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Environnement

Peut-on qualifier le CO2 de « polluant »?

26-10-2018

Maxime Bernier, chef du parti populaire du Canada, qui ne se défend pas d’être étiqueté « climatosceptique », s’est exprimé dans un tweet au sujet du dioxyde de carbone (CO2). Il y écrit que «le CO2 n’est pas plus de la pollution que la nourriture» et que ce gaz «nourrit les plantes».

Si techniquement, il n’a pas tout à fait tort, on peut tout de même supposer que Maxime Bernier n’est pas très à l’aise avec les nuances scientifiques, comme il l’a lui même admis. Nous mettons donc les choses au point avec Alain Bourque, directeur général d’Ouranos (consortium sur les changements climatiques).

Le dioxyde de carbone est un gaz naturellement présent dans l’atmosphère. Est-il toxique en soi?

A.B. En concentration dite « normale », il n’est pas toxique pour les êtres vivants (ce qui n’est pas surprenant puisque les espèces trouvant ces concentrations toxiques n’auraient pas apprécié les 10 000 dernières années!) Par contre, il est tout à fait possible d’avoir de graves problèmes de santé si les concentrations sont trop élevées. Ceci ne se produit pas normalement (sauf si on se trouve trop proche d’un volcan ou dans un milieu de travail non sécuritaire, etc.) mais illustre le fait qu’un ingrédient peut ne poser aucun problème en concentration normale mais peut devenir toxique, ou problématique sans être « toxique », si excessif.

C’est un peu comme si l’on disait que l’eau est bonne pour l’Homme. On peut alors laisser planer l’idée que davantage de pluie est très bon pour l’Homme. Dans les faits, on sait très bien qu’un excès d’eau de pluie provoque des inondations accrues qui ne sont pas bonnes pour l’Homme…

Pourquoi le perçoit-on comme un polluant?

A.B. Dans le contexte des changements climatiques, il est vrai que l’augmentation de CO2 n’est pas directement toxique MAIS ce changement de concentration crée une augmentation de température qui déstabilise le système climatique et engendre des impacts globalement négatifs pour une société qui s’est adaptée à un climat stable depuis les derniers millénaires. On ne devrait donc probablement pas parler de « toxicité » mais plutôt d’impacts nuisibles à la société.

Pourquoi le CO2 est-il LA cible privilégiée des actions visant à limiter le réchauffement climatique?

A.B. Parce que le CO2 est le gaz à effet de serre le plus abondamment rejeté dans l’atmosphère. De plus, une augmentation de concentration permet d’absorber une quantité croissante de rayonnement infrarouge transmis par la Terre, pour certaines longueurs d’onde, qui était autrefois peu absorbé par l’atmosphère, accentuant ainsi de façon importante « l’effet de serre ».

Que pensez-vous des déclarations de Maxime Bernier?

A.B. Les réflexions et raccourcis intellectuels de M. Bernier sont malheureux et visent probablement, comme lorsqu’on utilisait cet argument dans les années 1990, à générer de la confusion et de l’incertitude dans le débat. D’ailleurs, il est surréaliste de l’entendre dire, par la suite, qu’il n’est pas un scientifique et qu’il ne peut donc pas trop élaborer sur les changements climatiques alors qu’il vient lui-même d’utiliser une affirmation scientifique sans bien expliquer le contexte.

 

 

 

 

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