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29 juin 2026
Temps de lecture : 2 minutes

Nouveau test génétique contre la spongieuse, qui menace les forêts canadiennes

Lymantria dispar

Avez-vous déjà entendu parler de la spongieuse, un papillon européen friand d’arbres canadiens ? Sa cousine asiatique menace à son tour nos forêts. Une traque génétique pour la bloquer au port est lancée.

L’histoire commence en 2024, dans l’obscurité d’un port d’Asie de l’Est. Attirée par les projecteurs puissants d’un cargo en partance pour le Canada, une femelle papillon se pose. Discrètement, elle pond une multitude d’œufs sur la coque du navire. Elle recouvre ensuite sa ponte de poils, un bouclier naturel qui blanchira avec le givre l’hiver, la rendant presque invisible à l’œil nu.

Ce scénario est le cheval de Troie d’un ravageur redoutable : la spongieuse volante. Ce nom regroupe deux papillons de l’espèce Lymantria dispar (Ld) vivant dans des régions distinctes : l’un sur la côte Est de l’Asie (Chine, Corée et Russie), l’autre dans l’archipel du Japon. L’insecte se nourrit du feuillage de nombreuses espèces et menacerait à lui seul plus de 500 essences d’arbres en Amérique du Nord : chêne, peuplier, bouleau, sapin, épinette, etc.

Pour le déjouer, un nouveau test génétique SpongySeq vient d’être mis au point par l’équipe de Sandrine Picq, chercheuse au Centre de foresterie des Laurentides, un centre de recherche du Service canadien des forêts. Il devrait permettre à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) d’identifier la provenance des spécimens interceptés et de prévenir l’installation de ce ravageur, selon les travaux publiés dans BMC Genomics.

Une cousine dangereuse

Si un tel outil est indispensable, c’est que la situation est complexe. La spongieuse européenne (Ld dispar) est, de son côté, déjà établie dans l’Est du Canada depuis 150 ans. Bien que maîtrisée par des pesticides biologiques, elle reste menaçante : les changements climatiques et les printemps secs favorisent les épidémies, comme celles de 2021 qui a défolié deux millions d’hectares en Ontario. Cela dit, elle se déplace peu.

Le vrai danger réside dans l’arrivée de ses cousines asiatiques (Ld asiatica et Ld japonica). « Si elles arrivent sur la côte Ouest, où les populations européennes sont faibles, le risque d’avoir des hybrides aux caractères plus performants est majeur », alerte Sandrine Picq.

Ces hybrides pourraient en effet combiner la voracité des populations européennes et la capacité de vol sur de longues distances de l’asiatique, un mélange dévastateur pour les forêts du Canada.

Spongieuse adulte (mâle et femelle), musée nationale des sciences de Tokyo (Wikicommons)

Du piège à phéromones au séquençage ADN

Cependant, distinguer l’européenne de l’asiatique à l’œil nu est impossible. L’ACIA déploie donc chaque année 10 000 pièges à phéromones pour réaliser des analyses génétiques. « Nous testons tout papillon ou masse d’œufs qui arrive au laboratoire », indique Erinn Campbell, entomologiste à l’ACIA. L’année dernière, leur équipe a analysé 6 500 papillons.

Jusqu’à récemment, l’ACIA utilisait un test moléculaire rapide, aussi développé par l’équipe de Sandrine Picq, permettant d’identifier l’espèce en trois heures. Mais savoir quelle espèce arrive ne suffit plus ; il faut savoir d’où elle vient précisément. Connaître les ports sources permettrait de s’assurer de l’éradication des œufs de papillons avant le départ des navires ou de les contrôler plus efficacement à leur arrivée.

C’est là qu’intervient SpongySeq, le deuxième outil développé par la chercheuse. En analysant le génome de 1 556 spongieuses collectées dans 25 pays, son équipe a pu isoler un grand nombre de marqueurs génétiques clés.

Ces marqueurs, telles des cartes d’identité, permettent d’assigner un insecte à l’un des 19 groupes géographiques mondiaux établis avec une précision montant jusqu’à 97%. Appliquée à 28 masses d’œufs interceptées aux États-Unis de 2019 à 2020, l’outil a révélé que la majorité provenait du Japon. De quoi mieux cibler les ports de départ risqués.

Baisser les coûts

Cet outil reste perfectible. Une équipe de l’Université Laval, en collaboration avec le laboratoire de Sandrine Picq, développe actuellement une interface simplifiée pour rendre l’analyse accessible d’un simple clic. La priorité suivante concerne le coût : chaque test coûte actuellement 40$ par papillon ; il faut réduire le coût pour permettre un déploiement massif.

C’est en Colombie-Britannique que le test s’avèrera le plus utile à court terme. La province mène une lutte active pour éradiquer la spongieuse européenne, encore peu établie sur son territoire. L’équipe de Sandrine Picq, en collaboration avec des scientifiques de l’Université de Colombie-Britannique, utilise actuellement SpongySeq pour distinguer une réinfestation locale d’une nouvelle introduction asiatique, afin d’ajuster les stratégies d’éradication en temps réel.

 

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