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Sciences

Vive la vache libre!

22-10-2015

Pratiques nouvelles et robots spécialisés sont en train de révolutionner le travail à l’étable. Résultat, des producteurs et leurs vaches plus libres que jamais!

Après avoir passé la journée à brouter dans les champs, une trentaine de vaches rentrent calmement à l’étable de la ferme biologique Michel Potvin, à Saguenay. Mais au lieu d’être dirigées vers leurs stalles individuelles et attachées pour la traite comme cela se fait dans près de 90% des fermes du Québec, elles se promènent librement dans leur vaste parc d’exercice, aménagé en 2013.

Puis, quand elles en ressentent le besoin, elles vont de leur plein gré se présenter au robot trayeur, lequel est en mesure de les identifier grâce à une puce insérée dans leur collier. La machine leur sert une friandise de céréales qu’elles ruminent pendant que des brosses s’activent à nettoyer le pis et que le robot s’attache aux trayons pour tirer le lait.

Sourire aux lèvres, Michel Potvin reconnaît qu’il n’a jamais été aussi heureux de toute sa vie: «Après 40 ans à m’occuper de vaches laitières, je n’ai jamais eu d’aussi bonnes conditions de travail. Et plus besoin de me lever à cinq heures du matin!»

La traite automatisée a aussi permis de réduire de 12 à 8 heures le temps de travail à l’étable, désormais axé davantage sur l’observation et la régie que sur les tâches physiques. De plus, toutes les données recueillies par le robot concernant la production et la santé des vaches sont accessibles à distance avec une tablette électronique ou un téléphone intelligent. Et comme l’appareil est en tout temps disponible, les vaches vont se faire traire plus souvent – en moyenne 2,8 fois par jour plutôt que 2 fois –, ce qui augmente d’autant la production.

Cette technologie arrive à point. Pour se conformer aux nouvelles normes nationales en agriculture biologique qui entreront en vigueur cet automne, les producteurs doivent en effet offrir plus d’exercice à leurs vaches – au moins deux périodes par semaine, même en hiver. En option, ils peuvent mettre les vaches taries en stabulation libre, c’est-à-dire qu’elles sont en mesure de déambuler à leur aise dans l’étable. Plusieurs éleveurs ont donc choisi d’aménager leurs bâtiments en ce sens, pour laisser toutes les vaches libres en tout temps.

Cette stratégie d’élevage, de plus en plus populaire, réduit considérablement les besoins de main-d’œuvre. Sans compter que «l’exercice calme les vaches en faisant baisser leur niveau de cortisol, l’hormone du stress», explique François Labelle, agronome expert en production laitière biologique chez Valacta, un centre d’expertise agricole québécois. C’est aussi une question de gros bon sens, continue-t-il, pour maximiser le bien-être animal, favoriser son comportement naturel et multiplier les contacts sociaux entre les ruminants.

Nul doute que la liberté de mouvement des animaux est une bonne chose, assure Elsa Vasseur, de l’équipe du Centre de recherche en production laitière biologique au campus Alfred de l’université Guelph, en Ontario, mais il faudra plus de recherches encore pour en quantifier les avantages et les inconvénients.

En attendant, près de 20% des 109 fermes biologiques québécoises ont déjà fait le saut vers la stabulation libre et la plupart d’entre elles ont installé un robot de traite. D’ici 2021, François Labelle estime que ce sera près de la moitié qui fonctionneront de cette façon.

Même les fermes conventionnelles tiennent compte de cette évolution lorsque vient le temps de faire des rénovations. «Le parc de bâtiments est tellement vieux au Québec que, bon an mal an, entre 100 et 125 fermes doivent renouveler leurs installations. Or, 90% d’entre elles optent pour la stabulation libre. Le changement s’est vraiment accéléré au cours des dernières années», note Yves Choinière, agronome et consultant pour la firme d’ingénieurs agricoles qui porte son nom.

Pourtant, les stalles entravées ne sont pas interdites. Mais, selon Nicole Boudreault, coordonnatrice à la Fédération biologique du Canada, elles sont appelées à disparaître lors de la prochaine révision de la norme bio, dans cinq ans.

Jean Vigneault, le directeur des communications des Producteurs de lait du Québec, confirme cette tendance. Et s’en réjouit. «Des vaches logées confortablement restent en santé, dit-il, et elles peuvent produire plus longtemps.»

On dirait bien que, pour les vaches bio, le bonheur n’est plus seulement dans le pré!

Les robots d’alimentation arrivent au Québec

Au cours des dernières années, les robots d’alimentation ont aussi fait leur apparition. Le robot, qui travaille 24 heures  sur 24, se déplace sur des roues, dans l’étable, grâce à un système GPS.

Ses senseurs lui permettent d’évaluer la quantité de nourriture restante, d’en ajouter au besoin, et de mettre la nourriture des animaux à leur portée. Il peut mélanger jusqu’à 10 ingrédients selon les besoins spécifiques des différents groupes de vaches. Résultat, comme les vaches ne manquent jamais de nourriture, elles produisent plus, estime Louis Laroche, exploitant de la ferme Laroche à Saint-Prime, qui a installé un tel robot en 2014.

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