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Santé

Au-delà de la mammographie

16-05-2019

Photo: Shutterstock

Test salivaire, biopsie liquide, examen intelligent : tous les moyens sont mis en œuvre pour améliorer le dépistage du cancer du sein.

Passage «obligé», et souvent désagréable, pour les femmes, la mammographie est depuis plus de 15 ans au cœur d’une vive polémique médicale. Cet examen permet-il vraiment de réduire la mortalité liée au cancer du sein? Coûte-t-il trop cher à la société? Donne-t-il lieu à des traitements inutiles?

Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein recommande un examen tous les deux ou trois ans aux femmes de 50 à 69 ans. Dans cette tranche d’âge, il est généralement admis que la mammographie augmente les chances de survie en permettant de détecter ce cancer avant qu’il soit palpable.

Avant 50 ans, toutefois, le rapport entre les avantages et les risques de l’examen est davantage débattu… À tel point que le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs, dont les lignes directrices ont été mises à jour en 2018, conseille aux femmes de moins de 50 ans de ne pas passer de mammographie en raison du risque de faux positifs et de surdiagnostic et de l’anxiété engendrée.

Plusieurs radiologistes ont contesté ces recommandations, à l’instar de Jean Seely, présidente de la Société canadienne de l’imagerie mammaire et professeure de radiologie à l’Université d’Ottawa. En effet, puisque 1 femme sur 48 développe un cancer du sein avant ses 50 ans (soit un cas de cancer sur six), pourquoi ne pas devancer l’âge du dépistage?

Ces discussions ont l’avantage de motiver les chercheurs à trouver des solutions plus fiables et moins invasives pour dépister ce cancer, qui touchera une femme sur huit.

Voici trois avenues prometteuses.

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Dépistage personnalisé

Un simple échantillon de salive et un questionnaire médical: dans quelques années, voilà tout ce qu’il faudra pour évaluer le risque de cancer du sein chez les femmes. C’est l’objectif du projet Perspective: intégration et implantation, mis sur pied par le professeur Jacques Simard, de la Faculté de médecine de l’Université Laval. En considérant 313 variations génétiques fréquentes associées au cancer du sein, le chercheur a montré qu’il est possible de prédire le risque de souffrir de la maladie. La signature génomique de chaque femme permet de la classer dans la catégorie des risques faibles, qui équivaut à celle de la population en général (85 % des cas), ou dans la catégorie des risques élevés.

Ce suivi serait mieux adapté aux femmes de moins de 50 ans à risque élevé, délaissées par le programme de dépistage actuel et qui découvrent souvent la maladie à un stade avancé par un autoexamen des seins. D’après Jacques Simard, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en oncogénétique, ce «profilage» permettrait aussi aux femmes à faible risque d’évaluer la pertinence des mammographies et d’en adapter la fréquence. Ce serait particulièrement utile chez celles qui ont des antécédents familiaux. «Les femmes de 40 ans dont la mère a eu un cancer du sein sont d’emblée considérées comme à risque élevé. Or, un grand nombre d’entre elles sont plutôt au même niveau que la moyenne», indique-t-il.

Afin de déterminer l’efficacité et la faisabilité du profilage à l’échelle du Québec, Jacques Simard et ses collègues le testeront entre 2019 et 2023 auprès de 10 000 femmes non atteintes de la maladie. Ils espèrent ainsi favoriser la transition vers un système de dépistage fondé sur le risque individuel, diminuer les faux positifs et repérer près de 10 fois plus de femmes à risque élevé que le programme actuel. Ce n’est pas rien quand on sait que 1 femme sur 31 mourra d’un cancer du sein.

La tumeur dans le sang

Dépister un cancer du sein à partir d’une prise de sang sera une «véritable révolution», d’après Nicolas Tétreault, biochimiste clinique et directeur scientifique chez Biron Groupe Santé. Cette méthode, appelée «biopsie liquide», permet de déceler les traces laissées par les cellules cancéreuses dans le sang. À leur mort, ces dernières relâchent en effet des fragments d’ADN portant leur signature génétique. «C’est un outil très puissant parce que l’ADN tumoral circule dans le sang avant même que les symptômes apparaissent. Nous pourrons diagnostiquer des cancers très tôt», se réjouit-il.

Images: Shutterstock

L’un des défis est de fixer le seuil au-delà duquel la quantité d’ADN tumoral circulant dans le sang est synonyme de cancer. En effet, la présence de ces fragments n’est pas une preuve suffisante. «Certaines cellules cancéreuses laissent leur signature génétique, mais le système immunitaire les élimine avant qu’elles puissent former une tumeur, prévient le biochimiste. Il ne faudrait pas diagnostiquer un cancer lorsqu’il n’y en a pas.»

Beaucoup d’équipes et d’entreprises dans le monde s’intéressent aux biopsies liquides, dont la société américaine GRAIL, qui vérifie justement son utilité pour ce qui est du cancer du sein grâce à une étude clinique chez des femmes sans symptômes. L’approche est d’autant plus intéressante que, «dans 8 à 10 % des cas, le cancer n’est pas détecté par mammographie ni par les autres techniques d’imagerie. Seuls l’examen clinique et une biopsie mènent au diagnostic», précise la Dre Jocelyne Chiquette, codirectrice du Réseau ROSE et cofondatrice du Centre des maladies du sein Deschênes-Fabia du CHU de Québec-Université Laval.

Même s’il est encore trop tôt pour savoir si la technologie surpassera la mammographie, Nicolas Tétreault est optimiste. «Des résultats préliminaires de GRAIL montrent que la biopsie liquide a permis de déceler un cancer chez des femmes sans symptômes. Aucun test de dépistage classique n’y serait parvenu!»

«Les biopsies ne sont pas infaillibles. L’échantillon est parfois prélevé à côté de la masse, entraînant ainsi un faux négatif.»

Alexandre Le Bouthillier, cofondateur d’Imagia

Un test intelligent

La mammographie n’est que la première étape du processus diagnostique. En cas de doute sur l’image obtenue, on doit procéder ensuite à des biopsies. «Mais nous faisons trop de biopsies inutiles, estime Alexandre Le Bouthillier, cofondateur d’Imagia, une entreprise qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour améliorer les diagnostics en oncologie. Voilà pourquoi nous travaillons présentement sur un algorithme capable de reconnaître un cancer du sein à partir d’une mammographie.»

Ce test numérique servirait de complément aux examens physiques. «Les biopsies ne sont pas infaillibles. L’échantillon est parfois prélevé à côté de la masse, entraînant ainsi un faux négatif. Et même si le prélèvement est bien fait, la tumeur peut être hétérogène, c’est-à-dire que certaines zones auront parfois un aspect et un comportement différents du reste de la tumeur. L’avantage d’utiliser des données d’imagerie est qu’on peut la voir dans son ensemble», soutient Alexandre Le Bouthillier.

Afin que les biopsies soient mieux prescrites, l’intelligence artificielle doit d’abord reconnaître les liens qui existent entre l’imagerie et les caractéristiques du cancer. Pour ce faire, Imagia lui fournit les données sur des patientes dont le cancer a déjà été diagnostiqué. Une fois l’algorithme entraîné, il pourra déterminer le type de cancer chez des femmes ayant passé une mammographie. Le cofondateur d’Imagia prévoit de la sorte réduire les examens supplémentaires ou les accélérer afin de rendre le dépistage plus efficace. Et ainsi raccourcir les délais avant d’obtenir les résultats, un moment qui semble souvent interminable lorsqu’on s’en fait pour sa santé.

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