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Santé

Troubles de la concentration: le stress de la pandémie en cause

02-06-2020

Image: Ulrike Mai/Pixabay

Lisez-vous inlassablement le même paragraphe de votre roman ou peinez-vous à accomplir vos tâches habituelles? Vous vivez certainement les effets du stress, qui sont particulièrement exacerbés par la pandémie de COVID-19.

«Face à un élément stressant, le corps produit des hormones de stress qui servent à combattre ou à fuir», détaille Sonia Lupien, chercheuse en neurosciences et directrice du Centre d’études sur le stress humain. «Ces hormones s’acheminent vers le cerveau et ont une préférence marquée pour certaines régions impliquées dans l’apprentissage, la mémoire et la régulation des émotions», poursuit la spécialiste du stress.

Si vous avez remarqué que le stress diminuait votre capacité à vous concentrer, c’est parce que les hormones de stress affectent l’attention sélective, c’est-à-dire la capacité du cerveau à faire la distinction entre ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas. En temps normal, cette attention sélective fait en sorte que l’on mémorise ce qui est pertinent (par exemple, un nouveau concept appris) tout en oubliant ce qui est superflu. Cependant, quand le cerveau perçoit une menace (qu’il s’agisse d’une pandémie, d’une attaque d’ours ou d’un divorce, par exemple), il porte alors toute son attention sur celle-ci.

« Ce stress ou cette menace devient la chose la plus pertinente au monde pour le cerveau et tout le reste devient non pertinent. C’est pour ça que l’on a des problèmes de concentration», indique Sonia Lupien.

Des façons de diminuer le stress

Pour se soustraire au stress, l’élément qui le provoque doit être éliminé. Mais quand ce n’est pas possible, comme dans le cas d’une pandémie, il faut trouver des parades.

Dès les débuts de la pandémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu la population des risques pour la santé mentale. Pour réduire le niveau de stress et d’anxiété, elle suggère notamment de diminuer l’exposition aux nouvelles reliées à la COVID-19 et de s’en tenir aux sources fiables. Chez les enfants, l’OMS conseille de respecter une routine quotidienne autant que possible.

Pour aider à apaiser le hamster qui tourne dans notre tête lorsque l’on est stressé, Sonia Lupien propose elle aussi de restreindre la consommation de nouvelles au maximum. La chercheuse elle-même s’abstient depuis plusieurs semaines de lire les journaux le matin. «En arrêtant de lire les journaux, j’aide mon cerveau à arrêter de détecter continuellement des menaces» à la lecture de titres inquiétants.

Autre conseil de la chercheuse : effectuer des micro-pauses cognitives. Si l’on a besoin de bouger lors de sa journée de travail, on a aussi besoin de s’aérer l’esprit. «Si j’ai de la difficulté à me concentrer, je me lève et je pars promener le chien, par exemple. La micro-pause cognitive est essentielle surtout en ces temps de stress».

Mais la production d’hormones de stress n’est pas seulement un mécanisme délétère. «La réponse au stress sert à nous adapter. Si l’humain ne s’était pas adapté, il n’aurait jamais survécu aux prédateurs. La meilleure façon de ne pas avoir trop mal au ventre en ces temps de stress chronique, c’est d’accepter de s’adapter», insiste-t-elle.

La chercheuse et son équipe examinent en ce moment la réponse des personnes face au stress au moyen de questionnaires. «C’est la première fois que tous les humains sont exposés aux mêmes agents stresseurs pour la même période de temps», souligne Sonia Lupien. Une occasion de vérifier notamment le temps requis avant qu’un stress aigu devienne un stress chronique. Selon elle, le changement s’est effectué 5 à 6 semaines après le début de la pandémie. Cela reste à vérifier avec les données qu’elle obtiendra; les premiers résultats devraient être dévoilés d’ici la fin de l’été. «On ne pouvait pas auparavant le tester chez l’humain, car on ne peut pas stresser quelqu’un ad vitam æternam pour savoir ce que cela donne comme résultat».

D’autres conseils disponibles sur les sites suivants :

Retour au travail, retour à la normale?

Sonia Lupien prévient que le retour au bureau risque d’être difficile pour la majorité des travailleurs. « Ne prenez pas pour acquis qu’en travaillant à la maison en ce moment, vous allez revenir top shape au bureau, avertit la chercheuse. Les gens sont fatigués mentalement parce que leur cerveau doit négocier entre le travail, l’importante menace de la COVID-19, l’attention divisée avec les enfants à la maison… »

Selon un sondage réalisé par Statistiques Canada, 52% des 46 000 participants «estiment que leur santé mentale s’est détériorée depuis l’instauration des mesures d’éloignement physique».

Notre couverture de la pandémie est réalisé grâce à une contribution du Facebook Journalism Project.

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