Photo: Carlett Badenhorst/Unsplash
L’humanité consomme l’eau avec un tel excès que la planète fait aujourd’hui face à une « faillite » mondiale de l’eau, selon un rapport des Nations unies. Le Canada n’est pas à l’abri.
Publié par l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH), le rapport paru le 20 janvier 2026 dresse un portrait sombre : en raison de décennies de surexploitation, nous avons dépassé la capacité naturelle de renouvellement des ressources en eau. Parmi les causes de cette crise figurent notamment la destruction de vastes zones humides, la fonte accélérée des glaciers (essentiels à l’alimentation des cours d’eau) et l’agriculture qui accapare 70% des réserves mondiales en eau douce.
Pourquoi le mot « faillite »?
Le rapport de l’UNU-INWEH parle de « faillite » plutôt que de crise. La crise évoque un choc temporaire ou une situation potentiellement réversible alors que la faillite renvoie à un point de non-retour. Il ne s’agit donc pas d’une simple pénurie d’eau, mais d’une situation exceptionnelle qui entraîne des dommages irréparables. Emprunté au vocabulaire financier, le terme illustre le fait que la planète vit bien au-delà de ses moyens hydriques.
« La faillite de l’eau se manifeste de différentes manières selon les régions : réservoirs vides, villes proches du jour zéro [pénurie majeure d’eau] où les robinets risquent de se tarir, désertification accrue, lacs et rivières qui rétrécissent ou s’assèchent, tempêtes de sable et de poussière, incendies de forêt », énumère en entrevue le scientifique Kaveh Madani, joint à son bureau de Toronto. Il est l’auteur principal du rapport et directeur de l’UNU-INWEH. Dans certains cas, ajoute-t-il, on peut même observer des affaissements de terrain ou des gouffres se créer quand les sols vidés de leur eau perdent de leur stabilité.
Originaire d’Iran, où plusieurs villes subissent une sécheresse sévère depuis 6 ans, Kaveh Madani sait que les effets de la « faillite » de l’eau peuvent être permanents, voire irréversibles. Ce n’est pas seulement le cas en Iran : dans certaines régions du monde, les dommages causés aux écosystèmes sont déjà définitifs. Lorsque des zones humides s’assèchent, elles sont extrêmement difficiles à restaurer et la disparition d’espèces qui y vivent est souvent permanente, souligne le rapport.

Des enfants d’un bidonville au Népal vont chercher de l’eau dans la rivière Shardu. Photo: Kaustuvraj/Wikimedia Commons
« Nous pouvons éviter d’aggraver les dégâts, mais nous devons aussi nous adapter à une nouvelle réalité marquée par des ressources en eau plus limitées et la perte irréversible de certains écosystèmes », prévient Kaveh Madani, chercheur en génie civil et en environnement.
En chiffres
D’après le rapport des Nations unies, environ trois personnes sur quatre vivent dans un pays touché par l’insécurité hydrique. À l’échelle planétaire, 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, 3,5 milliards sont privées d’installations sanitaires adéquates et près de 4 milliards subissent une grave pénurie d’eau au moins un mois par année.
Et au Canada?
Le manque criant d’eau est observé sur tous les continents et n’épargne aucun pays, riche ou pauvre. Même si le Canada possède à lui seul environ 20% des ressources mondiales en eau douce, il n’est pas à l’abri de la pénurie. Plusieurs drapeaux rouges se sont levés ces dernières années. On l’a vu avec la multiplication des sécheresses sévères, notamment en Saskatchewan en 2021, la baisse du niveau des Grands Lacs (avec un creux record en 2022) et les pénuries d’eau potable dans plusieurs municipalités québécoises.
« La richesse naturelle du Canada nous rend plus résilients mais, comme dans le domaine financier, même les plus riches peuvent faire faillite. La question est de savoir si nous pourrons préserver cet héritage pour les générations futures », souligne Kaveh Madani.
Quoi faire?
Devant cette faillite hydrique mondiale, le scientifique estime qu’il est urgent de changer en profondeur notre gestion de l’eau, mais aussi de repenser nos habitudes de consommation. Par exemple, est-ce vraiment pertinent de cultiver du riz, une plante qui a besoin d’énormément d’eau (2 500 L d’eau pour 1 kg de riz), en Inde et au Pakistan qui souffrent déjà de sécheresse? Ou d’installer des centres de données qui consomment de grandes quantités d’eau dans des milieux fragiles?
Selon Kaveh Madani, il faut également rendre les économies moins vulnérables et dépendantes de l’eau. La transition est plus facile pour les pays du Nord que pour ceux du Sud, où réduire l’accès à l’eau pour l’agriculture est synonyme de pénuries alimentaires, de perte d’emplois, de migrations forcées, de tensions sociales et d’enjeux de sécurité nationale. « Les gouvernements doivent soutenir les agriculteurs et leur proposer des alternatives pour assurer leurs moyens de subsistance », insiste Kaveh Madani.
« Investir dans la protection et la gestion de l’eau, cela bénéficie aussi à la lutte contre les changements climatiques, la perte de biodiversité et la désertification. Les décideurs doivent reconnaître que nous faisons face à un échec collectif et que repousser cette prise de conscience ne fera qu’aggraver notre dette envers la nature. Une dette que la nature, contrairement aux systèmes financiers, pourrait ne jamais effacer », conclut-il.
Encore un article qui parle de pénurie d’eau sans expliquer comment on peut en manquer alors que la masse d’eau sur terre reste la même. J’ai hâte qu’on nous le vulgarise.