, début de la 22e dynastie, vers 900 av. J.-C. Tamout était chanteuse au temple. Elle était atteinte d’athérosclérose ; des plaques d’athérome ont été décelées dans ses artères grâce à l’imagerie médicale. Image : The Trustees of the British Museum, EA 22939

Existe-t-il plus fascinant qu’une momie? Une exposition temporaire au Musée des beaux-arts de Montréal nous fait voyager au cœur des sarcophages.

Pour les six dépouilles au cœur de l’exposition Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, le repos éternel n’est pas tout à fait paisible. Issues de la collection du British Museum de Londres, elles ont déjà été exposées à Sydney, Taipei et Hong Kong. Ces momies, qui datent de 900 avant notre ère jusqu’à l’an 180, ont été soigneusement préparées pour le grand voyage vers les dieux. « La vie était une chose passagère à l’époque : on vivait pour se rendre dans l’au-delà, explique Laura Vigo, archéologue et conservatrice au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). En regardant nos momies, je me dis que c’est réussi ! Elles ont transcendé leur état, mais sous une autre forme… dans un musée ! »

D’autres n’ont pas eu cette chance. À une certaine époque, quiconque avait de l’argent (et ne craignait pas trop d’être frappé par la malédiction) pouvait se procurer une momie dans une vente aux enchères et même organiser un « grand déballage » avec entrée payante. En 1821, le chirurgien Augusto Granville a quant à lui disséqué une momie au nom de la médecine et a présenté ses découvertes devant les membres de la Société royale de Londres. Il a lui-même reconnu que retirer les 12,6 kg de bandelettes posées des centaines d’années plus tôt (la datation au carbone 14 effectuée plus tard a révélé que la momie en question datait du 6e siècle avant notre ère) avait eu pour effet de sacrifier un incroyable spécimen.

Les chercheurs d’aujourd’hui se gardent une petite gêne et recourent à diverses techniques d’imagerie pour nous laisser jeter un œil sous les bandelettes. Les scientifiques du British Museum ont notamment utilisé un tomodensitomètre (CT-scan) à double énergie qui découpe, de façon numérique, chaque momie en 8 000 « tranches ». « Le travail d’analyse est ensuite énorme. Il faut des heures pour différencier la peau des bandelettes et des os, mentionne le bioarchéologue Daniel Antoine, l’un des deux commissaires de l’exposition au British Museum. On peut alors demander au système d’enlever virtuellement les bandelettes afin de scruter la momie. » Cette opération qu’on visualise sur un écran fait partie des éléments clés de l’exposition de Montréal. Aux côtés des momies sont aussi présentées des copies des amulettes en métal, en pierre, en cuir ou en cire dévoilées par l’imagerie.

Les chercheurs se sont servis d’un scanneur de surface − « ressemblant à un fer à repasser » d’une valeur de plus de 40 000 $ − pour ajouter les couleurs, ombres et textures de la surface des bandelettes et du coffre au rendu 3D. La somme de ces travaux « permet de déterminer le sexe des momies, l’âge à la mort, selon l’usure des articulations des hanches, et l’état de santé de ces individus, poursuit M. Antoine. On découvre ainsi que certains d’entre eux souffraient de maladies cardiovasculaires. J’avais toujours cru que ces maladies étaient très modernes ! »

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Sous les bandelettes des momies

Les analyses ont également mis au jour des problèmes de caries et d’abcès dentaires dans l’Égypte ancienne. « Quand on a préparé, au MBAM, l’exposition sur Pompéi [citée romaine de la même époque], on a vu que les gens avaient les dents bien soignées, relate Laura Vigo. C’est une question d’environnement : les hommes et les femmes dont les momies sont maintenant présentées [issus de la classe moyenne supérieure] avaient une alimentation riche en hydrates de carbone et buvaient une eau pauvre en fluor, contrairement aux habitants de Pompéi. »

L’imagerie fournit également des indices sur les méthodes de momification et révèle le génie des embaumeurs, qui étaient des prêtres de haut rang. Car il existe peu de littérature scientifique sur l’évolution des pratiques au fil du temps, indique l’égyptologue du British Museum Marie Vandenbeusch, qui est l’autre conceptrice de l’exposition. « On arrive à voir comment les organes ont été retirés de l’abdomen et du thorax, généralement à travers une incision sur le côté gauche, et comment le cerveau a été enlevé : quels os du nez étaient cassés par exemple. On réalise que, dans certains cas, les organes ont été embaumés séparément et replacés à l’intérieur du corps ou sur le corps. » Puis le cœur, seul organe généralement laissé en place, est bien visible.

Les appareils à balayage montrent que différents types de matériaux étaient employés pour le rembourrage du corps, étape nécessaire pour qu’il ne soit pas déformé pendant la période de déshydratation qui précède l’application des bandes de tissu.

L’exposition et les voyages en avion mettent-ils les momies à risque ? « Des équipes s’assurent qu’elles sont présentées dans des conditions où la préservation sera garantie : une humidité constante, autour de 40 %, et une température qui change lentement. On fait tout pour qu’elles soient toujours là dans 3 000 ans ! » dit Daniel Antoine, qui préfère parler de personne momifiée plutôt que de momie pour rappeler au public qu’il ne s’agit pas d’objets, mais de restes humains à traiter avec respect.

Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, au Musée des beaux-arts de Montréal, du 14 septembre 2019 au 2 février 2020, mbam.qc.ca

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