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Les grandes questions du monde

N'ajustez pas votre appareil

Par Jean-François Cliche - 23/11/2015
    
«J’écoute souvent la radio en auto, mais quelque chose d’étrange se produit parfois quand je dois arrêter à une intersection: la radio se met à “gricher”, sans raison apparente, puis tout redevient normal si j’avance un peu. Le signal provient d’une station située à 50 km ou 75 km. Alors quelle différence peuvent bien faire 1 m ou 2 m?» demande Pierre Létourneau de Sainte-Adèle.

Ce n’est pas, en effet, une affaire de distance, explique Jean-Jacques Laurin, directeur du Centre de recherche en électronique radiofréquence (CREER) de la Polytechnique à Montréal. Habituellement, quand la radio se met à faire de la friture, c’est qu’on se trouve dans un endroit trop fermé pour que les ondes puissent se rendre jusqu’au récepteur. Mais à un coin de rue, en plein air? Il y a autre chose en cause, estime-t-il.

«On a tendance à visualiser les communications radio comme s’il y avait d’un côté une antenne émettrice et, de l’autre, une antenne réceptrice; entre les deux, une ligne droite, directe. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, dit M. Laurin. Ce qu’on reçoit, la majeure partie du temps, ce sont des échos, des rebonds d’ondes sur des obstacles. Les exemples sont nombreux d’endroits clos où on peut recevoir la radio! Ça démontre que ce qu’on reçoit, la plupart du temps, ce sont des réflexions.»

Si les ondes radio se répercutent ainsi sur les murs, leurs rebonds se croisent en de multiples endroits. Et quand deux ondes se rencontrent, il se produit un phénomène nommé «interférence». C’est presque toujours sans conséquence pour les émissions radio mais, dans certaines circonstances, cela peut carrément embrouiller localement le signal.

On peut en effet se représenter les ondes radio comme des sortes de vagues, des séries de crêtes et de creux. Quand deux ondes se croisent, il arrive que leurs crêtes s’alignent l’une sur l’autre. Les ondes vont alors s’additionner, se renforcer, si l’on préfère. Mais il peut arriver aussi que les crêtes s’alignent sur des creux. Les deux ondes vont alors se soustraire l’une de l’autre; et si elles sont de force à peu près égale, il n’en restera plus grand-chose. «C’est ce qui va provoquer un évanouissement du signal, dit M. Laurin. Il y a des endroits où les évanouissements sont plus profonds qu’à d’autres, c’est caractéristique des milieux compliqués. Ce qu’on reçoit, c’est une superposition de plusieurs ondes qui se réfléchissent sur plusieurs obstacles.»

Les signaux radio n’ayant pas tous la même longueur d’onde (la distance entre deux «crêtes de va­gue») ni le même lieu d’ori­gine, ils peuvent interférer de façon radicalement différente d’un endroit à l’autre. Comme l’a constaté M. Létourneau, notre lecteur, on entre et on sort de ces «trous radiophoniques» en seulement quelques mètres. Fait à noter, ajoute Christophe Caloz, collègue de Jean-Jacques Laurin à la Polytechnique et lui aussi membre du CREER, ce genre d’évanouissement est plus fréquent aux intersections. Car n’importe quelle onde électromagnétique émise par n’importe quelle source, directe ou réfléchie, peut interférer avec les signaux radio. Ce peut être un fil ou un appareil électrique, un portable; n’importe quoi. Et comme il y a plus de véhicules, plus d’immeubles (donc plus d’angles de réflexion pour les ondes) aux intersections que le long des routes droites, alors il s’y produit plus d’interférences.


Vous avez la tête remplie de questions de nature scientifique, mais vous ne savez pas trop où chercher les réponses? Envoyez-les à l’adresse questionspourQS@gmail.com, et notre chroniqueur se fera un plaisir d’y répondre!

 

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