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Un corps, des rubans jaunes, des combinaisons blanches : une véritable scène de crime tout droit sortit d’une série policière. C’est aussi le travail des pathologistes judiciaires. En salle d’autopsie puis en laboratoire, ces professionnel-le-s réalisent un véritable travail de détective. S’agit-il d’une femme ? À quand remonte la mort ? Avec quelle arme ? En collaboration avec les policiers, ces spécialistes doivent faire parler les morts pour révéler la cause du décès et relever le maximum d’indices pouvant trahir l’identité du meurtrier. Une fois l’enquête bouclée, les pathologistes judiciaires doivent rendre une expertise devant les tribunaux lors du procès.
Yann Dazé, pathologiste judiciaire
Yann a obtenu son diplôme le 30 juin 2010 en anatomopathologie, une spécialité médicale qui s’intéresse aux altérations des tissus et des cellules provoquées par la maladie. Deux mois plus tard, il a intégré l’équipe du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.
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Entrevue
Entrevue avec Yann
Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir pathologiste judiciaire ?
Le travail de pathologiste m’intéressait, surtout le côté diagnostique et le travail de laboratoire. Pendant mes études, j’ai réalisé un stage dans le service dans lequel je travaille aujourd’hui, qui

Photo: Yann Dazé
m’a décidé. L’équipe qui était en place a aussi beaucoup motivé mon choix.
Quelles sont les différences avec la profession d’anthropologue judiciaire ?
C’est complètement différent. L’anthropologue judiciaire est anthropologue de formation et s’appuie uniquement sur les os pour identifier l’âge, le sexe, la taille et les traumatismes de la victime. Je m’attarde surtout à déterminer la cause du décès, principalement dans des cas de mort violente ou suspecte.
Quelles sont les qualités d’un bon pathologiste ?
La qualité première c’est d’être méticuleux. Il faut aussi avoir une passion pour les défis intellectuels et avoir un gros sens des responsabilités.
Quels conseils donnerais-tu à un-e jeune qui veut exercer ce métier ?
Le premier, ne pas avoir peur du sang car une autopsie est un acte plutôt invasif. Deuxièmement, faire une croix sur le côté contact avec le patient, habituel en médecine, et contribuer au diagnostic. Enfin, être prêt à investir beaucoup de temps et d’énergie. Ce sont de très longues études, 11 années après le cégep !
Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
L’essence même de mon métier : le diagnostic. Je réalise des autopsies lorsque les morts sont obscures ou violentes. Je dois trouver la bonne cause du décès, c’est là que je me sens le plus utile pour la société.
Qu’est-ce que tu aimes le moins ?
Les corps sont quelques fois dans de mauvais états de conservation. Ce n’est pas hyper réjouissant même si l’on s’y habitue. Les témoignages lors des procès sont difficiles émotionnellement et je passe parfois des journées entières au palais de justice à attendre que ce soit mon tour de témoigner.
Comment s’est passée ta première autopsie ? T’y es-tu habitué ?
Je me souviens très bien ! L’université offrait la possibilité d’assister à une autopsie. J’étais étonné une fois sur place. Dans notre société, peu de gens sont confrontés à la mort, ou alors dans un salon funéraire, ce qui est complètement différent. À la longue, c’est comme n’importe quel travail, ça devient la routine. On s’habitue aux odeurs, même les plus mauvaises, à la vue des corps…
Ta vision de la mort a-t-elle changé ?
En tant qu’être humain, je me pose des questions sur le sens de la vie, sur ce qui se passe après la mort. Mon travail n’a pas changé ma vision de la mort, mais plutôt celle de la vie. Les êtres humains peuvent être bons, mais aussi capables des pires atrocités.
Une affaire qui t’a touché ?
De façon générale, lorsque les corps sont largement traumatisés, c’est difficile d’un point de vue professionnel et personnel. Les décès chez les enfants aussi, même si la plupart du temps, il s’agit d’une mort naturelle. Je fais mon travail de façon professionnelle, mais j’essaye de garder une distance. C’est ma façon de réagir au stress lié à mon travail.
T’arrive-t-il de penser à tes enquêtes en dehors du travail ?
Non. J’ai beaucoup de compassion pour les familles, mais j’essaye de ne pas m’y attarder. Les seuls moments où j’emmène du travail à l’extérieur du bureau, c’est lorsque je suis sur le point d’aller témoigner à la cour et qu’il faut que j’apprenne par cœur mon texte
T’es t-il déjà arrivé de ne pas boucler une enquête ?
Oui absolument. Grosso modo dans 5 % des cas, nous ne sommes pas capables de déterminer la cause du décès, car il n’y a pas de traces à l’autopsie à cause de l’état du corps. Il faut alors reconnaître ses limites, le décès est classé en cause indéterminée.
Regardes-tu des séries policières ? Sont-elles réalistes ?
J’en regarde quelques-unes : CSI, Dexter… Ce n’est absolument pas réaliste ! Il y a une base scientifique qui peut-être factuellement vraie. On parle de l’effet CSI : lors d’un procès les citoyens ordinaires sont surpris de nous voir incapables de déterminer la cause du décès ou de savoir si le meurtrier est gaucher ou droitier. Ce n’est jamais le cas dans les séries !
Penses-tu qu’elles peuvent avoir une influence sur les criminels ?
Non, absolument pas. Pour réaliser le crime parfait, il vaut mieux avoir passé un séjour en prison plutôt que de regarder ces séries !
Journée type
Une journée dans la vie de Yann
Yann est un lève-tôt. Vers 5 heures 30, quand la plupart des gens dorment encore, il rédige déjà des rapports d’autopsie et regarde au microscope des tissus prélevés lors de précédentes autopsies. Il recherche des tissus cancéreux sur des organes vitaux comme le cerveau, les poumons… qui pourraient avoir entraîné la mort.
À 7 heures, il rencontre le coroner et prend connaissance des cas pour lesquels on a demandé une autopsie. Il enchaîne à 8 heures avec une réunion avec les quatre autres pathologistes et deux agents de liaison. Après s’être partagé le travail avec ses collègues, Yann commence l’autopsie vers 9 heures.
Aujourd’hui il s’agit d’un homme décédé depuis deux semaines retrouvé à son domicile : aucune trace d’effraction, ni de blessures. Au bout d’une demi-journée, Yann n’a pas encore réussi à déterminer la cause de la mort. Il réalise des prélèvements qu’il va ensuite envoyer pour des analyses toxicologiques ou la recherche de maladies. Mais contrairement aux séries policières, les résultats ne seront prêts que dans quelques semaines. En attendant, le corps va pouvoir être remis à la famille.
Quelques fois, une autopsie peut l’occuper pendant une journée entière. Vers 16 heures Yann peut rentrer chez lui. Une vingtaine de fois par an, il est appelé à témoigner en cour.
Études
Le parcours académique de Yann
Yann a obtenu un DEC général en sciences de la nature au Cégep Ahunstic, à Montréal. Il a ensuite été accepté en médecine et a réalisé son doctorat pendant 5 ans à l’Université Laval.
Avec le diplôme de médecin en poche, Yann ne pouvait pas encore pratiquer. Il a opté pour une résidence en anatomopathologie de 5 ans à l’Université Laval. Il a réalisé des stages en lien avec sa spécialité en médecine, en chirurgie, puis en pathologie notamment judiciaire pendant deux mois dans le service dans lequel il travaille actuellement. Pour pouvoir travailler au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, il a passé un concours gouvernemental qui lui donne maintenant le statut de fonctionnaire. Il a été ensuite formé en interne.
Au cégep :
D.E.C en science (2 ans)
À l’université :
Les personnes candidates doivent d’abord réaliser une maîtrise en science d’une durée d’un an avant de faire un doctorat de 1er cycle en médecine. Au Québec, quatre universités offrent la formation en médecine :
- Université Laval (Québec)
- Université McGill (Montréal)
- Université de Montréal
- Université de Sherbrooke
Chaque formation comprend une période de pré-externat et d’externat pendant lesquels les personnes étudiantes réalisent des stages pratiques.
Il faut avoir fait une surspécialité en dehors du Québec pour exercer en tant que pathologiste judiciaire.
Et après ?
Au Québec, les pathologistes judiciaires peuvent travailler uniquement au Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale.