Quelques images finalistes au concours La preuve par l’image.
En sélectionnant 20 images fascinantes, le concours d’images de science de l’Acfas ouvre une fenêtre inédite sur la recherche. Voici l’histoire derrière deux de ces clichés.
Depuis 2010, le concours La preuve par l’image, organisé par l’Acfas, invite le public à explorer la science d’un autre œil à travers 20 images exceptionnelles. Les photographes qui ont croqué ces images sont des scientifiques qui observent souvent des phénomènes étonnants et empreints de beauté.

L’image a été soumise par Martine Blais, technologue en recherche forestière, et Philippe Tanguay, chercheur en pathologie forestière moléculaire, tous deux au Service canadien des forêts, Ressources naturelles Canada. La photo a été prise sous microscopie confocale, une technique qui montre les structures de l’insecte. L’utilisation d’un pigment spécifique permet de mettre en lumière les spores du champignon, qui s’attaque aux chênes rouges.
Gare au coléoptère!
Rarement voit-on un coléoptère d’aussi près et avec autant de précision! L’insecte, apparaissant en vert grâce à une technique de microscopie, transporte sur son abdomen les spores du champignon Bretziella fagacearum, qui ont été colorées en rouge par un fluorochrome. Ce champignon représente une menace pour les forêts : il cause la maladie du flétrissement du chêne, qui s’attaque au système vasculaire de l’arbre et peut tuer un chêne rouge en quelques semaines.
« La maladie est présente dans 24 États américains, dont le Michigan et l’État de New York. Même si elle est encore absente du Canada, elle se trouve tout près de nos frontières. Les insectes, eux, ne connaissent pas les frontières. On s’attend donc à ce que cette maladie finisse par s’établir au pays », redoute Martine Blais, technologue en recherche forestière. Un cas a été détecté en 2023 dans la vallée du Niagara, mais il a été rapidement éradiqué.
Les scientifiques demeurent vigilants. Ils surveillent la présence du champignon, sa dispersion par les insectes et étudient sa propagation dans les tissus des végétaux. Le champignon peut se transmettre d’un arbre à l’autre par les racines.
Les moyens pour freiner la progression du champignon sont limités. « Actuellement, aux États-Unis, les arbres infectés sont abattus. On utilise également des pesticides ou on creuse des tranchées autour des arbres touchés pour couper les connexions souterraines et éviter de contaminer les arbres voisins », précise Martine Blais.
Le chêne lui-même n’est pas dépourvu de mécanismes de défense. « Nous avons observé que l’arbre peut bloquer ses vaisseaux infectés en formant des bouchons pour ralentir la progression du champignon. Il produit aussi des composés chimiques de défense, des composés phénoliques, qui s’attaquent au champignon », ajoute-t-elle.
Martine Blais en est à sa deuxième participation au concours La preuve par l’image. Elle y avait déjà participé en 2019 avec une photo de noyer cendré.
Elle aime particulièrement l’image soumise cette année parce qu’elle capture le moment précis où l’insecte peut transmettre la maladie à un arbre sain. « Entre ses pattes se joue, en quelque sorte, le destin d’un arbre, voire d’une forêt entière! » souligne-t-elle.
Elle conclut en rappelant que ce cliché révèle également une beauté normalement invisible à l’œil nu, celle du monde microscopique. « Pouvoir partager cette réalité, c’est aussi une façon de sensibiliser le public à la beauté des arbres, à leur fragilité et à l’importance de les protéger », soutient Martine Blais.

Voici une colonie de goélands à bec cerclé sur l’île Deslauriers, l’une des plus importantes en Amérique du Nord, où l’on recenserait plus de 11 000 nids. Les oiseaux y viennent pour nicher, pondre leurs œufs et élever leurs petits.
Un habitat encerclé
L’île Deslauriers, située à quelques kilomètres de Montréal au milieu du fleuve Saint-Laurent, est un site idéal de nidification pour les goélands à bec cerclé. Ici, à l’abri des prédateurs, les oiseaux viennent au printemps pour pondre leurs œufs et élever leurs petits en toute tranquillité. Seule une buse tournoie parfois au-dessus de la colonie, guettant un goéland. Leur tranquillité est surtout perturbée par… la présence des scientifiques!
Coralie Turquois, étudiante au doctorat en biologie à l’Université du Québec à Montréal, s’intéresse aux effets des contaminants, comme les retardateurs de flammes et les composés fluorés, sur le métabolisme et la régulation hormonale des goélands à bec cerclé. Cette espèce s’avère être un excellent modèle pour comprendre les conséquences de la pollution.
Son travail consistait notamment à capturer certains individus pour les équiper de GPS et recueillir des échantillons (sang, plumes…) pour réaliser différentes analyses.
« Les goélands pondent généralement trois à quatre œufs et demeurent très attachés à leur nid. Une fois installés, ils ne cherchent pas à fuir, même lorsqu’ils sont manipulés ou équipés de GPS pour les suivis scientifiques. Cela les rend relativement faciles à étudier sur une longue période de temps », explique Coralie Turquois. Et ces oiseaux sont habitués à la présence humaine. Ce sont souvent les goélands que l’on aperçoit fouiller dans les dépotoirs ou tenter de voler des frites en milieu urbain.
Mais cette proximité a un revers. « Nous savons depuis plusieurs années que ces goélands sont fortement exposés à divers contaminants. Ils s’alimentent entre autres dans les dépotoirs ou dans les milieux agricoles, où ils peuvent notamment être exposés à des pesticides », précise l’étudiante.
Coralie Turquois a capté cette photo alors qu’elle attendait le retour d’un goéland à son nid. « Le contraste est particulièrement frappant : d’un côté, cette petite île où les goélands viennent se reproduire pendant quelques mois et de l’autre, ces énormes navires qui passent à quelques dizaines de mètres seulement et qui illustrent l’ampleur de l’activité humaine », confie-t-elle.
Découvrez les 20 finalistes du concours La preuve par l’image et votez pour votre préférée jusqu’au 27 septembre.