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10 découvertes 2013

[4] Cancer et globules blancs: liaisons dangereuses

Centre universitaire de santé McGill
Par Marine Corniou - 26/11/2013
En bon chirurgien, le docteur Lorenzo Ferri aime le travail bien fait. Alors, quand un de ses patients atteint de cancer est mort, il y a quelques années, malgré une intervention chirurgicale réussie, il est demeuré perplexe. «Ce patient avait un cancer de l’œsophage, dit-il en montrant le scan thoracique du malade sur son ordinateur. Je l’ai opéré avec succès; j’ai réussi à enlever toute la tumeur. Et pourtant, trois mois après, le cancer était partout.»

Pourquoi un tel revirement de situation? «Entre-temps, cet homme a eu une infection, poursuit-il. Or, comme moi, plusieurs médecins ont remarqué que les personnes opérées d’une tumeur, mais souffrant d’une infection postopératoire, voient leur cancer revenir plus vite.»

Il n’en faut pas plus pour intriguer le chirurgien, qui est aussi directeur de la division de chirurgie thoracique et du programme de cancer du système digestif haut au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). En épluchant les études déjà publiées, il se rend compte qu’il y a bel et bien une association entre l’agressivité du cancer et le taux de globules blancs dans le sang.

«En cas d’infection, fait-il observer, le système immunitaire mobilise en premier lieu les neutrophiles, qui sont les globules blancs les plus abondants. Mais chez les personnes atteintes de cancer, un taux élevé de neutrophiles est corrélé à un mauvais pronostic.» Comme si les neutrophiles, véritables soldats anti-bactéries, donnaient contre toute attente un coup de main au cancer…

(...)


Photo: Jonathan Cools-Lartigue


Dans leur laboratoire, le docteur Ferri et son équipe ont fini par identifier le mécanisme qui expliquerait cette interaction malsaine. (...) Pour combat­tre les bactéries, les neutrophiles ont plusieurs tactiques. Les plus connues sont la «digestion» des intruses ou leur des­truc­tion par des molécules tueuses qu’ils relâchent. Mais les neutrophiles ont une troisième corde à leur arc: ils sont capables d’expulser leurs longs filaments d’ADN pour en faire une sorte de toile d’araignée, le NET, qui capture les bactéries. Ce faisant, les soldats de l’immunité meurent, mais ils tuent aussi l’enva­hisseur. Un sacrifice, en somme.

Mais loin de tuer les cellules capturées, les NET semblent les rendre plus agressives! «On a démontré que les cellules cancéreuses entrées en contact avec les NET sont plus susceptibles de former des métastases», précise le docteur Cools-Lartigue, l'étudiant chercheur qui a co-signé l'article. De plus, en immobilisant les cellules cancéreuses, les NET leur permettent d’adhérer à un nouvel organe (le foie ou les poumons, souvent) et d’y former un deu­xième foyer cancéreux, c’est-à-dire des métastases. De quoi aider la maladie à gagner du terrain, surtout en cas d’infection.


Lire la suite dans Québec Science (Janvier-février 2014)




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