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10 découvertes 2015

[7] Une stratégie antiallergique

Biologie moléculaire | Centre universitaire de santé McGill
30/11/2015
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Pollens, poussières, poils et autres ne feront plus éternuer les enfants. Du moins, c’est ce qu’on peut maintenant espérer.



Pour les prochaines générations, les allergies respiratoires pourraient bien n’être qu’un vague souvenir. Adieu éternuements à répétition, yeux rougis et larmoyants, écoulement nasal et crise d’asthme! Une équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill a découvert la recette qui devrait mener à la création du tout premier vaccin contre les allergies respiratoires.

«Nous avons mis au point et testé un peptide, le STAT6-IP, qui enseigne au système immunitaire à tolérer les allergènes», explique la docteure Christine McCusker, de l’Hôpital de Montréal pour enfants et professeure au département de pédiatrie de l’Université McGill, qui a dirigé les travaux.

Les chercheurs ont administré le peptide, un petit morceau de protéi­ne, à l’aide d’un vaporisateur nasal à des souri­­ceaux nouveau-nés une fois par jour pendant cinq jours. À six semaines, âge équivalant à l’adoles­cence chez l’humain, les animaux ne présentaient plus aucune réaction quand ils étaient exposés à des allergènes comme l’herbe à poux.

«En fait, leur système immunitaire ne réagit plus à aucun allergène, que ce soit du pollen ou des poils de chien et de chat. N’est-ce pas merveilleux?» se réjouit la chercheuse qui a récemment vu son peptide breveté par l’Université McGill. La compagnie pharmaceutique Liffey Biotech en a acquis la licence, ce qui fait dire à la docteure McCusker que le vaccin pourrait faire l’objet d’essais cliniques d’ici cinq ans. Il serait destiné aux nourrissons d’environ six semaines, mais cela reste à confirmer.

L’histoire de cette découverte commence il y a plusieurs années quand Christine McCusker entreprend de mettre des bébés souris en contact avec des lipopolysaccharides (LPS), un composé de la membrane extérieure des bactéries capable de stimuler le système immunitaire. De toutes petites doses sont donc déposées à l’intérieur des narines des souriceaux dans la semaine suivant leur naissance.

«Nous partions de l’hypothèse hygiéniste voulant que notre mode de vie aseptisé empêche notre système immunitaire de bâtir de solides défenses et le conduit plutôt à réagir à des choses inoffensives comme du pollen, indique-t-elle. Plusieurs études épidémiologiques ont démontré que des enfants élevés dans un environnement complexe ont un meilleur système immunitaire. Prenez une ferme: il y a là des animaux, du foin, des mou­ches, des bactéries... Un bébé qui vit là verra son système immunitaire apprendre très vite à tolérer tous ces éléments.»

En utilisant les LPS, très présents en milieu rural, la docteure McCusker re­créait en somme l’air de la campagne pour ses souriceaux. L’expérience s’est révélée une réussite. Exposées par la suite à des allergènes, les souris n’ont eu aucune réaction. «Nous avons forcé le système immunitaire des animaux à choisir la voie de la réponse non allergique, ce qu’on appelle la tolérance, explique-t-el­le. Le système immunitaire est fait de telle façon qu’il lui faut toujours privilégier une stratégie.

Cette décision dépend d’une part de la génétique et de l’autre des signaux reçus par le système, quand par exemple un virus s’introduit dans le corps. Dans le cas des allergies, une fois que le système a décidé d’emprunter la voie de la réponse allergique, il peut difficilement faire marche arrière. Il existe bien sûr des traitements de dé­sensibilisation, mais ils sont conçus pour bloquer la route à des allergènes spécifiques, et non pour modifier la perception que peut avoir le système immunitaire de l’ensemble des allergè­nes.»

Au même moment, dans les laboratoires Meakins-Christie où travaille la chercheuse, une collègue, la docteure Elizabeth Fixman, étudiait la molécule STAT6 qui joue un rôle important dans le déclenchement des allergies. Pour bloquer son activité, elle a mis au point le peptide STAT6-IP. «Nous l’avons testé sur des souris déjà allergiques et avons découvert que, après coup, elles ne réagissaient plus aux allergènes», raconte la docteure McCusker.

L’idée d’un vaccin a surgi lorsque l’équipe a remarqué que les effets du peptide se prolongeaient sur plusieurs semai­nes, et ce, même si le peptide est éliminé du corps 12 heures après la vaporisation nasale. «Les réactions allergiques réapparaissaient éventuellement, signale la chercheuse. N’empêche, cela signifiait qu’il était possible d’entraîner le système à tolérer les allergènes. En m’inspirant de l’expérience avec les LPS, j’ai eu l’intuition qu’on pourrait modifier le système immunitaire des souriceaux avant qu’il ait le temps de choisir la voie de la réponse allergique.» Et c’est ce qu’elle a fait.

Est-ce le début de la fin des allergies? À long terme, Christine McCusker espère trouver une manière d’utiliser le peptide pour traiter les personnes déjà aux prises avec une forme ou l’autre d’allergie, c’est-à-dire entre 20% et 30% de la population canadienne.


L’équipe de chercheurs: Christine McCusker, Husheem Michael, Yuanyi Li, Yufa Wang, Di Xue, Jichuan Shan,
Bruce D. Mazer, Elizabeth Fixman

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