Sécheresses estivales, sols appauvris, rendements qui plafonnent : l’agriculture québécoise subit des pressions croissantes. Pour y faire face, un chercheur plante des arbres au cœur même des champs cultivés.
Spécialisé dans les grandes zones de culture du sud du Québec, David Rivest s’intéresse aux systèmes dits « agroforestiers intercalaires », dans lesquels plusieurs rangées d’arbres cohabitent avec les cultures. Une approche encore marginale au Québec, mais prometteuse pour faire face aux sécheresses et aux canicules.
Dans les parcelles agricoles, les arbres peuvent jouer plusieurs rôles. « Les haies brise-vent, par exemple, réduisent la vitesse du vent, augmentent l’humidité de l’air et des sols et diminuent le stress des cultures », explique le professeur en écologie des sols et en agroforesterie à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Leur zone d’influence peut s’étendre jusqu’à 20 fois leur hauteur, un effet bien documenté qui sert de point de comparaison pour étudier les systèmes intercalaires, où les arbres ne sont pas en bordure, mais directement au sein de la parcelle.
Avec son équipe, David Rivest travaille sur des exploitations et mesure les rendements à différentes distances des rangées d’arbres, notamment à l’aide de capteurs installés sur les moissonneuses-batteuses.
L’approche trouve écho chez une poignée de producteurs et productrices. C’est notamment le cas de Jacques Côté, un producteur laitier du Centre-du-Québec qui a accepté d’implanter, en collaboration avec l’équipe de l’UQO, une parcelle agroforestière intercalaire de 10 hectares en 2012. Le principe était clair : l’équipe de recherche s’occupait des 400 arbres, lui poursuivait sa production habituelle (de maïs, de soya et de foin). Une dizaine d’années plus tard, convaincu par la stabilité des rendements et le fonctionnement du système, il a répété l’expérience sur une autre parcelle de 5 hectares.
Planter pour capter le carbone
L’agroforesterie ne sert pas seulement à s’adapter aux changements climatiques : elle contribue aussi à leur atténuation. L’agriculture représente environ 10 à 12 % des émissions de gaz à effet de serre et le milieu cherche à améliorer son bilan carbone. Les arbres permettent de séquestrer du carbone à long terme, à la fois dans leur biomasse et dans les sols.
« Le sol est le principal réservoir de carbone terrestre et l’agriculture intensive l’a fortement appauvri », rappelle le professeur. En réduisant l’érosion et en augmentant les apports de matière organique, les systèmes agroforestiers contribuent à garder ce carbone dans le sol et à restaurer sa fertilité.
Une méta-analyse menée par l’équipe de David Rivest, regroupant des études réalisées à l’échelle mondiale, montre que les systèmes agroforestiers augmentent en moyenne de 23 % les services écosystémiques et la biodiversité par rapport à l’agriculture conventionnelle.
Malgré ces avantages, l’agroforesterie intercalaire demeure freinée par les coûts d’implantation, l’entretien des arbres et un manque de connaissances techniques. « Pendant 200 ans au Québec, on a retiré les arbres pour faire de l’agriculture. Aujourd’hui, on réfléchit à la façon de les ramener dans les champs », souligne David Rivest. Un changement graduel, mais qui pourrait redéfinir la résilience de l’agriculture québécoise.
Photo en ouverture : Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec