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Édito

Bouteille à l'amère

Par Marie Lambert-Chan - 24/08/2017
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La consommation d’eau embouteillée menace la planète, à tel point que certains parlent d’une crise aussi préoccupante que celle des changements climatiques.

On les a distribuées pendant les journées chaudes, vendues dans les festivals, offertes au cours des événements sportifs. Pendant la belle saison, les bouteilles d’eau jetables en plastique sont partout. Assoiffé et accablé par la chaleur, comment y résister ? Surtout lorsqu’on les sait 100 % recyclables – un argument qu’affectionne l’industrie de l’eau embouteillée.

Voici de quoi calmer sa soif et s’obliger à traîner une gourde réutilisable : selon un rapport de la firme Euromonitor International, un million de bouteilles de plastique sont vendues dans le monde chaque minute. Si rien ne change, ce nombre augmentera de 20 % d’ici 2021.

Et que l’on ne s’y trompe pas : la majorité de ces bouteilles ne contiendront pas des boissons sucrées, mais bien de l’eau. Les consommateurs préfèrent leur H2O embouteillée, car ils craignent l’insalubrité de l’eau du robinet. Un souci bien réel dans plusieurs pays, mais qui est absurde au Québec où les normes régissant l’eau potable sont parmi les plus sévères de la planète.

Pendant qu’on chipote sur la qualité de notre eau, on oublie que moins de la moitié des bouteilles de plastique achetées en 2016 ont été collectées pour le recyclage et que seulement 7 % d’entre elles ont été transformées en nouvelles bouteilles. Les autres se sont retrouvées dans des sites d’enfouissement ou dans les cours d’eau, puis dans les océans où elles sont ingérées en partie par la faune. Ces déchets contaminent toute la chaîne alimentaire. En 2014, des chercheurs belges ont calculé que, en Europe, chaque amateur d’huîtres et de moules avalait annuellement 11 000 particules de plastique !

La pollution par le plastique s’aggrave de jour en jour, à tel point que certains n’hésitent plus à dire que cette crise est aussi préoccupante que celle du réchauffement climatique.

Devant l’ampleur de la menace, plusieurs se retroussent les manches. Des collèges et des universités interdisent la vente de bouteilles d’eau sur leur campus. Une poignée de villes, San Francisco en tête, les ont bannies de leurs lieux publics. Le maire de Montréal, Denis Coderre, a aussi lancé cette idée sans jamais y donner suite. Il faut dire que s’opposer aux PepsiCo, Nestlé et Coca-Cola de ce monde, qui engrangent des milliards de dollars en pompant les eaux souterraines, exige du courage politique.

Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, fera-t-il preuve d’un tel courage, lui qui a mandaté un groupe de travail pour trouver des solutions à la récupération des bouteilles d’eau et des autres contenants de boisson ? Le comité doit faire rapport cet automne. Sera-t-il question d’imposer une consigne ? De mesures pour améliorer le taux de recyclage du plastique ? De faire pression sur les embouteilleurs pour qu’ils utilisent du plastique recyclé ?

Au-delà du contenant, les élus devraient aussi s’attarder au contenu. L’eau potable est un bien public auquel tous devraient avoir accès. En 2015, au Québec, un regroupement d’associations avait lancé un appel aux municipalités pour augmenter le nombre de fontaines d’eau dans les espaces publics – une commodité qui se fait de plus en plus rare, contrairement aux machines distributrices.

Et une fois lancé, pourquoi ne pas inviter les bars, les cafés et les restaurants à remplir gratuitement les gourdes réutilisables ? C’est ce qu’a fait la ville de Bristol, au Royaume-Uni, il y a deux ans. Elle a rallié plus de 200 commerces qui affichent désormais en vitrine un autocollant « Eau du robinet gratuite disponible ici ». Depuis, d’autres municipalités ont emboîté le pas à Bristol.

Combien d’eau coulera sous les ponts avant qu’une première ville québécoise se joigne au mouvement ?
 

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