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03 juillet 2024
Temps de lecture : 4 minutes

Voici notre sélection de découvertes culturelles scientifiques de l’été

Photo : Espace pour la vie/Mélanie Dusseault

Pour occuper votre été, découvrez notre sélection de découvertes culturelles scientifiques : des lectures captivantes, des sorties enrichissantes et des balados à explorer.

VOIR

Rouge couleur passion

À quoi pourrait ressembler la vie quotidienne sur Mars ? Telle est la petite porte qu’entrouvre le Planétarium de Montréal avec ROUGE 2100, présentée en collaboration avec le Cirque Éloize. L’exposition immersive présente une mission fictive en cinq chapitres dans laquelle l’équipage réalise l’ampleur des différences entre la vie sur Terre et ce que serait la vie martienne.

Il faudrait d’abord porter une combinaison spatiale pour les sorties extérieures, sinon l’eau du corps se mettrait à bouillir à froid ; les belles tasses devraient être façonnées à la main plutôt que commandées chez Simons ; sans parler de la dure réalité des tempêtes de sable mettant en péril les panneaux solaires et le système d’oxygénation… Un point positif ? Avec la force gravitationnelle martienne, qui fait que chaque kilo de roche semble ne peser que l’équivalent d’environ 380 grammes sur Terre, les membres de la colonie se prendraient pour des Hulk en puissance.

En bonus, la muse de l’exposition, l’ingénieure en aérospatiale Farah Alibay, a eu l’honneur de sélectionner six grandes dames (parmi lesquelles l’astronaute Sally Ride et Valentina Tershkova, la première femme à être allée dans l’espace) qui ont contribué à l’exploration spatiale et inspiré son parcours scientifique. Chacune a droit à une capsule biographique dans la zone des pionnières.

Cette sympathique aventure familiale est incluse dans le prix d’un billet pour les films du Planétarium.

ROUGE 2100, au Planétarium de Montréal, espacepourlavie.ca

Photo : Espace pour la vie/Mélanie Dusseault

 

Photo : Jean-Philip Lessard

Rapprochements poétiques

Lancée plus tôt cette année par l’espace d’art immersif OASIS immersion à Montréal, en collaboration avec la société National Geographic, l’exposition Nature vive vous fera vivre une aventure sensorielle. À voir jusqu’à la fête du Travail.

Des images géantes de paons, de baleines, de félins sont projetées sur les quatre murs du centre Immersion, tandis que d’immenses haut-parleurs accompagnent l’expérience de sons de la nature. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’ensemble est apaisant et méditatif. Tant mieux, puisque c’est justement l’effet recherché par le parcours de 80 minutes Nature vive. Cette exposition vise à créer une connexion sensorielle avec les écosystèmes dans l’espoir d’inciter le public à s’engager dans la protection de la biodiversité.

L’équipe d’OASIS immersion avait précédemment tâté le pouls lors de la COP15 en présentant une expérience numérique consacrée à la biodiversité. C’est à la suite de ce succès qu’a été conçu Nature vive, un parcours inspiré des accords historiques qui ont été signés pour « soutenir les actions de préservation de notre majestueuse biodiversité », selon Anthony Luckett, vice-président au développement des affaires chez National Geographic.

Si la première salle met le public en contact avec la faune et la flore dans une valse de portraits vidéo pour nous préparer à la suite, la seconde galerie est plus contemplative. Sous forme de création numérique, elle se veut une sorte de réseautage poétique et onirique illustrant les connexions vitales de tous les éléments entre eux, et avec nous. La dernière salle, plus éducative, nous inspire et nous montre, au moyen d’entrevues et d’images, des initiatives mises en œuvre un peu partout dans le monde pour protéger les écosystèmes.

Notre suggestion : entreprendre ce parcours teinté d’optimisme en laissant au vestiaire ses angoisses et visions fatalistes sur l’état du monde. Ce bain de nature n’en sera que plus apaisant !

Nature vive, présenté par OASIS immersion au Palais des congrès de Montréal jusqu’à la fête du Travail, 34 $ par adulte. oasis.im

Photo : Jean-Philip Lessard

 

À table !

Trois ans de tournage et sept carcasses, c’est ce que cela a pris au réalisateur Robert Morin pour tisser les 75 minutes de son succulent Festin boréal, une fiction à la croisée du documentaire naturaliste et d’observation. Bien assis dans la cache de notre salon, on assiste à la décomposition d’un orignal atteint d’une flèche au flanc par des chasseurs. S’ensuivra un ballet d’animaux venant se nourrir de sa dépouille, une rare occasion d’observer les liens étroits entre la mort et la vie dans la nature. Les caméras installées un peu partout, de la Gaspésie à la réserve faunique La Vérendrye, révèlent la beauté du paysage québécois et de ses habitants, comme ces corbeaux espiègles, cette hermine immaculée rampant à l’intérieur de la carcasse pour chercher une collation et l’attendrissant rapport qu’entretient un ours à trois pattes avec son dîner. Une œuvre d’art contemplative qui fait mouche jusque dans sa bande-son.

Festin boréal, réalisé par Robert Morin, sur la boutique en ligne de Maison4tiers, maison4tiers.com/product/festin-boreal/

 

Une relation exceptionnelle

La relation épistolaire que le frère Marie-Victorin cultivait avec sa collaboratrice Marcelle Gauvreau est transposée au grand écran dans Dis-moi pourquoi les choses sont si belles. Le film, réalisé par Lyne Charlebois, raconte cet amour chaste et impossible à travers leur correspondance, laquelle est née d’une passion commune pour la botanique. Au fil des échanges transparaît aussi la curiosité que les deux amis entretenaient pour le désir humain. La formule est originale puisqu’elle offre un film dans un film, sorte de mise en abyme où Antoine (Alexandre Goyette) interprète le frère Marie-Victorin et Roxane (Mylène Mackay) incarne Marcelle Gauvreau sur le tournage de ce même film. En filigrane, la passion entre Antoine et Roxane trouve écho dans les mots des deux célèbres confidents.

Dis-moi pourquoi les choses sont si belles, réalisé par Lyne Charlebois, produit par Max Films, distribué par les films Opale. 99 minutes.

Photo : Les Films Opale

 

ÉCOUTER

Du cœur au ventre

Du rôle de la nourriture dans la diplomatie à la science de l’umami, en passant par les raisons qu’ont les humains de nourrir… les oiseaux, le menu proposé par The Food Chain a de quoi sustenter les plus insatiables d’entre nous. Cet excellent balado de la BBC décrypte sous tous les angles possibles l’acte de manger, puis y apporte un éclairage scientifique, économique et culturel. Des scientifiques et des gens au cœur de l’action (des employés de cafétéria, par exemple) sont invités au micro dans de copieux épisodes d’une demi-heure qui nous font par le même coup voyager un peu partout sur le globe. On adore les sujets originaux et souvent utiles, comme le meilleur type de pâte ou le tabou de la constipation. C’est là tout le plaisir de découvrir un balado qui roule sa bosse depuis un bout, car il y a déjà des centaines d’épisodes à se mettre sous la dent.

The Food Chain, sur votre plateforme de baladodiffusion préférée (en anglais). bbc.co.uk/programmes/p028z2z0

 

Il faut l’entendre pour le croire

Le balado Dérives est de retour pour une 3e saison, et c’en est une franchement enlevante. Cette fois, le vulgarisateur et pharmacien Olivier Bernard utilise comme point de départ l’histoire du chanteur Bernard Lachance, décédé en 2021 des complications du sida, convaincu que le VIH n’existait pas. Il était sous l’influence des propos de plusieurs scientifiques aux idées marginales, dont l’ex-­phlébologue québécoise Guylaine Lanctôt. C’est d’ailleurs beaucoup autour des propos de cette médecin dissidente et de La mafia médicale, son ouvrage publié en 1994 allant à contre-­courant de la science, que s’orchestre le balado. Toujours dans l’esprit de combattre les fausses croyances, le Pharmachien cherche à comprendre comment des scientifiques peuvent en venir à véhiculer des idées fausses et dangereuses et à asseoir leur influence. Il décortique ce sujet qui trouve de nombreux échos dans l’actualité, avec la pédagogie et la grande rigueur qu’on lui connaît. Il s’intéresse autant au traitement médiatique de propos découlant de la théorie du complot qu’à la notion de censure et à l’éthique des médecins. Cette nouvelle saison de Dérives est le fruit d’un travail de recherche exceptionnel et chacun des 8 épisodes (presque tous d’une durée d’une heure) est rempli d’entrevues fort éclairantes avec des chercheurs et chercheuses et des invités de premier choix. Un incontournable à mettre dans vos oreilles.

Dérives, à écouter sur la plateforme OHdio de Radio-Canada.

 

Quincaillerie scientifique

Il est parfois mêlant de savoir si un ouï-dire est fondé et comment se positionner devant des messages contradictoires. Le balado Le détecteur de rumeurs de l’Agence Science-Presse s’intéresse à la désinformation sous toutes ses coutures. Depuis sa création il y a un an, il donne une foule de trucs pour exercer son cerveau à reconnaître les idées préconçues, pour vérifier la fiabilité d’une information scientifique et pour mener une discussion avec des climato­sceptiques, entre autres. En compagnie de ses invités, la journaliste scientifique Eve Beaudin explore aussi plus en profondeur des thèmes comme la confusion devant les recommandations de consommation d’alcool et les ficelles du marketing alimentaire.

Le détecteur de rumeurs, à écouter sur votre plateforme de balado­diffusion préférée. sciencepresse.qc.ca/balado-detecteur-rumeurs

 

LIRE

Si la vie vous intéresse

En sortant de l’exposition du Planétarium, on a l’impression que s’établir sur Mars est presque un jeu d’enfant. Mais l’excellent essai A City on Mars de Kelly et Zach Weinersmith montre la complexité du projet, en analysant la question de la colonisation spatiale sous toutes ses coutures. Le couple ne demande qu’à être convaincu ; mais pour le moment, il doit se résigner à péter la balloune des agences spatiales, avec leurs programmes d’ingénierie, et celle des technophiles de ce monde qui espèrent à court terme y installer des êtres humains. Le duo pilote une enquête exhaustive et hilarante. Investi de la sincère volonté de croire au projet, il se heurte à la dure réalité. À l’aide d’archives, de documents de la NASA et de récits d’expériences passées, les deux essayistes réfléchissent aux possibilités de mener une grossesse à terme dans un lieu où la gravité met davantage le fœtus en péril que la consommation de sushis. Ils méditent aussi sur l’autonomie d’un éco­système, la fabrication d’alcool, les emplois, les éventualités de guerres de territoire, les lois et la souveraineté de l’espace, la gestion des déchets organiques et des corps (est-ce que le cannibalisme « de survie » serait légitime ?). Rempli d’espoir, le livre pèse les pour et les contre de l’installation sur Mars et la Lune. Un ouvrage qui expose avec brio les obstacles à franchir avant de faire de ce rêve une réalité.

A City on Mars: Can We Settle Space, Should We Settle Space and Have We Really Thought This Through?, par Kelly et Zach Weinersmith, Penguin Press, 448 p.

 

Dans une galaxie près de chez vous

S’il est prématuré de penser déposer ses valises sur une autre planète, rien n’empêche de zieuter le champ des possibles ! Le livre Voyage vers l’infini nous amène faire le tour du cosmos grâce aux images du puissant télescope spatial James Webb. La galaxie du Tourbillon, la nébuleuse de la Tarentule et la Voie lactée révèlent une partie de leurs secrets sous la plume de l’écrivain et spécialiste en physique théorique français Christophe Galfard. Une leçon de cosmologie et de physique haute en couleur.

Voyage vers l’infini, par Christophe Galfard, Éditions Michel Lafon, 245 p.

 

Artefacts corporels

Amusant livre jeunesse, Le musée des bouts inutiles du corps est une visite guidée dans une galerie où sont exposées les pièces les plus archaïques et incongrues de notre corps. Coccyx, muscle long palmaire et dents de sagesse sont à l’honneur dans ce livre qui détaille également des fonctions plus « pratiques » perdues au fil du temps – comme la capacité à synthétiser certaines vitamines, qui protégeait nos ancêtres simiens des carences. Une « compétence » qui aurait rendu bien des services à toutes les victimes de scorbut… Ce documentaire éducatif et participatif en profite pour expliquer les notions de sélection naturelle ayant mené à la disparition de certains traits. Il invite aussi les jeunes à expérimenter, en testant les manières de se donner la chair de poule, par exemple.

Le musée des bouts inutiles du corps : à la découverte de tes vestiges, défauts et autres bizarreries, par Rachel Poliquin, illustré par Clayton Hanmer, Québec Amérique, 80 p. À partir de 9 ans.

 

Pour un pouce plus vert

À vos truelles et vos vaporisateurs ! Que ce soit pour cultiver votre potager ou pour gérer votre jungle d’appartement, La science du jardinage épaule ceux et celles qui mettent les mains à la terre pour relever les nombreux défis saisonniers. En plus de vulgariser des notions scientifiques et techniques, l’auteur Stuart Farrimond aborde plusieurs sujets sous forme de questions pratico-pratiques. Comment faire fleurir les plantes d’intérieur ? Quelle est la meilleure période pour tailler mon framboisier ? Et celle-ci, si simple et si complexe à la fois : comment bien arroser mes plantes ? Mieux qu’une recherche Google.

La science du jardinage : à la découverte des ressources extraordinaires de votre jardin, par Stuart Farrimond, Québec Amérique, 224 p.

 

Un devoir essentiel

Pour mieux comprendre comment des projets controversés (comme celui de Northvolt, tiens) peuvent recevoir l’aval du gouvernement, et mieux réaliser du même coup l’ampleur des défis rencontrés pour défendre un milieu naturel, il faut se ruer sur le bédé-reportage Un sacrifice tout naturel de Martin PM. Biologiste de formation, Martin Patenaude-Monette a travaillé deux ans au ministère de l’Environnement avant de devenir illustrateur et caricaturiste, y compris dans Québec Science !

S’appuyant sur des dizaines de demandes d’accès à l’information, et sur une foule d’entrevues avec des spécialistes et des groupes militants s’étant opposés à des projets comme ceux à L’Île-Perrot et à Saint-Bruno-de-Montarville, entre autres, le bédé-reporter livre une riche enquête illustrée. On y découvre comment la plupart des projets sont acceptés par le ministère de l’Environnement, ainsi que la faiblesse des lois protégeant les milieux naturels – les défis des municipalités, tiraillées entre la préservation du territoire et le développement pour percevoir des taxes, leur seul levier financier. On aime particulièrement le passage expliquant en quoi la protection est préférable aux projets de compensation. Un livre urgent pour un sujet brûlant.

Un sacrifice tout naturel : les ratés de la protection de la biodiversité au Québec, par Martin PM, coédité par Atelier 10 et La Pastèque, 176 p.

 

Gazon deux tons

Lorsque le biologiste Claude Lavoie a commencé la rédaction de Pissenlit contre pelouse, il souhaitait mettre l’accent sur le pissenlit, la fleur préférée des enfants, mais le gazon a – ironie du sort – pris toute la place. Et franchement, on se réjouit que pissenlit et gazon croisent le fer dans cet ouvrage passionnant. La détestation du pissenlit par les adeptes de pelouses immaculées est le prétexte de cet expert en plantes envahissantes pour parler de la ténacité de Taraxacum officinale et de l’origine des herbicides. Il en profite aussi pour déboulonner une foule de mythes, apporter une perspective documentée sur le mouvement Mai sans tondeuse (No Mow May) et offrir plein d’arguments pour aimer – ou, du moins, ne plus détester ! – ce petit rayon de soleil rudéral. Parce que sans lui, étonnamment, l’herbe ne serait jamais aussi verte.

Pissenlit contre pelouse, par Claude Lavoie, éditions MultiMondes, 240 p.

 

Échos du fleuve

Dès la lecture des premiers textes de Portraits du Saint-Laurent, les âmes vivant dans les terres ou les grandes villes de la province se retrouvent plongées dans un Québec méconnu, mais qui les définit pourtant. Le livre respire le grand air salin. Ça clapote, ça vibre au rythme des accents régionaux. Au cours de ses nombreux séjours sur la Côte-Nord et jusqu’au bout des Îles-de-la-Madeleine, l’autrice et journaliste Hélène Raymond s’est entretenue avec maints pêcheurs et pêcheuses qui nous nourrissent. On aborde les défis de leur métier, de la pêche commerciale et de la transformation des produits de la mer, sans oublier les traditions qu’ils et elles cherchent à préserver, et leurs témoignages des changements de l’écosystème. Leurs souvenirs sont entrecoupés de textes plus éducatifs sur nos espèces maritimes, comme le hareng de l’Atlantique ou la crevette nordique, et sur les défis qui les guettent. Ce livre est une véritable invitation à prendre le large – et la route ! – à la découverte de nos villages et des saveurs du fleuve.

Portrait du Saint-Laurent : histoire des pêches et récits maritimes, par Hélène Raymond, éditions MultiMondes, 240 p.


Quelle folle histoire !

Il y a un bail déjà que l’être humain s’interroge sur les causes invisibles expliquant divers comportements. Les méandres de la pensée l’intéressaient d’ailleurs bien avant l’avènement de la psychologie en tant que discipline scientifique. Dans L’incroyable histoire de la psychologie en bande dessinée, l’auteur Jean-François Marmion fait l’ambitieux pari de remonter le temps jusqu’aux chamans de la préhistoire. Presque tout y passe : la Gestalt, la trépanation, l’hypnose moderne, la thérapie de l’hystérie, les expérimentations les plus surréelles, Dolto, Janet et (bien sûr) Freud. Fort de plus de 15 ans d’expérience en vulgarisation dans ce domaine, le psychologue commente et critique ces sujets dans des planches brèves, avec une pointe d’esprit. Le contenu est aussi riche que les illustrations de Pascal Magnat et on en sort soufflés par tout le chemin parcouru jusqu’ici pour plonger dans les abysses de la psyché.

L’incroyable histoire de la psychologie en bande dessinée, par Jean-François Marmion, illustré par Pascal Magnat, éditions Édito, 272 p.

 

Sens dessus dessous

Êtes-vous du genre à empêcher votre chien de sentir tout ce qu’il croise sur son chemin lors de ses balades quotidiennes ? Après la lecture d’Un monde immense d’Ed Yong, vous aurez sûrement envie de le laisser vaquer à cette activité primitive. Pourquoi ? Selon la science, Fido devient plus optimiste quand on lui permet de renifler : il peut alors mieux percevoir le monde autour. L’auteur, un journaliste scientifique américain gagnant d’un Pulitzer, entraîne ainsi son lectorat dans le foisonnant univers sensoriel des bêtes. Chaque chapitre aborde un sens et explore la manière unique dont les animaux perçoivent leur environnement. Croyez-moi sur parole, si vous avez le moral bas par les temps qui courent, ce petit 500 pages bourré d’anecdotes extraordinaires (sur les paumes ultrasensibles des loutres ; les têtards de la rainette éclosant dès qu’ils ressentent le mouvement de mastication d’un serpent ; la rapidité de frappe de la crevette-mante – 80 km/h ! – capable de vous casser un doigt) vous requinquera sur un moyen temps !

Un monde immense : comment les animaux perçoivent le monde, par Ed Yong, éditions Les liens qui libèrent, 492 p.

 

Les virus qui soignent

Alors que la résistance aux antimicrobiens est une véritable menace pour la santé humaine et animale, les bactériophages – ces virus ayant la capacité remarquable d’infecter les bactéries – émergent de l’oubli (ou presque) sous la plume de Tom Ireland. Il les sort de stase dans The Good Virus: The Amazing Story and Forgotten Promise of the Phage, un récit historique passionnant où il réhabilite cette thérapie prometteuse que la découverte de la pénicilline et des antibiotiques a éclipsée. L’auteur retrace entre autres le parcours presque invraisemblable du microbiologiste autodidacte Félix d’Hérelle, auquel on doit les premières thérapies par les phages. Il montre comment ces virus, que l’on retrouve dans tous les écosystèmes, et que l’on utilise parfois aujourd’hui en médecine, mais seulement en dernier recours, sont encore pertinents. C’est une bonne chose qu’une nouvelle génération de scientifiques leur prête un intérêt renouvelé, que ce soit en utilisant l’édition génomique ou en élaborant des bibliothèques de phages naturels ayant le potentiel de venir à bout des bactéries résistantes.

The Good Virus: The Amazing Story and Forgotten Promise of the Phage, par Tom Ireland, WW Norton, 400 p.

 

Un monde d’argent

Après avoir raconté l’histoire de l’écriture avec sa créativité débridée, l’artiste et illustrateur d’origine ukrainienne Vitali Konstantinov frappe de nouveau avec une autre bande dessinée format XL, La grande histoire de l’argent : des coquillages aux cryptomonnaies. Son documentaire illustré plonge en détail à travers des morceaux choisis du passé. La notion d’échange et de coopération dans le monde animalier côtoie une anecdote sur la très peu ergonomique monnaie de pierre des habitants des îles Yap – dont certaines « pièces » pouvaient peser jusqu’à 5 tonnes. Le livre sert une brève compilation de faux-monnayeurs et explore les bulles financières, comme l’intrigante période où le cours du bulbe de tulipe a pris des proportions exagérées avant de s’effondrer. Cette œuvre d’art touffue et éclatée est en soi aussi fascinante que son sujet.

La grande histoire de l’argent : des coquillages aux cryptomonnaies, par Vitali Konstantinov, traduit de l’allemand par Bénédicte Eustache et Hélène Boisson, éditions La joie de lire, 80 p. Dès 9 ans.

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