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Environnement

À quand des appareils électroniques durables?

04-12-2018

Photo: Pixabay

À quand des appareils électroniques qui durent longtemps et qui se recyclent facilement, voire se décomposent? Des scientifiques y travaillent.

Dans notre numéro d’octobre-novembre, nous vous parlions de la difficulté à recycler toutes les composantes des appareils électroniques, qui contiennent notamment des métaux lourds et des substances problématiques comme des retardateurs de flamme. Les recycleurs interrogés réclamaient d’ailleurs des appareils plus simples à démanteler et sans composés toxiques.

Des scientifiques réunis à Polytechnique Montréal cette semaine se penchent sur le sujet, à l’invitation de Clara Santato, professeure au département de génie physique de l’institution.

Elle-même a participé à la conception d’un supercondensateur à base de mélanine, un pigment naturel. «Il y a très peu de chercheurs qui travaillent sur ces sujets et ils sont éparpillés dans le monde… mais il y en a ! Il faut se mettre ensemble pour avancer», nous a expliqué la chercheuse entre deux conférences.

Un angle mort

Parmi les intervenants, Michael Kirschner, un Américain qui a travaillé 20 ans dans l’industrie avant de fonder Design Chain Associates, une boîte de consultation.

Le développement durable est rien de moins que « l’angle mort » de l’industrie des appareils électroniques, selon lui. «Elle n’a que peu ou pas d’expertise en chimie et en toxicologie», si on exclut les plus grands acteurs, affirme-t-il pour expliquer le phénomène.

Résultats: les compagnies d’électroniques se laissent souvent porter par les suggestions de leurs fournisseurs, plutôt que d’être proactifs dans leurs choix des matières. «Les groupes environnementalistes et les gouvernements fixent les normes; l’industrie ne se donne pas ses propres objectifs. »

Des composants biodégradables

Mihai Irimia-Vladu, du Joanneum Research Forschungsgesellschaft mbH, en Autriche est l’un des premiers chercheurs qui ont étudié des matériaux moléculaires naturels pour l’électronique.

À l’événement de Polytechnique Montréal, il a expliqué son parcours et présenté ses résultats, notamment ceux concernant ses transistors à base d’indigo, une teinture naturelle qui joue le rôle de semi-conducteur. Les performances sont similaires aux transistors faits avec du silicium amorphe. «Je fais aussi des dispositifs avec de la gomme-laque (shellac, en anglais, une résine). Ça me donne envie d’élargir à 19 autres résines », comme celles du pin, du cèdre et de l’épinette.

Vers un modèle locatif

Christian Boussemart, de Nespresso, a dit voir le futur de certains produits électroniques sous la forme de prêts. Il imagine ainsi des cafetières Nespresso en location, ou remises à neuf par la compagnie lorsque brisées. « L’extension de la vie des produits est la chose la plus importante. »

Jim Puckett, de Basel Action Network, une organisation qui milite contre l’exportation des déchets électroniques vers les pays en développement, nous parlait justement du modèle locatif, l’été dernier. Ce serait selon lui la meilleure façon de responsabiliser l’industrie des appareils électroniques. «Si tu loues un ordinateur au manufacturier, il aura intérêt à ce qu’il dure plus longtemps, car il en demeure propriétaire. Il voudra aussi éviter les éléments toxiques, car il aura à en disposer à la fin de sa vie utile. »

Pour sensibiliser la prochaine génération d’ingénieurs, la professeure Clara Santato veut mettre sur pied un projet, cet hiver, pour que les étudiants réfléchissent aux matières utilisées dans les différents dispositifs électroniques, ainsi qu’aux enjeux écologiques et sociaux qui y sont rattachés. À suivre!

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