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Environnement

Le champignon dévastateur de la banane atteint l’Amérique latine

28-08-2019

Photo: Lotte Löhr/Unsplash

Un champignon qui fait des ravages dans les plantations de bananes d’Asie s’est introduit récemment en Amérique latine. De quoi menacer l’ensemble de la production de banane?

Le champignon Fusarium oxysporum, et plus précisément la souche Tropical Race 4 (TR4), dévaste depuis une trentaine d’années les plantations d’Asie et s’est ensuite disséminé en Australie et en Afrique. Les scientifiques, qui redoutaient son arrivée de ce côté-ci de l’océan, l’ont détecté pour la première fois dans le nord-est de la Colombie au début du mois dernier. La prolifération du champignon qui cause la fusariose, aussi appelée maladie de Panama, a affecté au moins 175 hectares de plantations. La souche TR4 affecte plus particulièrement la banane Cavendish, la variété la plus cultivée au monde.

Malgré la quarantaine imposée par les autorités de la Colombie, les chercheurs craignent que le pathogène se répande à plus grande échelle. Pour l’instant, on tente de contenir physiquement l’expansion du champignon, car les fongicides sont inefficaces.

L’inquiétude est aussi là chez le pays voisin, l’Équateur, qui est aussi un grand exportateur de bananes.

Modus operandi du champignon

Le champignon se loge sous terre en attaquant les racines de la plante. Il pénètre ensuite dans le système vasculaire pour se nourrir jusqu’à ce que le bananier meure par manque de nutriments et d’eau.

Le Fusarium, qui vit naturellement dans le sol où il peut rester en dormance sous forme de spores pendant des années, se propage à d’autres plantations par le transport de plants, de matériel ou d’eau infectés.

Une histoire qui se répète

Ce n’est pas la première fois que le spectre de la mort plane sur la banane. Dans les années 1950, on trouvait dans les supermarchés la variété Gros Michel, qui a été complètement éliminée par une autre souche du champignon Fusarium. La variété Cavendish avait alors remplacé Gros Michel, car elle était résistante à cette souche. Or la variété Cavendish représente désormais 95% de toutes les bananes vendues dans le commerce, et près de la moitié de la production mondiale. La plupart sont cultivées en Amérique latine.

Des pistes de solution: intelligence artificielle et souche résistante

Récemment, un groupe de chercheurs internationaux (Colombie, États-Unis, République démocratique du Congo, Inde, Ouganda et Éthiopie) ont mis l’intelligence artificielle à contribution. Ils ont développé un système de reconnaissance d’images intégré à une application (appelée Tumaini qui signifie « espoir » en swahili) qui est à l’affût de cinq types de maladies. En scannant en temps réel le bananier, l’application aide les agriculteurs à identifier les plantes infectées et à défendre le reste de leur plantation. Selon les chercheurs, le système a donné des résultats d’une précision variant entre 70 à 99%. L’auteur principal de l’étude, Michael Selvaraj, souligne le manque de données dans les pays à faible revenu. «Un tel outil offre la possibilité d’améliorer la surveillance des cultures, d’accélérer les efforts de contrôle et d’atténuation, et d’aider les agriculteurs à prévenir les pertes de production», signale-t-il dans un communiqué de presse.

Grâce à de nouvelles techniques, d’autres chercheurs essaient, quant à eux, de trouver plus rapidement des gènes conférant une résistance aux maladies chez les plantes sauvages pour pouvoir les cloner et les transférer dans celles utilisées pour la culture à grande échelle. Des chercheurs britanniques, qui ont publié leurs résultats dans Nature Biotechnology en février 2019, ont testé une nouvelle méthode sur le blé sauvage, mais elle pourrait être appliquée à d’autres cultures comme la pomme de terre, le cacao ou encore la banane.

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