Illustration: Fig 55/Planétarium de Montréal/Hubblo
Voici des suggestions qui plairont autant aux plus grands qu’aux plus petits! Il y en a pour tous les goûts!
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Sans limite
Le Planétarium de Montréal présente Les frontières de l’infini, qui juxtapose deux mondes insaisissables, le cosmos et le cerveau humain. Malgré toutes les avancées technologiques qui ont permis de repousser les limites de la connaissance, ces deux territoires recèlent encore leur part de mystère. Et ils ont plus en commun qu’on pourrait le penser, notamment des structures « morphologiques » comparables, comme l’avance ce documentaire philosophique. L’œuvre immersive projetée sur un dôme combine l’expertise de neuroscientifiques, de spécialistes de l’astrophysique (dont la Québécoise Laurie Rousseau-Nepton) et le talent en arts visuels de l’Écossaise Katie Paterson. Par l’union de leurs efforts dans cette œuvre, ils et elles font part de leurs réflexions sur leurs explorations communes pour nourrir la nôtre. Petite confession : j’ai eu un gros coup de cœur pour Katie Paterson, dont l’approche, inspirée par les périodes géologiques et l’immensité du cosmos, est à la fois scientifique et poétique. Le docu montre notamment sa boule disco réalisée à partir des images de toutes les éclipses lunaires répertoriées ainsi que sa cartographie de toutes les étoiles mortes. Je recommande de découvrir ses autres œuvres conceptuelles sur sa page personnelle, katiepaterson.org… après la projection, évidemment !
Les frontières de l’infini, réalisé par Michel D.T. Lam, produit par Fig 55 et le Planétarium de Montréal, 38 minutes. Tous les jeudis soir, jusqu’en automne 2026.

Oiseaux rares
Je vous le dis tout de suite, LISTERS: A Glimpse Into Extreme Birdwatching est le documentaire animalier dont vous ignoriez avoir besoin. La prémisse ? Deux frères de l’Illinois, Quentin et Owen Reiser, ne connaissent rien du tout aux oiseaux. Mais alors qu’ils partagent un joint leur vient l’idée de repousser les limites de l’ornithologie extrême en répertoriant les espèces les plus rares et difficiles à observer en un an top chrono. Les deux néophytes googlent les États américains où ils pourraient voir le plus d’oiseaux, achètent une minivan d’occasion dans laquelle ils vont vivre (« pas question de payer pour dormir ! ») et passent l’année à recenser leurs trouvailles sur l’application eBird et à documenter leur quête absurde. Tournée avec un budget minime et un vieux caméscope, mais un enthousiasme franchement contagieux, leur épopée est ponctuée de rencontres avec des puristes de l’ornithologie et d’autres à l’approche plus décontractée. Cela donne un film sur la « gamification » de l’observation d’oiseaux (certains adeptes sont prêts à tout pour gagner un point !), le plaisir de profiter des beautés de la nature (la « nature » ici se trouve parfois même dans les stationnements de dépanneur) et de savourer le temps présent, même si les moustiques viennent gâcher la fête. Les gars offrent leur documentaire gratuitement sur YouTube. Ils ont aussi pondu un guide d’identification autoédité qui ne sera d’aucune aide pour identifier le moindre passereau, mais qui vous fera bien rire.
LISTERS: A Glimpse Into Extreme Birdwatching, réalisé par Owen Reiser. À voir gratuitement sur YouTube (en anglais), 119 minutes.
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Photo: Fondazione Torlonia/Lorenzo De Masi
Des sculptures qui en ont vu d’autres
Le public se rendra au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), attiré par la beauté des trésors de l’exposition La collection Torlonia : chefs-d’œuvre de la sculpture romaine. Et il restera pour découvrir, grâce à la science et aux technologies, les histoires incrustées dans ces bustes et ces portraits.
Impossible de rester de marbre devant la pureté des sculptures romaines de la légendaire collection Torlonia, en escale au Musée des beaux-arts de Montréal. Riche de plus de 600 sculptures, cette collection privée italienne rivalise avec les plus prestigieux ensembles muséaux consacrés à l’art romain. Le MBAM présente 58 de ces bustes, statues, bas-reliefs, sarcophages, dont 30 œuvres fraîchement restaurées qui n’ont jamais été présentées auparavant.
« Quand on regarde ces chefs-d’œuvre, on est soufflés par la forme, la beauté de leur surface, mais on n’est pas conscients du “contre-récit” derrière », note Laura Vigo, conservatrice en art asiatique et responsable de la présentation montréalaise de l’exposition. Ces œuvres, marquées par la succession de propriétaires, de restaurations et de modifications, n’ont pas qu’une fonction esthétique : à l’origine, elles pouvaient servir d’objets de culte, de monuments funéraires ou de véhicules de propagande.
Par exemple, il y a près de 2000 ans, l’Empire romain s’étendait de la Grande-Bretagne à l’Irak. « Les statues représentaient une façon, pour les empereurs, d’asseoir leur pouvoir sur tout ce territoire. Pour vous donner une idée, il y avait plus de 100 000 statues d’Auguste dans l’Empire », illustre Laura Vigo.
Une section de l’exposition met également en lumière le rôle essentiel de la conservation. « Depuis une vingtaine d’années, la recherche en archéologie et en restauration a profondément renouvelé nos connaissances sur la polychromie antique. On documente désormais quels pigments étaient utilisés, comment ils étaient fabriqués et appliqués, poursuit-elle. Ces avancées montrent que les statues n’étaient pas des objets neutres : elles étaient conçues pour paraître presque vivantes, à la manière de répliques humaines. »
Une occasion rare de découvrir les vies multiples que ces œuvres ont traversées grâce à la rencontre de l’art, de la technologie et de l’archéologie. En boni, une salle de médiation adjacente prolonge l’expérience par une approche sensorielle, à l’image de ce que les sculptures suscitaient autrefois.
La collection Torlonia : chefs-d’œuvre de la sculpture romaine, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, du 14 mars au 19 juillet 2026. mbam.qc.ca
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Aider son prochain par la méthode scientifique
Et si la science pouvait nous aider à résoudre nos problèmes quotidiens ? C’est la mission d’Ondes civiques, un balado québécois dont la première saison explore un problème universel : le manque de temps de qualité dans nos vies souvent trop remplies. Le duo qui anime l’émission, Maryse Tremblay, étudiante au doctorat en administration, et Charles Roy, travailleur culturel, examine en profondeur deux solutions possibles, à savoir la semaine de travail raccourcie et une meilleure répartition des tâches domestiques. À travers des échanges avec des spécialistes, des organismes et l’analyse de la littérature scientifique, ils évaluent ces hypothèses et proposent des outils pour mieux gérer notre temps et améliorer notre bien-être. L’épisode final, au cours duquel des gens du public partagent leurs astuces pour gagner quelques précieux moments, résume parfaitement cette démarche. Ce balado rempli d’énergie prouve que la science peut être un puissant levier d’action citoyenne !
Ondes civiques, saison 1 en 11 épisodes, à écouter sur votre plateforme de balado préférée et sur YouTube, @OndesCiviques. ondesciviques.com

Des mots qui résonnent
On sait tous et toutes à quel point la musique est un puissant outil, capable autant de faire couler nos larmes pendant un chagrin d’amour que de nous donner le ressort nécessaire pour terminer un demi-marathon. Dans son documentaire télé Je me souviens encore, l’animatrice France Beaudoin montre les incroyables pouvoirs de la musique sur les gens atteints de troubles cognitifs, comme l’Alzheimer. Le documentaire a également inspiré un balado en quatre épisodes d’une demi-heure. Il démystifie le pouvoir de la musique sur la maladie, suit la gériatre Julia Chabot, ancienne chanteuse d’opéra, qui fait place aux interventions musicales en réalité virtuelle et visite une résidence pour personnes âgées où le divertissement et la musique ont une incidence directe sur la qualité de vie. Non seulement J’ai souvenir encore nous laisse épatés, il nous autorise à aspirer à mieux pour nos vieux jours.
J’ai souvenir encore, le balado, avec France Beaudoin, à écouter sur Radio-Canada OHdio, tandis que le documentaire télé est disponible sur ICI Tou.tv.

Temps de glace
Chaque année, le brise-glace de recherche NGCC Amundsen embarque des scientifiques pour explorer les eaux du Grand Nord canadien et faire avancer la recherche sur l’Arctique. Depuis 2024, l’équipe de l’Amundsen Science produit le balado Passages et propose des épisodes consacrés aux coulisses des séjours en mer et des recherches menées à bord. C’est l’occasion d’en apprendre, bien au chaud, sur les méduses, l’étude des fonds marins, la participation des communautés autochtones aux projets, les contaminants et les recherches étudiantes, au fil d’entrevues décontractées. Sur le site, allez aussi voir les cartes postales de vulgarisation, où les résultats de recherche des scientifiques ayant pris part aux expéditions sont résumés de façon simple.
Passages, sur le site d’Amundsen Science, épisodes en anglais, en français ou bilingues. amundsenscience.com ; tinyurl.com/32h55z4y ou sur Spotify
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Crise de conscience
Après avoir livré l’étonnant Faunes, Christiane Vadnais récidive avec Les ressources naturelles, une puissante dystopie écologique. Dans ce futur proche où les humains essaient de « réparer » la planète à l’aide d’organismes cyborg apparaît une zone de vide biologique en plein cœur du fleuve Saint-Laurent. L’entreprise d’innovation écologique Torrents se retrouve au cœur d’une crise que la relationniste Clémence Saint-Pierre doit gérer. Pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans la zone, elle se rend sur le site et observe les effets des technologies sur l’écosystème. On a là un roman choral qui prend aux tripes sur l’instrumentalisation du vivant et les dérives du capitalisme vert.
Les ressources naturelles, Christiane Vadnais, Alto, 256 p.

Saga familiale
La passionnante bédé documentaire Un, deux, trois Piccard : pionniers du ciel et des abysses raconte l’histoire de trois générations de « savanturiers » de la famille Piccard. À commencer par Auguste Piccard, premier homme à avoir volé dans la stratosphère en 1931 (c’est d’ailleurs lui qui a inspiré le professeur Tournesol à Hergé). Son fils, Jacques, a ensuite pris la direction opposée, descendant à 11 000 mètres sous les mers, jusqu’au plancher de la fosse des Mariannes avec le bathyscaphe paternel en 1960, tandis que son petit-fils Bertrand a fracassé les records en faisant le tour du monde une première fois en ballon sans escale (1999) et puis dans un avion à énergie solaire, le Solar Impulse (2015-2016). L’auteur Jean-Yves Duhoo retrace l’histoire de cette famille suisse avec émotion et finesse, et réalise un superbe travail de vulgarisation, jusqu’aux planches techniques des engins conçus par ces scientifiques.
Un, deux, trois Piccard : pionniers du ciel et des abysses, Jean-Yves Duhoo, Dargaud, 200 p.

Le vivant de très près
Les jeunes passionnés par le vivant vont adorer leur plongée dans Complètement nature. Véritable festin visuel, cette encyclopédie décrypte autant la détection de la lumière chez le bivalve que l’éventail des coquilles de mollusques, les défenses chimiques chez les insectes et les façons de communiquer des grenouilles. Le portrait des organismes est tiré de si près – jusqu’aux soies du vers de terre ! – qu’on pourrait passer des heures à se perdre dans les détails des photos et s’enrichir des surprenantes annotations. Une invitation à la curiosité et à l’observation minutieuse.
Complètement nature, collectif, Hurtubise (10 ans et plus), 360 p.

Désobéissance grandeur nature
L’humain a beau forer, bétonner et endiguer comme s’il n’y avait pas de lendemain, le vivant arrive toujours à trouver la brèche dans laquelle se faufiler. Atlas féral, un essai poétique et écologique, aborde ces percées à travers 25 histoires scientifiquement documentées d’organismes qui utilisent nos infrastructures pour se réinventer. Il y a les moustiques propagés dans les réserves d’eau des navires négriers, les cténophores – ces organismes marins transparents – qui ont colonisé la mer Noire dans les eaux de ballast, les jacinthes d’eau qui ont fleuri dans le delta du Bengale en faisant du pouce sur le tracé de chemin de fer. Même les rotifères réussissent à franchir les systèmes d’épuration pour se retrouver dans l’eau potable. Voici là une chronique originale de l’Anthropocène où la nature se fait anarchiste et démontre son étonnante capacité à faire fi de l’adversité pour saisir les moindres occasions de conquête.
Atlas féral : histoires vraies et proliférantes de résistances aux infrastructures humaines, un collectif d’Anna Tsing, Jennifer Deger, Alder Keleman Saxena, Feifei Zhou, éditions Wildproject, 352 p.

Un patrimoine bien vivant
Les francophones ne représentent peut-être que 2 % de la population d’Amérique du Nord, mais leur patrimoine, lui, déborde. Voilà 15 ans que l’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française en fait la preuve en ligne, où elle connaît un joli succès. La voici maintenant sur papier, sous le nom Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française, avec une sélection choisie de 88 articles actualisés sur les quelque 330 articles Web. Louis Riel y côtoie Samuel de Champlain, mais aussi les cirques québécois et les fromages d’ici ainsi que toute une culture matérielle et immatérielle allant de la ceinture fléchée à la tourtière du Lac. Chaque article, rédigé par un ou une spécialiste de la question, tient en quelques pages bien ficelées, juste assez pour défaire les mythes et nous rendre fiers de nos racines.
Encyclopédie des patrimoines de l’Amérique française, sous la direction de Laurier Turgeon, Yves Bergeron, Martin Fournier, aux Presses de l’Université Laval, 524 p. Pour accéder à la version multimédia de l’encyclopédie : www.ameriquefrancaise.org

Illustration : Tom Gauld
Pas que chat
Contrairement à ce qu’évoque le titre, il est peu question de félins dans le dernier livre de Tom Gauld, La physique pour les chats. On est par contre servis en matière de robots, de hadrons et de scientifiques en sarrau. Tout comme dans son précédent Département des théories fumeuses, le Britannique qui officie depuis une dizaine d’années au New Scientist continue de nous faire réfléchir et sourire avec son trait simple. Sa devise ? Humaniser la science avec esprit. Il le fait encore une fois à merveille, entre un casual Friday dans un labo de biosécurité de niveau 4, un manchot taquin muni d’un transmetteur et des captchas existentialistes. Pas besoin d’un diplôme de 2e cycle pour apprécier cette œuvre, la belle communauté de Québec Science a tout ce qu’il faut entre les deux oreilles pour se délecter de ces précieux instants d’humour nichés.
La physique pour les chats, Tom Gauld, Alto, 164 p.