Un kyste de Toxoplasma gondii dans le cerveau d’une souris. Photo: Wikimedia Commons
Les parasites peuvent modifier le comportement de leurs hôtes en jouant dans leur tête. Ce n’est pas parce qu’ils sont petits qu’ils ne peuvent pas faire de grandes choses !
La peur ? Pff. Les rongeurs infectés par Toxoplasma gondii ne connaissent pas. Les souris parasitées deviennent intrépides et développent une envie irrépressible – et même suicidaire – de s’amuser avec leur prédateur numéro 1, le chat. De la même manière, en 2021, une étude a montré que les hyènes infectées par ce parasite étaient moins prudentes et plus à même de se faire dévorer par un lion.
Des scientifiques ont récemment découvert que ce minuscule parasite, responsable de la toxoplasmose, a également le loup dans sa ligne de mire. Sous son emprise, un Canis lupus est plus prompt à gravir les échelons et à devenir chef de bande. Là encore, l’intrus conduit son hôte (généralement asymptomatique) à agir de manière plus risquée et plus agressive — des traits distinctifs d’un leader, cette fois.
« Cela ne veut pas dire que tous les loups atteints de toxoplasmose se transforment en leaders, mais l’infection accélère le processus, explique Connor Meyer, du Yellowstone Wolf Project, coauteur de l’étude publiée dans Communications Biology et basée sur 26 ans de données comportementales et biologiques. Les loups parasités ont aussi davantage tendance à s’éloigner de leur meute d’origine pour en former une nouvelle. »
Connor Meyer et son équipe ont observé que les loups dont le territoire entrecoupe celui des cougars dans le parc national de Yellowstone sont plus susceptibles d’être infectés. Pas étonnant, puisque le microorganisme a besoin d’un félin pour se reproduire de manière sexuée (même s’il infecte à côté de cela de très nombreux mammifères). Les loups se contamineraient en se nourrissant à l’occasion de carcasses du félidé ou en ingérant ses selles.
Les choses peuvent se gâter pour toute la meute quand des leaders (mâles ou femelles) sont infectés. Si ces derniers, très influents, n’ont plus peur du danger, en raison d’une augmentation de leur production de testostérone et de dopamine causée par le parasite, tout le groupe se retrouvera à poursuivre des objectifs dangereux. La meute peut ainsi suivre les traces d’un cougar plutôt que de le fuir… et se faire contaminer à son tour.
Tout ça à cause d’un minuscule organisme ! « En raison de leur petite taille, on ne voit habituellement pas les parasites comme des espèces qui vivent leur vie, se reproduisent et tentent de survivre », explique M. Meyer. Notre étude et d’autres recherches récentes ont montré qu’un parasite n’a pas besoin de tuer son hôte pour avoir un impact sur la dynamique d’un écosystème sauvage. Le Toxo en est l’un des meilleurs exemples ! » ajoute M. Meyer.
Voici, en vrac, quelques exemples qui témoignent des pouvoirs des parasites :
Ils sont capables de contrôler le cerveau de leur hôte
Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Voilà qui semble être le mantra de nombreux parasites connus pour prendre le contrôle des fonctions cognitives de leurs hôtes pour arriver à leurs fins. La guêpe parasitaire Glyptapanteles a besoin d’une nounou pour prendre soin de ses rejetons, donc une fois qu’elle a pondu ses quelque 80 œufs dans une chenille et que les larves ont éclos en exsudant de sa peau — une expérience sûrement très traumatisante, mais pas mortelle —, la chenille asservie sous l’effet d’un cocktail de produits chimiques devient la plus dévouée des gardes du corps et se met à défendre férocement les pupes de son parasite contre les prédateurs. Au prix de sa vie puisqu’elle trépasse une fois le couffin vidé.
Le Paragordius tricuspidatus est connu pour altérer l’expression des gènes dans le système nerveux des grillons. Comme le nématomorphe a besoin d’eau pour aller au bout de son cycle de vie, il prend possession du grillon et le pousse à se jeter à l’eau du haut d’une brindille — même si le grillon n’est pas naturellement programmé pour faire saucette.
La petite douve du foie Dicrocoelium dendriticum est aussi une manipulatrice hors pair et modifie le comportement des fourmis qu’elle infecte. Au lieu de rentrer au nid à la nuit tombée, la fourmi parasitée grimpe au bout d’un brin d’herbe pour mieux se faire brouter par un mouton, l’hôte ciblé par le mini-terroriste. Si aucun ruminant ne l’a ingérée au petit matin, elle retourne vaquer à ses occupations au sein de la colonie et reprend son petit manège au soleil couchant.
Ils donnent des superpouvoirs

Dicrocoelium dendriticum
En général, être infecté par un parasite n’est pas très jojo… sauf lorsque ce dernier confère à son hôte des superpouvoirs ! C’est ce qui se passe chez de petites crevettes, des artémies, infectées par des « cestodes ». Dans une étude de 2016 publiée dans la revue PLOS Pathogens, une équipe européenne a découvert que ces vers ont le pouvoir d’amplifier la tolérance des artémies aux eaux polluées par l’arsenic. En plus de stimuler la production d’antioxydants, dont le rôle est de protéger les cellules contre les effets du stress, l’infection augmente les réserves de lipides des artémies, ce qui leur permet de séquestrer davantage d’agents polluants. Les cestodes ne font pas dans la bienveillance pour autant. Comme tout parasite qui se respecte, ils ont plutôt intérêt à ce que leur hôte reste en vie le plus longtemps possible pour avoir le temps d’aller au bout de leur cycle de vie.
Ils vont à la pêche

Lampsilis radiata, une moule d’eau douce de la tribu Lampsilini
Certains parasites emploient des artifices pour duper leur hôte. Un peu comme le fait mononcle Jean-Guy lorsqu’il part à la pêche au brochet avec sa boîte à leurres, les moules d’eau douce de la tribu Lampsilini ont développé un éventail d’appâts pour taquiner les poissons, qui sont leurs cibles. Elles utilisent entre autres leur manteau pour imiter la forme d’un petit poisson. Dès qu’une victime « mord à l’hameçon », la moule éjecte un nuage de larves. Celles-ci vont infecter le poisson en s’accrochant à ses branchies et se nourrir de son sang jusqu’à l’étape suivante de leur transformation.
Dans le domaine du spectaculaire, le ver Leucochloridium variae donne une drôle de tête aux escargots qu’il infecte. Le parasite convertit les tiges oculaires de son hôte en deux appâts turgescents colorés qui semblent pulser au rythme de Dancing Queen. Avec ce leurre ressemblant à deux asticots bien joufflus et en changeant le comportement de sa proie pour qu’elle se rende aux endroits les plus exposés, le trématode cherche ainsi à attirer l’attention de son hôte définitif, un oiseau bien gourmand.
Ce sont de véritables ninjas !
Les baleines sont des hôtes en or pour les parasites, comme l’explique le livre Parasites. The Inside Story. Les lamproies, les balanes et les goélands dominicains ne sont qu’une poignée de ceux qui se servent d’elles comme d’une Communauto ou d’une collation de 15 h. Mais comment un ténia tel que le Tetragonoporus calyptocephalus, qui peut mesurer jusqu’à 30 m, arrive-t-il à se faufiler incognito et à déjouer les quatre estomacs et les nombreuses défenses des cachalots ?
Il s’infiltre d’abord sous forme larvaire. Véritables expertes de la furtivité, les larves sont capables de produire des protéines qui suppriment les enzymes digestives, de bloquer les réponses immunitaires locales de l’hôte et d’imiter la muqueuse de la baleine, qui finit par se dire que le ténia est une partie d’elle plutôt qu’un corps étranger.
Une fois dans le petit intestin, le ténia s’accroche très fort avec sa ventouse pour résister à la pression de toute l’eau que le cachalot ingère. Il s’allonge ensuite en produisant des dizaines de milliers de proglottis (des segments contenant chacun une unité reproductrice) à sa traîne. Les proglottis vont s’autofertiliser, les tronçons remplis d’œufs seront évacués dans les selles de la baleine, et ce fascinant cycle pourra recommencer.
Ils détiennent le secret de la jeunesse éternelle

Une ouvrière Temnothorax (celle du dessous) infectée par Dilepididae anomotaenia brevis à côté d’une compagne de nid sain.
Les infections parasitaires sont en général coûteuses pour les hôtes, mais les fourmis Temnothorax ne sont sûrement pas de cet avis ! Lorsqu’elles sont infectées par l’Anomotaenia brevis, les ouvrières bénéficient d’une cure de Jouvence : alors qu’elles ne survivent normalement que quelques mois, une fois infectées, elles peuvent vivre au moins trois ans (durée de l’étude sur le sujet) sans prendre une seule ride !
En effet, dans une étude publiée en 2021 dans le Royal Society Open Science, l’entomologiste Susanne Foitzik et ses collègues ont remarqué, dans les forêts allemandes, que les ouvrières âgées porteuses du pathogène conservaient leur éclat de jeunesse. Au fil du vieillissement, la cuticule des ouvrières devient brun foncé, mais demeure dorée chez celles qui ont bu cet élixir. Plutôt que de travailler, ces petites princesses au ventre rempli de vers et qui dégagent un enivrant parfum restent près du couvain où se tiennent les nourrices et passent leur journée à ne rien faire. À quoi bon, puisqu’elles sont couvertes de cadeaux et de nourriture par leurs compagnes non infectées !
Ils inspirent les jeux vidéo

Une fourmi infectée par Ophiocordyceps unilateralis.
Pas étonnant que les scénaristes du jeu vidéo The Last of Us — récemment adapté en série — aient été séduits par la terrifiante phase terminale de l’Ophiocordyceps unilateralis, tant ce champignon semble tout droit sorti de nos pires cauchemars ! Dans la vraie vie, pour disperser ses spores, le cordyceps fructifie et fait exploser la tête des fourmis de la forêt tropicale, ornant leur cadavre d’impressionnantes structures fongiques. Dans The Last of Us, ce dernier ne tue pas les humains, mais les zombifie en modifiant horriblement leur apparence au fil de l’infection. Les risques sont faibles qu’un tel scénario se réalise dans la réalité puisque les champignons préfèrent les températures plus fraîches que celle de notre corps, mais les parasites nous réservent encore bien des surprises !
Ils existent depuis les débuts de la vie eucaryote
Le plus vieux parasite repéré jusqu’à présent dans les registres fossiles date d’il y a 512 millions d’années. Il ressemblait à un ver tubulaire, qui s’incrustait dans la coquille d’une sorte de palourde, selon l’article le décrivant dans Nature Communications, en 2020. Ces parasites s’installaient près de l’organe grâce auquel le brachiopode s’alimentait pour lui dérober sa nourriture. Sûrement une première preuve de cleptoparasitisme !
Photos: Shutterstock, Wikimedia Commons, Susanne Foitzik, David P. Hugues et Maj-Britt Pontoppidan/Wikimedia Commons