Site de la COP 30 à Belém, au Brésil. Photo: © UN Climate Change – Kiara Worth
Les dirigeants de la planète se rencontrent pour la COP 30. L’un des enjeux majeurs : transformer les engagements en actions concrètes.
La 30e Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques (COP 30) se tient présentement à Belém, en plein cœur de l’Amazonie. Dans un contexte géopolitique défavorable pour la protection du climat, les peuples autochtones pourraient jouer un rôle central dans les discussions, notamment sur la protection des forêts.
Nous avons discuté des différents enjeux de la COP 30 avec Sabaa Khan, directrice générale, Québec et l’Atlantique à la Fondation David Suzuki.
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Québec Science Quelles sont les attentes envers la COP 30?
Sabaa Khan La COP 30 représente un véritable test de crédibilité pour la gouvernance climatique mondiale. Cette conférence déterminera si la planète peut encore maintenir l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C, fixé par l’Accord de Paris.

Sabaa Khan, directrice générale, Québec et l’Atlantique à la Fondation David Suzuki. Photo: Ambre Giovanni pour la FDS
Même si les principaux éléments de l’Accord de Paris ont déjà été définis ou adoptés lors des COP précédentes, la COP 30 mettra surtout l’accent sur la mise en œuvre des engagements existants : les mécanismes de financement, les moyens de les alimenter, ainsi que les questions liées à la nature, aux forêts et à l’utilisation des terres. L’enjeu n’est donc pas de réécrire le cadre global, mais de renforcer les ambitions.
La COP 28 à Dubaï avait été un point tournant avec le consensus des Émirats arabes unis. Il s’agit du premier accord appelant explicitement à une transition progressive hors des combustibles fossiles. Elle a également fixé des objectifs clairs : tripler les capacités en énergies renouvelables et doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030.
La COP 29, quant à elle, a recentré les discussions sur le financement. On a établi un nouvel objectif collectif visant à mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour soutenir les pays en développement.
La COP 30 devra donc répondre à une question essentielle : comment traduire ces engagements en actions concrètes et mesurables?
QS Pourquoi a-t-on l’impression que, de COP en COP, les progrès sont trop lents?
SK Parce que les émissions continuent d’augmenter. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, les émissions mondiales ont encore progressé de 2,3 % en 2024 selon l’Emissions Gap Report 2025. Nous dépendons toujours beaucoup trop des combustibles fossiles. D’après ce même rapport, la production de combustibles fossiles prévue par les gouvernements dépasserait de 120% le niveau compatible avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C.
On parle beaucoup du climat et de la science, mais les décisions politiques ne s’appuient pas en considérant la science climatique. C’est profondément décourageant, d’autant plus que la multiplication des conflits géopolitiques détourne l’attention et les ressources des politiques climatiques. Pourtant, la sécurité énergétique, alimentaire et électrique, tout comme l’équité et la prospérité mondiale, dépendent intimement de notre capacité à sortir des combustibles fossiles.
Cela fait des décennies que nous connaissons le problème, et depuis dix ans, dans le cadre de l’Accord de Paris, nous tentons en vain de réduire les émissions. C’est frustrant de voir à quel point la politique continue de freiner l’action climatique.
Mais, il y a eu des avancées sur le plan juridique. Il y a quelques mois, la Cour internationale de justice a rappelé que tous les États ont l’obligation légale de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, pas seulement les signataires de l’Accord de Paris. Cette décision souligne qu’il ne s’agit ni d’un acte de charité ni d’un choix politique, mais d’une obligation légale.
QS Quelles sont les retombées de la tenue de cette COP au Brésil? Pensez-vous que la santé de l’Amazonie, qui se détériore, sera abordée pendant les discussions?
SK On espère fortement que cette COP aborde la participation des peuples autochtones, qui ne sont pas de simples parties prenantes, mais bien des détenteurs de droits. Dans plusieurs pays, comme le Canada, ils exercent une juridiction reconnue au sein des États.
Les peuples autochtones se trouvent en première ligne face aux changements climatiques, mais ils sont aussi des chefs de file en matière de gouvernance climatique et de solutions. Qu’il s’agisse de gestion des terres, de protection des forêts ou encore de microréseaux d’énergie renouvelable, comme on en voit déjà ici au Canada. À la COP 30, leur participation pleine et entière sera essentielle.
Je sais que le président brésilien s’est fixé comme objectif d’avoir au moins 1 000 représentants autochtones à cette COP. Déjà, des coalitions de peuples autochtones de l’Amazonie ont formulé des revendications. Elles demandent que leur territoire soit légalement reconnu et protégé, que toutes activités extractives, pétrole, gaz ou mines, soient immédiatement arrêtées et d’avoir une place décisive dans les négociations.
J’aimerais également voir des mécanismes de financement directs destinés aux peuples autochtones et un soutien accru aux solutions basées sur les savoirs traditionnels. À cet égard, je crois que la COP 30 pourrait être la plus importante à ce jour pour la reconnaissance et le leadership des peuples autochtones dans la lutte contre les changements climatiques.
QS Les États-Unis sont absents de la COP. Cela change-t-il quelque chose?
SK Les États-Unis tenteront sans doute d’influencer les décisions à distance, comme ils l’ont fait dans le passé pour le traité sur le plastique [NDLR : un instrument juridique contraignant pour mettre fin à la pollution plastique]. C’est tout de même encourageant qu’aucun autre pays ne se soit retiré.
Il est vrai que l’administration Trump détruit complètement le cadre réglementaire et environnemental aux États-Unis. Cependant, les villes américaines et les États continuent d’agir. Des centaines de municipalités se sont dotées de plans climatiques, démontrant que l’action climatique peut se jouer au niveau local.
C’est d’ailleurs l’esprit même de l’Accord de Paris. Lorsqu’il a été adopté en 2015, il reposait sur une approche dite « all hands on deck », c’est-à-dire une mobilisation à tous les nouveaux : gouvernements, États, municipalités, secteur privé et société civile.
QS S’il y avait une seule chose à surveiller pendant cette COP, qu’est-ce que ce serait ?
SK Pour moi, c’est avant tout la place accordée aux peuples autochtones. Il faudra suivre comment leurs demandes seront intégrées et mises en œuvre dans les décisions officielles.
La deuxième chose à surveiller est le renforcement de l’engagement pris à la COP 28 concernant la transition progressive hors des combustibles fossiles. Plusieurs gouvernements exploitent le langage flou autour du gaz naturel liquéfié pour justifier de nouveaux projets. J’aimerais vraiment voir un renforcement de cet engagement et non pas de recul.
La COP 30 a lieu du 10 au 21 novembre.
La COP en Amazonie
Les rencontres entre dirigeants, représentants de la société civile et autres acteurs se tiendront en plein cœur de l’Amazonie, à Belém, au Brésil.
Le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, a voulu que l’attention mondiale se concentre sur trois objectifs : protection des forêts et forêt tropicale, financement climatique et transition hors des énergies fossiles. Comme le note Mark Hertsgaard, journaliste et directeur de Covering Climate Now lors d’une session d’information, si les COP précédentes ont surtout mis l’accent sur les énergies fossiles, le choix de l’Amazonie est hautement symbolique. « Le plus grand fleuve du monde est à un point de bascule critique pour le climat de la planète. En effet, la forêt amazonienne est menacée de basculer de façon irréversible de forêt tropicale à savane, ce qui perturberait gravement les régimes de pluie en Amérique du Sud et la production alimentaire », signale-t-il.
Dans ce cadre, le plan Tropical Forest Forever Facility est un mécanisme clé pour protéger les forêts tropicales. Selon l’organisme Covering Climate Now, le Brésil prévoit investir 1 milliard de dollars américains et espère mobiliser jusqu’à 125 milliards de dollars américains auprès des autres états. Ce financement servirait directement aux pays en voie de développement pour protéger leurs forêts.
À la précédente COP à Baku, l’objectif de financement visait 300 milliards de dollars américains par année. La présidence brésilienne ambitionne d’élever cet objectif à 1,3 trillion de dollars américains par année, selon la feuille de route Baku to Belém.
Il est très instructif et constitue une synthèse signifiante pour une visuelle.