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Reportages

Partage des tâches inégal dans les labos

Par Mélissa Guillemette - 22/09/2016


La place des femmes en recherche scientifique semble encore être à la cuisine. Bon, elles ne sont pas aux chaudrons, mais bien aux pipettes, aux microscopes et aux boîtes de Petri; bref, à la partie expérimentale d’une étude. C’est d’ailleurs la seule portion du travail où les chercheuses sont plus susceptibles d’être présentes que les chercheurs, selon une vaste recension menée par Vincent Larivière, professeur à l’Université de Montréal, ainsi que des collègues de l’Université du Québec à Montréal et de l’université de l’Indiana à Bloomington.

Ils ont examiné 85000 articles dans le domaine des sciences biomédicales parus dans les journaux en ligne PLOS entre 2008 et 2013. Sur le lot d’auteurs, environ le tiers étaient des femmes. Rien de nouveau sous le soleil; de nombreuses études ont déjà fait état de cet écart.

«Mais on est allé voir qui fait quoi», raconte Vincent Larivière qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante. Dans PLOS, la contribution de chacun des chercheurs d’un même article est clairement détaillée, ce qui n’est pas le cas dans toutes les publications. Des informations précieuses qui ont révélé que, toutes proportions gardées, les femmes sont 50% plus susceptibles de mener les expériences au laboratoire que les hommes, autant au début qu’à la fin de leur carrière.

Pendant ce temps, les hommes se chargent majoritairement de la conception de l’étude, de la contribution matérielle et de l’écriture de l’article. Quant à l’analyse de données, c’est une tâche légèrement plus masculine en début de carrière et légèrement plus féminine en fin de carrière. «Le fossé est immense, constate Vincent Larivière. Aux hommes va le plus conceptuel; aux femmes, le plus technique.»

Plus un chercheur des sciences biomédicales avance dans sa carrière, moins il s’occupe de la partie expérimentation. Ce n’est pas que cette tâche soit moins importante, bien au contraire. «C’est une activité au cœur de la recherche! assure Vincent Larivière. Les femmes contribuent donc directement à la qualité de la science.» Néanmoins, le temps passé au microscope leur gobe beaucoup de temps et, en fin de compte, mine leur productivité. Pas étonnant que, individuellement, les chercheuses écrivent moins d’articles scientifiques que leurs collègues masculins.

Pourquoi se retrouvent-elles davantage «les deux mains dans les données»? Vincent Larivière propose deux hypothèses: «Soit il leur est plus difficile d’obtenir des postes de direction de laboratoire, ou alors c’est qu’elles sont moins capables de déléguer quand elles y parviennent, ce qui contribue à les surcharger. Des forces sociales les cantonnent dans ces rôles de collecte et d’analyse des données. Je ne suis pas convaincu que c’est ce qu’elles souhaitent.»

Pour illustrer ces obstacles structurels, le chercheur cite le cas type d’une scientifique qui finit son doctorat vers 30 ans: «Que se passe-t-il souvent à cet âge? Le désir d’avoir des enfants. Plutôt que d’aller faire un postdoctorat aux États-Unis, ce qui l’aiderait à obtenir un poste de directrice de laboratoire, elle va plutôt prendre un poste de technicienne. En général, les hommes sont plus mobiles.»

C’est navrant, mais le long congé parental québécois, qui fait l’envie de tous à l’échelle internationale, nuit aussi à l’avancement des chercheuses. «Elles écrivent moins à cause de cette longue absence et manquent les discussions de corridor informelles, mais importantes. À l’opposé, les hommes qui prennent un congé parental en profitent pour écrire deux articles!» La pression sur les femmes est différente au boulot comme à la maison.

Qui doit agir maintenant pour s’assurer que les femmes parviennent là où elles le veulent vraiment? «Tout le monde! Depuis les chercheurs jusqu’aux gouvernements, en passant par les départements universitaires!» s’exclame Vincent Larivière, trop conscient de sa chance, en tant que jeune papa parvenu à la tête d’une chaire de recherche, d’être en mesure de déléguer les portions plus techniques de son travail.
 

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