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Reportages

Entrevue: Hubert Reeves, optimiste lucide

Propos recueillis par Elias Levy - 24/08/2017
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À 85 ans, le célèbre astrophysicien québécois refuse de baisser les bras devant l’état de notre planète, tout en étant conscient que la partie n’est pas gagnée.

La feuille de route d’Hubert Reeves donne toujours le tournis : spécialiste renommé de l’Univers et de cosmologie, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique de France, ex-conseiller scientifique à la NASA, professeur associé de physique à l’Université de Montréal, récipiendaire du prestigieux Prix Albert-Einstein, etc. Récemment, il a été promu grand officier de l’Ordre national du Québec.

Ce savant demeure surtout un conteur inégalé du cosmos, qui tient encore à partager avec le public son amour profond de la nature et sa foi inébranlable en l’humain. En 2017, il livre ses réflexions dans trois nouveaux ouvrages : La Terre et les hommes (Éditions Robert Laffont), J’ai vu une fleur sauvage et Le banc du temps qui passe – Méditations cosmiques (Éditions du Seuil).

Discussion à bâtons rompus avec l’une des grandes lumières de notre époque.

D’ordinaire, vous observez les étoiles. Mais, pendant quelques années, vous avez détourné les yeux du ciel pour contempler et analyser les fleurs qui peuplent les champs à proximité de votre demeure de Malicorne, en France. Dans votre livre J’ai vu une fleur sauvage, vous nous faites connaître ces plantes souvent jugées nuisibles.

Le grand amour que je voue à la nature m’a été transmis par ma grand-mère qui appréciait beaucoup les jardins. Elle m’a appris à m’intéresser aux plantes, aux fleurs, aux arbres et à observer attentivement les oiseaux ou les papillons. Ce sont des splendeurs à la portée de chacun, mais que l’on peut côtoyer toute sa vie sans jamais se pencher pour les admirer. On dit souvent que les populations sont atteintes de morosité et de déprime. Je vous assure que la découverte des joies de la nature change radicalement la vie d’une personne. En écrivant ce livre, j’ai eu envie de partager ma passion pour cette nature.

En 2016, vous avez été nommé président d’honneur de l’Agence française pour la biodiversité. Vos principaux interlocuteurs sont les élus politiques et les dirigeants de grandes entreprises. Quelle approche favorisez-vous pour sensibiliser ces derniers à la question de la protection de la nature et de la biodiversité ?

Ce n’est pas toujours facile de convaincre nos interlocuteurs. Mais, à force d’arguments, nous avons obtenu des résultats significatifs. Par exemple, notre vigoureux combat contre les pesticides a porté ses fruits : l’Union européenne a promulgué une législation qui entrave considérablement leur utilisation. Nous avons réussi à transformer les îles Kerguelen, situées dans le Pacifique Sud, en un parc national afin d’y protéger la végétation et la faune, grandement menacées par des industries pétrolières, entre autres. Nous sommes aussi intervenus pour préserver les animaux en voie de disparition et pour faire cesser la pêche en eaux profondes, qui provoque des dégâts écologiques majeurs avec la disparition de plusieurs espèces marines.

Qu’est-ce qui vous motive à continuer votre combat pour la protection de la nature ?

Lorsque j’ai appris l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, je me suis demandé comment on allait s’en sortir. La pire façon d’aborder ces problèmes, c’est en se disant que c’est foutu ! Au contraire, il est impératif de demeurer actif et positif. On n’a pas le choix parce que, si on baisse les bras et qu’on capitule, là, ce serait vraiment foutu !

La survie de l’humanité vous inquiète.

L’humain pourrait disparaître de la Terre par sa propre faute. C’est un scénario terrifiant, mais plausible, qui a déjà failli se concrétiser dans le passé avec la menace nucléaire. On émet de plus en plus de gaz carbonique, on détruit de plus en plus de forêts, on pollue de plus en plus la nature. Sur tous les plans, les signaux environnementaux sont au rouge. Prenez seulement le réchauffement climatique qui nous conduit vers des situations ingérables. Si l’humanité demeure impassible, nous courons droit vers une grande catastrophe écologique. Déjà, nous en voyons les ravages : la multiplication des tempêtes de vent d’une férocité effarante, l’acidification des océans, la fonte des glaces aux deux pôles, etc. Ces cataclysmes mettent en péril notre avenir. La conscience humaine est l’antidote le plus efficace à l’autodestruction de notre planète. Nous, humains, sommes aussi une espèce périssable comme les millions d’autres espèces menacées et qui ont disparu de la surface de la Terre.

Photo: Thierry Ledoux

>>> Lire la suite dans le numéro de septembre 2017

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