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Technologie

5G: y a-t-il des risques pour la santé?

02-04-2020

Illustration: Dorian Danielsen

Un peu partout dans le monde, les inquiétudes sont nombreuses à l’égard des risques de la 5G pour la santé humaine.

En décembre 2019, les élus de Sutton, en Estrie, ont demandé au gouvernement fédéral de décréter un moratoire sur l’implantation de la 5G «jusqu’à ce que les diverses études dégagent un consensus quant à l’absence de risque et d’impact de cette technologie sur la santé et l’environnement ».

Leur inquiétude fait écho à celle d’autres personnes un peu partout dans le monde, notamment en Suisse, au Royaume-Uni et en Australie. Certains scientifiques se sont même joints au mouvement : en 2015, un appel international signé par plus de 200 scientifiques de 41 pays demandait aux Nations unies et à l’Organisation mondiale de la santé d’appliquer le principe de précaution vis-à-vis de ces rayonnements. En 2019, l’appel a été réitéré, exhortant le Programme des Nations unies pour l’environnement « à protéger la nature et l’humanité des champs électromagnétiques ».

« Prouver l’absence totale de risques, c’est toujours hasardeux, peu importe la question, indique Mathieu Gauthier, conseiller scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec et auteur de rapports sur le sujet. Cela dit, on a beaucoup de connaissances sur les effets des radiofréquences, y compris aux fréquences qu’utilisera la 5G. » On sait notamment que ces ondes ont un effet thermique, c’est-à-dire qu’elles peuvent chauffer les tissus biologiques, mais qu’elles ne sont pas ionisantes − elles ne peuvent donc pas endommager l’ADN.

« Au cours des 30 dernières années, environ 25 000 articles scientifiques ont été publiés sur les effets biologiques des rayonnements non ionisants, rappelle l’Organisation mondiale de la santé sur son site. Les données actuelles ne confirment en aucun cas l’existence d’effets sanitaires résultant d’une exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité. »

Pour ce qui est des cancers du cerveau, notamment, aucune hausse flagrante liée à l’utilisation des cellulaires n’a pu être mise en évidence chez l’humain. Chez les rongeurs, les résultats sont contradictoires. Quelques études, en particulier une américaine et l’autre italienne, publiées en 2018, ont montré une augmentation des cas de deux cancers rares (le gliome cérébral et le schwannome cardiaque) à des fréquences comprises entre 700 et 2 700 MHz.

Mais l’interprétation des résultats n’est pas simple, car les cas étaient rares, les animaux étaient très fortement exposés et, finalement, ceux qui ont reçu le plus d’ondes ont vécu en moyenne plus longtemps que les autres…

« Il faut continuer les recherches, juge Mathieu Gauthier. Des études de cohorte sont en cours, dans lesquelles on mesure l’utilisation réelle des téléphones sur de longues périodes. Mais pour l’instant, on ne connaît pas de mécanisme qui puisse expliquer le lien entre cancer et rayonnements non ionisants. »

Si les craintes suscitées par les rayonnements ne sont pas nouvelles, c’est surtout l’usage des ondes millimétriques qui ravive la colère. D’une part, elles ont été moins étudiées que les ondes de plus basse fréquence et, d’autre part, elles nécessiteront l’installation d’antennes dans les lampadaires, arrêts d’autobus ou immeubles, au plus proche de la population. Toutefois, plus la fréquence est élevée, moins les ondes pénètrent dans les tissus. Les ondes millimétriques sont donc essentiellement arrêtées par la peau.

Quant aux craintes à propos de la « puissance » des ondes millimétriques, elles sont infondées. Ces radiations restent moins énergétiques que la lumière visible par exemple. Et l’implantation de la 5G se fera surtout dans les gammes de fréquences qu’on utilise déjà aujourd’hui pour la téléphonie mobile et le Wi-Fi (au-dessous de 6 GHz). Pour les longues distances ou les zones faiblement peuplées, pas question d’avoir recours aux ondes millimétriques et à leurs multiples antennes. « Les ondes millimétriques, ce n’est qu’un aspect de la 5G. Seule une partie du réseau fera appel à ces ondes, comme dans les stades, qui regroupent beaucoup d’utilisateurs et où l’on aura besoin d’un débit très élevé », explique Georges Kaddoum, de l’École de technologie supérieure de Montréal.

De plus, même en ajoutant la 5G aux réseaux actuels, la quantité d’ondes totale devra rester en deçà des seuils établis par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants, qui fixe des limites environ 50 fois plus faibles que le seuil d’apparition d’effets biologiques. « La source principale d’exposition, ce sont les téléphones. Leur niveau d’émission dépend de la qualité de la réception : si le signal est meilleur, que l’information est transmise plus rapidement, le téléphone émettra moins d’ondes », souligne en outre Mathieu Gauthier.

Et la nature dans tout ça?

Reste un point sur lequel les études semblent peu nombreuses : l’effet du rayonnement électromagnétique sur la flore et la faune. Fin 2018, un éditorial publié dans le très sérieux Lancet Planetary Health s’inquiétait des risques de la pollution électromagnétique sur les insectes, dont certains, comme les abeilles, utilisent les champs magnétiques pour s’orienter.

Par ailleurs, en mars 2018, une étude parue dans Nature montrait que certaines fréquences au-dessus de 6 GHz entraînent une hausse de leur température. « L’augmentation de la température corporelle des insectes pourrait changer leur comportement, leur physiologie, leur morphologie», soulignait l’étude. Une conclusion inquiétante dans un contexte de déclin généralisé des insectes.

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