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Santé

Chimiothérapie: ce poison qui vous veut du bien

16-05-2019

Photo: Shutterstock

Pourquoi la chimiothérapie est-elle si toxique? Comment l’améliorer?

On en parle souvent comme d’un poison et ce n’est pas faux; les agents de chimiothérapie traditionnels sont cytotoxiques, c’est-à-dire sans pitié pour certaines cellules.

La chimiothérapie a émergé dans les années 1940, notamment grâce à l’étude des effets sur le corps du gaz moutarde, une arme chimique cytotoxique. Il existe aujourd’hui plusieurs classes d’agents chimiques qui comprennent une cinquantaine de médicaments. Dans tous les cas, ces traitements ciblent la réplication de l’ADN ou la division cellulaire, car le cycle de vie des cellules cancéreuses est corrompu au point où les processus d’inhibition et de mort cellulaire disparaissent, entraînant une croissance effrénée de ces cellules.

Les agents de chimiothérapie coupent l’herbe sous le pied aux cellules cancéreuses en ciblant les protéines nécessaires à la division cellulaire ou en interférant directement avec l’ADN. «Mais toutes les autres cellules du corps qui se divisent vont aussi être affectées par le traitement : celles dans les intestins et celles qui font pousser les cheveux par exemple, explique Hugo Wurtele, chercheur au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. De plus, il faut souvent combiner les agents de chimiothérapie, car les tumeurs sont hétérogènes et donc certaines cellules cancéreuses répondent bien à un agent et d’autres pas.» Cela provoque évidemment davantage d’effets secondaires…

Il y a tout un jeu d’équilibre entre la dose la plus efficace et la dose supportable. «Sur le terrain, on considère la virulence de la maladie à traiter et l’état de santé du patient pour prendre une décision adaptée à la situation», dit le directeur du département d’oncologie médicale du Centre universitaire de santé McGill, le Dr Thierry Alcindor.

Depuis plusieurs années, il conduit des essais cliniques destinés à vérifier l’efficacité de combinaisons de chimiothérapies et d’autres médicaments pour les sarcomes et les tumeurs digestives. Pendant ce temps, aux États-Unis, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology travaillent à un modèle qui, grâce à l’apprentissage automatique, parviendrait à trouver la dose la plus faible possible pour chaque individu sans nuire à l’efficacité du traitement dans le cas d’un glioblastome.

Protocoles testés

Car oui, la science progresse même pour les chimiothérapies classiques; on cherche à mieux les utiliser, à déterminer les bonnes doses, à instaurer des pauses dans l’administration des traitements afin d’améliorer la qualité de vie des patients pendant le traitement et après les fameux cinq ans, cette période après laquelle on peut crier à la guérison. «Dans les 20 dernières années, on a réalisé des progrès incroyables, indique Hugo Wurtele. Pour certaines leucémies chez les enfants, on obtient presque 100 % de succès. Pour le cancer du testicule, la chimiothérapie fonctionne aussi très bien.»

Mais il connaît aussi la résistance au traitement; il l’a étudiée. Actuellement, il s’intéresse à l’approche de la «létalité synthétique» pour mettre en échec les mélanomes et les cancers de l’ovaire de façon plus ciblée que les chimiothérapies traditionnelles. L’idée est simple : découvrir une faiblesse dans une cellule cancéreuse et mettre au point un médicament pour anéantir la voie de contournement qu’elle prend pour fonctionner.

Les cellules saines sont alors épargnées. «La létalité synthétique fait grand bruit depuis quelques années. Le prototype, c’est l’inhibiteur de PARP [des enzymes actives dans la réparation de l’ADN]. On essaie de trouver d’autres voies qui pourraient mener à une perte de viabilité des cellules cancéreuses.»

Çà et là d’autres idées originales prennent forme, comme les bactéries autopropulsées employées par des chercheurs de Polytechnique Montréal et de l’Université McGill pour livrer les médicaments anticancéreux au cœur des tumeurs chez les souris.

Récemment, dans ACS Central Science, des chercheurs ont présenté de minuscules éponges imprimées en 3D qui absorberaient les agents de chimiothérapie perfusés à leur sortie de l’organe où est logée une tumeur. Placés directement dans la veine, ces dispositifs permettraient d’éviter la propagation du médicament dans le corps. Les doses pourraient ainsi être augmentées, alors que les effets secondaires seraient diminués.

Mais on ne les verra pas de sitôt apparaître dans les hôpitaux, car l’idée a été testée uniquement sur des cochons. Dans la lutte contre le cancer, la patience est de mise.

Des chercheurs américains travaillent à mettre au point un dispositif pour absorber l’excédent de chimiothéra- pie à la sortie de l’organe où se trouve une tumeur. Cela permettrait d’augmenter la dose tout en réduisant les dommages collatéraux sur le corps du patient.
Illustration: adaptée de ACS Central Science. Images: Shutterstock

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