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Sciences

La veuve noire mâle profite des autres

25-11-2019

Image: Shutterstock

Chez les veuves noires, les mâles conquièrent les femelles en usurpant les fils de leurs rivaux.

Les veuves noires auraient bien besoin d’un site de rencontres. Mais contrairement aux êtres humains, les mâles ne peuvent pas compter sur la technologie pour trouver une partenaire. Ces petits séducteurs à huit pattes profiteraient plutôt des efforts de leurs rivaux pour conquérir une femelle, selon une étude récente publiée dans Proceedings of the Royal Society B.

Cette technique a surpris Catherine Scott, première auteure de l’article et doctorante en écologie et biologie de l’évolution à l’Université de Toronto, qui étudie l’espèce depuis 10 ans. Contrairement à la croyance populaire, les mâles ne sont pas toujours dévorés par les femelles, mais l’accouplement reste un défi.

Dès le coucher du soleil, un premier mâle ouvre le bal. Il grimpe sur la végétation et agite ses pattes antérieures pour « goûter le vent ». Il peut ainsi détecter les phéromones, des signaux chimiques émis par la femelle. Chaque fois qu’il s’immobilise, il ancre sa soie comme ligne de sécurité. « Ça fait une sorte de pont qui relie le sommet des plantes. Un autre mâle qui rencontrera ces fils s’en servira comme une autoroute pour repérer une femelle plus vite. Il ne perd pas de temps à la chercher par lui-même », observe avec enthousiasme la doctorante, autrefois terrifiée par les araignées.

Le premier mâle à s’accoupler fécondera la majorité des œufs de la femelle, même si un second mâle peut également partager une petite part de la paternité.

Question de sécurité

En plus de tracer un chemin vers une compagne, la soie d’un rival permet aux mâles de voyager à plus grande vitesse, puisqu’ils sont plus agiles sur une toile qu’au sol. Ce déplacement aérien est par ailleurs plus sécuritaire pour les mâles, qui sont aussi petits qu’un grain de riz. « Au sol, plusieurs prédateurs peuvent les manger. En moyenne, seuls 12 % survivent au périple devant les mener à une femelle », rapporte Catherine Scott.

Les chercheurs ont découvert ce mode de transport par hasard. « Nous avions construit une piste de course pour savoir jusqu’à quelle distance les mâles pouvaient détecter les phéromones et à quelle vitesse ils se déplaçaient. Nous avions déposé des femelles sur la ligne d’arrivée et les mâles étaient relâchés à différents intervalles », raconte Catherine Scott. Étonnamment, les prétendants les plus éloignés ont été les plus rapides. Cette observation a mis aux scientifiques la puce à l’oreille.

Le raccourci se révèle rentable durant la période d’accouplement, lorsque les mâles sont 10 fois plus nombreux que les femelles. « Nous pensions que les mâles auraient évité le fil des rivaux pour ne pas rencontrer de compétiteurs. Mais si peu de femelles sont prêtes à s’accoupler chaque soir que la compétition devient inévitable. Ça vaut donc la peine pour un mâle de suivre le fil d’un rival afin de parvenir au but plus rapidement. »

Si bien que même les mâles arrivant deuxièmes ont une chance de s’attirer les faveurs de la femelle. « Le premier mâle qui atteint la toile n’est pas nécessairement le premier à s’accoupler, précise la doctorante. Il doit d’abord accomplir un rituel de séduction qui peut durer plusieurs heures. Si le retardataire parvient à la toile avant l’accouplement, il peut gagner contre le premier mâle et charmer la femelle. »

Pour les veuves noires, le succès en amour ne tient vraiment qu’à un fil.

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