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Santé

Attraper le virus… par les yeux?

28-04-2020

Image: Free-Photos/Pixabay

« On entend que le virus s’attrape par la bouche, le nez et les yeux. Est-ce bien vrai? », demande Monique Gagnon, de Lévis.

R : L’œil peut être une porte d’entrée pour les virus ou les bactéries, mais tous les micro-organismes ne parviennent pas à l’infecter. Dès les débuts de la pandémie, les médecins ont été attentifs à de possibles manifestations oculaires de la COVID-19, signes que le virus y serait entré et s’y multiplierait.

La conjonctive, la muqueuse qui recouvre l’intérieur des paupières et le blanc de l’œil, est la partie de l’œil la plus susceptible aux infections. Elle produit du mucus qui lubrifie, entre dans la composition des larmes et protège des infections. Quand un micro-organisme s’y fraye un chemin, il déclenche une réaction inflammatoire, la conjonctivite : l’œil devient rouge, il est irrité, on peut avoir l’impression d’avoir du sable dans l’œil. Dans le cas d’une conjonctivite virale, il peut s’en écouler un liquide clair, alors que les conjonctivites bactériennes donnent plutôt des sécrétions qui collent les yeux au matin.

Jusqu’à présent, les médecins ou chercheurs n’ont pas vu de cas où une conjonctivite aurait été un symptôme initial de la COVID-19, ce qui pourrait se produire si on attrapait le virus par un œil. Plusieurs études ont par contre rapporté quelques cas de patients admis à l’hôpital qui, après les symptômes de fièvre, toux ou fatigue, ont ensuite développé une conjonctivite ressemblant à celles que donnent d’autres virus comme les adénovirus. La proportion de cas varie beaucoup d’une étude à l’autre, mais semble mineure, selon l’American Academy of Ophtalmology : au plus, on a pour l’instant trouvé 2 cas de conjonctivite sur 38 patients infectés. Du peu qu’on en sait, ces conjonctivites durent quelques jours et disparaissent spontanément.

L’ARN du SARS-Cov-2, qui donne la COVID-19, a parfois été retrouvé par des prélèvements à la surface de la conjonctive de ces patients et, pour certains, dans leurs larmes, mais à des concentrations bien moins grandes que dans le système respiratoire. « Le virus pourrait entrer dans l’œil par les mains contaminées, ou par des gouttelettes ou des aérosols présents dans l’air », explique Marie-Josée Aubin, professeure-chercheuse en ophtalmologie à l’Université de Montréal. « Il pourrait aussi être passé directement du nez à l’œil par le canal naso-lacrymal, qui relie le coin de l’œil près du nez à la fosse nasale (d’où le goût salé dans la bouche lorsqu’on pleure). »

Une infection pourrait donc, en théorie, commencer par l’œil puis se propager au système respiratoire par le canal naso-lacrymal. Mais comme lors d’un rhume banal qui peut aussi donner une conjonctivite, les symptômes oculaires semblent venir après les autres, signes que l’infection de l’œil serait plutôt une conséquence de la maladie, et non son point de départ. On aurait donc, a priori, peu de chance d’attraper le virus par les yeux… mais mieux vaut être prudent et ne pas supposer que ce n’est pas possible! Voilà pourquoi on conseille fortement de ne pas se toucher les yeux, pas plus que le reste du visage.

D’autres micro-organismes peuvent contaminer les yeux en passant par le sang, et infecter les parties de l’œil où l’on retrouve les vaisseaux sanguins, comme l’uvée, la couche située derrière la rétine et la partie blanche. La syphilis ou le virus Ebola, par exemple, peuvent donner des uvéites, potentiellement bien plus graves que les conjonctivites, car elles entraînent une baisse de vision. Aucun cas d’uvéite n’a été rapporté avec le SARS-Cov-2.

Les lunettes ordinaires et les lentilles cornéennes ne protègent pas du tout les yeux contre les virus. Les lunettes utilisées par le personnel soignant des hôpitaux sont beaucoup plus couvrantes et doivent répondre à des normes bien précises pour pouvoir être considérées comme des protections efficaces.

Lunettes et lentilles n’accroissent pas non plus les risques d’infection, pourvu qu’elles soient manipulées avec les mains propres. Marie-Josée Aubin conseille de laver régulièrement ses lunettes à l’eau et au savon et d’essayer d’éviter de les toucher trop souvent, et de ne pas porter ses lentilles cornéennes durant la nuit puisque cela augmente les risques que des microbes s’y multiplient (ce n’est pas le moment de prendre ce genre de risque!).

Un des premiers médecins chinois à avoir sonné l’alarme sur le coronavirus, le docteur Li Wenliang, qui en est décédé, était un ophtalmologiste, et on pense qu’il a été contaminé en s’occupant du glaucome d’un patient infecté, rapporte l’American Academy of Ophtalmology, qui enjoint les ophtalmologistes à se protéger dans toutes leurs interventions. À l’hôpital Maisonneuve-Rosemont où exerce Marie-Josée Aubin, par exemple, d’importantes mesures de sécurité ont été prises pour éviter tout risque de contamination entre ophtalmologistes et patients. Les examens se font désormais sans parler, pour éviter la projection de gouttelettes de salive.

La Société canadienne d’ophtalmologie a donné ses lignes directrices pour les traitements qui devraient être reportés ou maintenus pendant la pandémie. En règle générale, les soins sont maintenus pour les cas où la vue est menacée à court terme, par exemple par un décollement de la rétine, un accident ou un glaucome à haut risque de détérioration. Dans ces cas, il faut consulter!

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec et du Facebook Journalism Project.

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