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Environnement

Expédition AKOR dans le Grand Nord québécois et terre-neuvien

24-04-2019

Photo: Expédition AKOR

L’été dernier, six aventuriers québécois ont parcouru 1600 km à pied et en canot pour découvrir cette région isolée du Nord.

Leur périple a débuté à Schefferville et s’est terminé à Nain, un petit village inuit de Terre-Neuve-et-Labrador. L’un des objectifs était de faire connaître cette partie du globe, inaccessible et d’une beauté majestueuse, mais également de l’étudier avec un œil scientifique. «Les changements climatiques sont ressentis plus rapidement et sont particulièrement marqués au Nunavik, explique Guillaume Moreau, l’un des instigateurs de l’expédition AKOR. Notre but était de trouver de l’épinette noire et de rapporter des disques de bois pour examiner le lien entre la croissance des arbres et le climat.»

Selon Guillaume Moreau, ces arbres pourraient aider à ajuster les modèles prédictifs pour la forêt boréale, l’un des plus gros biomes de la planète et pour lequel on a de la difficulté à anticiper l’effet des changements climatiques. Par exemple, est-ce que la croissance des arbres augmente ou pas? « C’est un endroit tout désigné pour mieux comprendre ce qui se passe dans ces peuplements végétaux », ajoute le jeune chercheur, qui commence son doctorat en sciences forestières.

Le groupe devait initialement prélever des carottes de bois, qui permettent des analyses telles que la dendrochronologie, une méthode qui reconstitue l’évolution climatique grâce aux anneaux de croissance. Cependant, il a opté pour des rondelles. «Ces dernières permettent de faire des analyses de dendrochronologie, mais aussi d’étudier les caractéristiques physiques, chimiques et anatomiques du bois, comme l’orientation des fibres, la concentration isotopique et la densité des cernes de croissance», précise Guillaume Moreau. Les rondelles, bien qu’encombrantes, permettent d’avoir un portrait complet sur l’arbre.

En tout, ils ont échantillonné 7 sites et récolté 70 disques de bois. Les six aventuriers déposaient ces précieux bouts de bois dans de gros barils qui servaient à entreposer leurs provisions. « Plus on mangeait, plus il y avait de la place pour le bois! » s’exclame Guillaume Moreau. Mais heureusement, à mi-parcours et à la toute fin, ils ont pu envoyer par avion leurs échantillons à l’Université Laval, à Québec.

Des résultats préliminaires

L’équipe a découvert dans ces latitudes des arbres qui se sont révélés très vieux. «Près de la rivière Koroc, dans le Nord-du-Québec, des épinettes noires d’à peine 20 cm de diamètre ont 300 ans », souligne Guillaume Moreau. En regardant les anneaux de croissance, ils ont ainsi fait une moyenne de la croissance des arbres en remontant jusque dans les années 1700.

Pour l’instant, l’analyse des disques de bois ne fait que commencer et accélérera avec l’entrée en poste d’une étudiante à la maîtrise en septembre prochain. Bien que ces résultats soient préliminaires, Alexis Achim, directeur du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables à l’Université Laval qui participe au projet de recherche, peut dégager certaines tendances, à partir de 20 échantillons provenant de deux sites. « Ce qui est frappant quand on regarde les courbes de croissance, c’est qu’il y a diminution à la fois de la croissance et de la température dans les années 1980. Ensuite, lorsque le climat se réchauffe, il n’y a pas de remontée de la croissance des arbres », remarque le chercheur. « Et depuis 2008, avec une température qui augmente sans cesse, il y a eu une chute drastique de la croissance ». L’hypothèse des chercheurs serait que les changements climatiques amènent une augmentation de la température moyenne et apporte son lot de périodes de sécheresse et de gel et dégel pendant l’hiver. Ces facteurs sont des éléments stressants pour l’écosystème et limitent la croissance des arbres.

Selon les résultats à venir, l’expédition AKOR pourrait bien se réaliser à nouveau en 2021. À suivre, donc!

Galerie

Expédition AKOR

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