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Sciences

Un circuit pour découvrir le golfe

20-07-2016

Pays de fer, de titane, de forêts, de pêche et de chasse, la Côte-Nord affirme aussi depuis longtemps son caractère maritime. C'est en cabotant le long de la Basse-Côte-Nord et en suivant la route des morutiers basques, portugais et normands que Jacques Cartier a gagné et exploré le golfe Saint-Laurent, en 1534, identifiant sur son passage les Îles-de-la-Madeleine, la baie des Chaleurs, la baie de Gaspé et l'île d’Anticosti, qu’il avait baptisée « Isle de l’Assumption »

Aujourd'hui, c'est Tadoussac, au confluent du fleuve et de la rivière Saguenay, qui est considéré comme la porte d'entrée de la Basse-Côte-Nord. Pour bien donner le ton à ce périple, une visite s'impose d’abord au Centre d'interprétation des mammifères marins, un organisme géré par le Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM). On comprendra mieux l’espace de vie de ces cétacés attirés par le krill et le poisson. Il est d’ailleurs possible d’apercevoir, du littoral, quelques espèces de rorquals (le petit, le bleu, le commun ou le bossu), des cachalots, des dauphins à flancs blancs, des épaulards, des bélugas, des marsouins communs et des baleines bleues.

La route des baleines (la 138), vers l'est, est ponctuée de près de 25 postes d'observations des mammifères marins. Mais c’est un peu après Grandes-Bergeronnes que le Centre d'interprétation et d'observation de Cap-de-Bon-Désir offre un des meilleurs points de vue sur la mer (et sur ses habitants !).

Ce qui peut en étonner plusieurs, c'est que la région est parsemée de longues et magnifiques plages. Mentionnons le banc de Portneuf et la Pointe-des-Fortin à Portneuf-sur-mer, la plage de Pointe-aux-Outardes, juste avant Baie-Comeau, celles de Pointe-aux-Anglais et de Rochelois, près de Port-Cartier.

Beaucoup plus loin sur notre itinéraire, passé Sept-îles et Maliotenam et un peu avant Havre Saint-Pierre, le Centre d'interprétation de la station de recherche des îles Mingan propose, entre autres activités, des journées en mer avec des biologistes.

À voir en chemin

Naviguer n'a pas été une chose facile sur le Saint-Laurent.  De très nombreux naufrages le rappellent. À Baie-Trinité, le Centre national des naufrages du Saint-Laurent rend hommage au courage des pêcheurs et des navigateurs. Une trentaine de kilomètres plus loin, des recherches subarchéologiques ont d’ailleurs permis de mettre en lumière les circonstances de l'un des plus terribles drames maritimes du golfe advenu lorsque la flotte de l'amiral britannique Hovenden Walker s'est échouée près de l’île aux Œufs en 1711, entraînant dans la mort près d'un millier de marins et soldats. Le Musée Louis-Langlois, à Pointe-aux-Anglais, rappelle d’ailleurs cette page d'histoire.

Il n’empêche que le golfe a été un gagne-pain pour les premiers Nord-côtiers et les Acadiens venus s’installer dans la région. À Havre-Saint-Pierre, la maison de la culture Roland-Jomphe – dans l’ancien magasin général de la Labrador Stores –, rappelle ces temps de grandes pêches tout comme, 150 km plus loin, le site historique des Galets de Natashquan, un ensemble de petits « magasins », c’est-à-dire de baraques de pêche, au moins centenaires et très bien conservés.

Il n'est pas facile de longer le littoral au-delà de Kegaska, où se termine la route 138. Si, en hiver, la motoneige permet de franchir les rivières, en été, il faut se rabattre sur la navigation. Le bateau-ravitailleur de Relais Nordik, une filiale de Groupe Desgagnés, transporteur maritime bien québécois, fait la navette entre les villages, jusqu'à Blanc-Sablon.

C'est ainsi que l'on peut arriver à Bonne-Espérance et visiter le petit musée Whiteley qui fait aussi revivre les années de pêches intensives qu'a jadis connues la région.

Enfin, à Blanc-Sablon, où l’on peut voir passer les icebergs au printemps, le Centre d'interprétation rappelle aussi la place importante qu'occupait la morue. C'est un séjour garanti oméga-3 !

Comme Jacques Cartier, vous pourrez ensuite remonter le golfe avec le bateau ravitailleur, jusqu'à l'ouest de l'île d’Anticosti, pour mettre le cap vers Rimouski. (Il faut cependant réserver et noter que les traversées ne se font qu'une fois par semaine.).

Ou bien vous reprenez la route, jusqu’à Godbout ou Baie-Comeau où le traversier vous emmènera à Matane, en Gaspésie.

Vous voilà côté sud. En direction de Gaspé, la presqu'île la plus illustre du monde, des falaises spectaculaires se révèlent progressivement. À Sainte-Anne-des-Monts, le complexe Exploramer invite les visiteurs à une découverte unique : la vie sous-marine et la biodiversité du Saint-Laurent. Ceux et celles qui ne sont pas adeptes de la plongée s’ouvrent alors à un monde qui leur est autrement inaccessible. Dans cette petite ville est aussi née l'initiative de la Fourchette bleue, un logo destiné à promouvoir des produits de la mer – cette année, 41 espèces ! – autrement peu connus des cuistots ; des poissons comme la baudroie et le gaspareau, des algues comme l’alarie.

La vie entre mer et montagne que les Gaspésiens ont développée de Grande-Vallée à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en passant par Mont-Saint-Pierre, nous est racontée comme une saga au Musée de la Gaspésie, à Gaspé (après une excursion tout le long du littoral du parc Forillon). C'est aussi l’une des étapes de la route de la morue, surnommée ainsi en hommage à ce poisson si étroitement associé à l'histoire du Québec maritime.

Juste avant d'arriver à Percé et son monument géologique (le fameux rocher, bien sûr…), les amateurs de nature peuvent apprécier la plus grosse lagune du Québec, le Barachois de Malbaie, où les ornithologues et les oiseaux marins se donnent rendez-vous.

Plus loin, quelques autres lieux à ne pas manquer du côté de la baie des Chaleurs : le parc du Bourg de Pabos, assez peu connu des touristes, témoigne fort bien d'une activité piscicole qui remonte au temps de la Nouvelle-France ; la baie de Port-Daniel où on dit pêcher les meilleurs homards; le site historique du Banc-de-pêche-de-Paspébiac dont les bâtiments d’époque racontent en détail l’histoire des pêcheurs de morue; le Musée acadien du Québec à Bonaventure, ainsi que le site patrimonial de la Pointe-Duthie, à New-Richmond, un ancien port et chantier naval .

Enfin, pour remonter encore plus loin dans le temps – à près de 400 millions d’années –, le parc national de Miguasha nous apprend que les mers n'ont pas toujours été pareilles, ni les poissons qui les peuplent. Une belle façon de clore le circuit.

Erratum: Une erreur s'était glissée dans ce texte. Le Centre d'interprétation de la station de recherche des îles Mingan n'est pas géré par le Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins. Il s'agit d'une organisation autonome. Nos excuses.

Photo: Linda Turgeon, Tourisme Québec
 

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