Teinte jaune du ciel à Montréal le 14 juillet 2026. Photo: Marine Corniou.
En période de feux, une odeur de fumée est-elle le signe d’une mauvaise qualité de l’air ?
Questionnement chez Québec Science : mardi soir à Montréal, une odeur de fumée était très perceptible dans l’air. Pourtant, des reportages plus tôt en journée avaient indiqué que la qualité de l’air demeurait bonne malgré la présence visible de fumée provenant des feux de forêt.
« La situation a évolué durant la journée de mardi », indique Jean-Philippe Bégin, météorologue chez Environnement Canada. Le matin, la fumée était présente en altitude, donnant une teinte jaunâtre au ciel. Mais au niveau du sol, la qualité de l’air restait bonne, avec des concentrations de particules fines autour de 10 ou 15 microgrammes par mètre cube d’air (µg/m3).
« Tant que le taux de particules est inférieur à 35 µg/m3, la qualité de l’air est jugée bonne. En milieu d’après-midi, on était autour de 20 à 25 µg/m3. Puis, vers 21h, la qualité de l’air au sol s’est détériorée pour plusieurs heures, jusqu’à environ minuit, atteignant 40 µg/m3 par endroits », poursuit le spécialiste.
« S’il y a déjà de la fumée présente en altitude, il suffit d’un mouvement atmosphérique descendant pour la rabattre vers le sol », explique Jean-Philippe Bégin. Ces mouvements descendants se produisent souvent après le passage d’un front froid, comme dans la soirée de mardi.
Pas étonnant, donc, qu’on ait senti une odeur de fumée. « Notre nez est très sensible, car une des fonctions de l’odorat, c’est de nous avertir des dangers potentiels : un feu, une fuite de gaz, un aliment périmé », explique Johannes Frasnelli, professeur titulaire au département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste de la physiologie de l’odorat.
Pas nécessairement dangereux… mais à prendre au sérieux
« Notre odorat ne détecte pas directement les particules fines qui forment la fumée et qui nuisent à la santé respiratoire, nuance toutefois Johannes Frasnelli. Il détecte plutôt les composés organiques volatiles dégagés par les feux. Il y a une multitude de substances dans la fumée, et on est capable de sentir la grande majorité d’entre elles. »
Détecter une odeur de fumée n’est donc pas nécessairement signe que l’air est dangereux à respirer. Mais ça reste un bon indicateur que des particules fines sont probablement présentes et qu’il faut vérifier ce qui se passe.
« On a même un système complètement distinct de l’odorat et du goût, appelé système trigéminal [ce nom provient du nerf trijumeau, dans notre visage], qui détecte certaines substances chimiques. C’est lui qui détecte la fraîcheur de la menthe ou le piquant des piments forts. En présence de fumée, il va s’activer et déclencher l’irritation des yeux ou de la gorge », indique Johannes Frasnelli.
Bref, si vous voyez ou sentez de la fumée, le bon réflexe est de vérifier la qualité de l’air actuelle près de chez vous et de prêter attention aux avertissements en vigueur dans votre région.
Vous pourrez ainsi adapter vos activités et vos efforts physiques selon la qualité de l’air et les symptômes ressentis.

Concentration horaire moyenne de particules fines dans l’air de différentes localités canadiennes, l’après-midi du 15 juillet 2026. Source: AQmap (capture d’écran)
Autres ressources :
- Le site AQmap présente en temps réel les concentrations horaires moyennes de particules fines dans l’air de différentes localités canadiennes.
- Environnement Canada publie des prévisions de qualité de l’air pour plusieurs régions du sud du Québec.
- Comment protéger la qualité de l’air intérieur de la fumée des feux de forêt, un texte d’Écohabitation.