De nombreuses personnes ont photographié le bolide en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas (sur cette photo). Photo : Gijs de Reijke
Le 13 février 2023, un petit astéroïde a explosé dans le ciel nocturne de la Normandie. Son étude approfondie révèle une nouvelle catégorie de corps célestes capables de causer des dégâts disproportionnés.
En soirée, le 12 février 2023, un astronome hongrois détecte dans le ciel un point brillant qui se dirige tout droit vers la Terre. Il s’agit d’un astéroïde géocroiseur, c’est-à-dire que son orbite croisera celle de la Terre – autrement dit, il la percutera.
L’astronome alerte rapidement la communauté scientifique internationale, qui braque une armée de télescopes sur le petit corps céleste. Les calculs prédisent précisément l’impact de l’objet estimé à un peu moins d’un mètre pour 650 kg : dans un village de Normandie vers 4 h du matin.
Scientifiquement, pour l’astrophysicienne Auriane Egal, conseillère scientifique au Planétarium de Montréal et professeure à l’Université Western en Ontario, c’était une occasion extraordinaire. « Ça nous a laissé suffisamment de temps pour mobiliser les populations au sol. La réponse du grand public a été exceptionnelle : c’était la première observation ciblée d’un bolide à une telle échelle », dit-elle.
La population, avertie à temps, assiste à un spectacle unique. Plusieurs personnes filment l’arrivée de l’astéroïde 2023 CX1 et son explosion spectaculaire dans le ciel. Ces images précieuses pourront ensuite être étudiées par les spécialistes. Dans les heures et les jours suivants, scientifiques et volontaires de tous âges partent à la chasse aux fragments tombés du ciel.
Grâce à cette coopération inédite, les premiers fragments de 2023 CX1 sont retrouvés quelques heures après leur chute. En tout, plus d’une centaine de morceaux, surtout de petits cailloux, ont été collectés. « C’est un petit morceau du système solaire qui est tombé dans nos mains », résume, réjouie, l’astrophysicienne.
Une première scientifique mondiale
Sous la direction d’Auriane Egal, 97 chercheurs et chercheuses de 22 pays ont pu retracer, pour la première fois, l’histoire complète d’un astéroïde, depuis son origine dans l’espace jusqu’à son analyse en laboratoire. Parue en septembre dans Nature Astronomy, l’étude a réuni des spécialistes de cinq disciplines pour décrypter le phénomène.
« On a beaucoup de météorites [soit des fragments d’astéroïdes ayant atteint le sol] dans nos collections, mais on ignore souvent leur origine. Jusqu’à présent, on n’avait pas beaucoup d’informations sur le comportement de ces astéroïdes dans l’atmosphère », explique la scientifique.
Or les données obtenues ont de quoi surprendre. Bien que les météorites retrouvées au sol soient de type « classique », parmi les plus communes sur Terre, leur étude a révélé que, contrairement à la plupart des astéroïdes qui se désintègrent progressivement dans l’atmosphère, 2023 CX1 a explosé brutalement.
« Il est resté entier tout le long de sa trajectoire et, tout à coup, il a explosé, très bas dans l’atmosphère, à environ 28 km d’altitude. Il a perdu jusqu’à 98 % de sa masse, libérant toute son énergie d’un coup. Un peu comme une bombe », explique Auriane Egal.
La façon dont l’astéroïde s’est fragmenté expose un danger qui était encore inconnu. Il a produit une onde de choc plus grande que prévu, potentiellement plus dommageable pour les zones habitées que les désintégrations graduelles observées ailleurs.
« Cette découverte met en lumière une nouvelle catégorie d’astéroïdes, capables de provoquer des dégâts disproportionnés par rapport à leur taille », dit la scientifique. Elle incite à « repenser nos stratégies de défense planétaire », afin de mieux protéger les populations contre de prochains visiteurs célestes inattendus.

Ont aussi participé à ces recherches : Olivier Hernandez (Planétarium) et de nombreux instituts et universités de partout dans le monde.
L’avis du jury
Coordonnée par une chercheuse du Québec, cette étude exceptionnelle a mobilisé des scientifiques de partout dans le monde et des volontaires en Normandie. Elle change notre compréhension des dangers liés aux astéroïdes géocroiseurs.
Bravo à Auriane Egal et à tous les chercheurs pour cette étude exceptionnelle.