Collectif Ellas Educan, © Rue du monde, 2020
Voici les propositions culturelles de notre journaliste: documentaire sur l’industrie de la vieillesse, des livres à lire cet été et un balado troublant sur des patients soumis à des électrochocs dans les années 1950.
JEUNESSE
L’ABC des virus
Digne enfant de cette ère spéciale, ma petite éponge de cinq ans a mille et une questions sur les microbes et les vaccins − un sujet très léger avant l’heure du dodo. Depuis que l’album jeunesse La vie secrète des virus a croisé notre route, je suis bien épaulée pour satisfaire sa curiosité. Illustré par Mariona Tolosa Sisteré, ce livre catalogue les virus exotiques et familiers dans un mignon répertoire. Il vulgarise par exemple leur mode de reproduction et injecte aux apprentis épidémiologistes des pistes de solution pour protéger notre santé et nos écosystèmes. Chaque fois que ma fille éternue, elle soupçonne désormais un « rhinovirus ». L’utilisation d’un vocabulaire plus soutenu est le plus désirable des effets secondaires !
La vie secrète des virus, collectif illustré par Mariona Tolosa Sisteré, Éditions Rue du monde, 24 p.
Drôles de survivalistes
Si le nouveau balado humoristique de nos collègues Les Débrouillards n’enseigne pas (pour l’instant !) à faire du feu en plein déluge, Le guide de survie des Débrouillards permet de traverser les petits périls du quotidien avec le sourire. Chaque épisode (comment survivre à sa fratrie, aux tempêtes, au yogourt périmé) outille les jeunes oreilles grâce aux faits les plus impressionnants de la science. Les deux animateurs, la journaliste Raphaëlle Derome et l’attachant Massi Mahiou, ont de fichues bonnes idées pour aborder chacun des thèmes et partagent leurs trouvailles avec un plaisir contagieux dans des saynètes rigolotes. De la discussion émouvante avec l’astronaute David Saint-Jacques sur la notion du temps au face-à-face mordant à la Survivor avec une tornade et un ouragan, on est certainement bien équipé pour survivre à l’ennui !
Le guide de survie des Débrouillards, réalisé par Philippe Marois, à écouter sur la plateforme Radio-Canada OHdio.
VISITER
Bien au chaud, 115 pieds sous terre
La grotte de Saint-Elzéar est toujours grande ouverte aux visiteurs… virtuels ! Un joyeux pis-aller dont les claustrophobes pourront profiter, le cœur léger. La plus ancienne grotte connue du Québec dévoile quelques-uns de ses mystères dans une exploration à la manière de Google Maps : on s’enfonce 35 m (115 pi) sous les terres gaspésiennes en « marchant » point par point sur la passerelle métallique. De brèves fiches explicatives indiquent quelques éléments d’intérêt de cette station spéléologique âgée de plus de 230 000 ans. On peut ainsi prendre tout son temps pour examiner les détails de la voûte de ce trésor géologique, campé dans la Réserve de la biodiversité du Karst-de-Saint-Elzéar, en se croisant les doigts pour que soient permises les visites en chair et en os cet été !
La grotte de Saint-Elzéar, lagrotte.ca
ÉCOUTER
Haut potentiel
Le balado Différente ou douée ? ouvre une porte sur le monde méconnu de la douance. L’auditeur accompagne Hélène Laurin, conceptrice-rédactrice à Savoir média, dans une quête pour comprendre si ses défis personnels et sa singularité pouvaient révéler un état de haut potentiel. Elle s’engage ainsi dans un processus de diagnostic et en profite pour démythifier cette condition au fil d’entrevues, notamment avec la neuropsychologue Marianne Bélanger. Cette riche série de huit épisodes aborde la douance autant chez l’enfant que chez les femmes et les minorités visibles, et l’intelligence, qui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas synonyme de douance !
Différente ou douée ? sur savoir.media/series/differente-ou-douee ou sur votre plateforme de balados préférée.
LIRE

Ce que la Terre a dans le ventre
Nous savons bien peu de choses du monde sous nos pieds, mais grâce à Underland : voyage au centre de la Terre (traduit de l’anglais par Patrick Hersant), cet énigmatique univers révèle sa beauté au fil du récit scientifique et littéraire de Robert Macfarlane. L’auteur britannique a le chic pour nous amener dans ses excursions : on s’enfonce dans des mines de sel, dans l’écosystème complexe du sous-bois, dans les chambres les plus mystérieuses des catacombes de Paris. À mille lieues de l’exposé universitaire, le spéléologue illumine les ténèbres de sa prose scénique. Le lien étroit que l’humain entretient avec le sol et ses trésors ensevelis alimente les réflexions philosophiques, scientifiques et spirituelles qu’y partage un observateur somme toute inquiet du legs géologique que l’anthropocène réserve aux prochaines générations.
Underland : voyage au centre de la Terre, par Robert Macfarlane, Les Arènes, 514 p.

Un sujet explosif
Dans les années 1940, l’Université de Montréal abritait un laboratoire de physique secret où les travaux menés visaient à découvrir une nouvelle source d’énergie et à mettre au point une bombe superpuissante. Palpitant, n’est-ce pas ? Gilles Sabourin a passé plus de 15 ans à fouiller cet obscur pan de l’histoire, qu’il raconte dans un essai scientifique à l’intrigue du ressort de la fiction. Ingénieur dans le domaine nucléaire, il a réussi à retrouver de rares survivants ayant travaillé dans ce laboratoire… que la majorité des employés ne soupçonnait pas être lié à l’arme atomique ! Il remonte le cours de cette saga au fil d’interviews exclusives, où se côtoient espions et scientifiques de la physique moderne. À souligner en particulier : l’auteur a pris soin de mettre en lumière la grande contribution des mathématiciennes, chimistes et physiciennes du laboratoire − et de signaler leur absence des photos d’archives, alors qu’elles constituaient le quart de l’équipe.
Montréal et la bombe, par Gilles Sabourin, Éditions du Septentrion, 204 p.
>>> Envie d’en savoir plus ? Québec Science a rencontré Gilles Sabourin. À écouter dans notre balado.