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Santé

Connaissez-vous le Jamestown Canyon?

27-06-2019
moustique

Image: Shutterstock

Les maladies transmises par des moustiques gagnent du terrain partout dans le monde, à mesure que ces insectes piqueurs étendent leur aire de répartition. À quoi doit-on s’attendre?

Ils s’appellent Snowshoe hare, Jamestown Canyon ou Trivittatus. Ce ne sont ni des rappeurs ni des marques d’équipement sportif, mais plutôt des virus transmis par des moustiques. Retenez ces noms, car ils pourraient bien faire parler d’eux dans les années qui viennent.

Déjà présents au Canada, ils infectent certains animaux et humains qui se font piquer par un moustique porteur. Bénins dans 80 à 90 % des cas, ils peuvent parfois causer de la fièvre et des symptômes grippaux, et même des encéphalites, soit des inflammations potentiellement fatales du cerveau. Et les infections qu’ils provoquent pourraient bien être sous-diagnostiquées.

C’est ce qu’affirme Michael Drebot, virologiste au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, qui suit leurs traces de près. « Il semble que, dans plusieurs provinces canadiennes, plus de 20 % des gens ont des anticorps contre les virus Jamestown Canyon et Snowshoe hare, ce qui signifie qu’ils y ont été exposés par le passé ou récemment », explique l’expert, qui a publié ces données en 2017 et 2018.

Les cas humains problématiques restent assez rares, mais les virologistes s’attendent à ce qu’ils augmentent, à l’instar de ce qui se passe avec le virus du Nil occidental (VNO), un autre virus transmis par les moustiques. Bien établi au Québec depuis 2002, le VNO a été à la source de plus de 200 cas à l’été 2018, principalement en Montérégie, et il a tué 15 personnes.

Ce bilan, le pire en 15 ans de surveillance, pourrait s’alourdir à moyen terme avec l’arrivée imminente d’un vecteur redoutable : le moustique tigre ou Aedes albopictus. Avec son comparse Aedes aegypti, il est un champion de la transmission virale. Les moustiques du genre Aedes sont les principaux vecteurs de la dengue, des virus Chikungunya et Zika et de la fièvre jaune, et ils gagnent du terrain partout dans le monde, profitant des mouvements de population et du réchauffement climatique.

« Avec des températures estivales plus favorables, Aedes aegypti et Aedes albopictus pourraient s’établir au Canada, comme ils se sont installés au cours des dernières décennies sur une grande partie de la côte Est américaine. Tous les agents pathogènes qu’ils transmettent pourraient donc être introduits », mentionne Erin Mordecai, spécialiste des effets des changements climatiques sur les maladies infectieuses à l’Université Stanford, aux États-Unis.

En plus du VNO, les moustiques Aedes peuvent en effet trimbaler toutes sortes d’« arbovirus », un terme qui désigne les centaines, voire les milliers de virus transmis par les moustiques et les tiques. Ces souches, pour la plupart non identifiées, constituent un vivier inépuisable de pathogènes potentiels. Cela n’augure rien de bon, d’autant que, « d’ici 2080, jusqu’à un milliard de personnes supplémentaires pourraient être exposées aux maladies transmises par les moustiques, surtout en Europe ». C’est ce que concluent des travaux d’Erin Mordecai, parus au printemps dernier dans PLOS Neglected Tropical Diseases. Une autre étude, publiée au même moment par une équipe internationale dans Nature Microbiology, révélait que la moitié de la population mondiale pourrait vivre dans des zones propices au pullulement d’Aedes aegypti d’ici 2050.

Dans ce contexte, certains arbovirus pourraient se répandre telles des traînées de poudre, comme l’a fait le virus Zika entre 2014 et 2017, dans 70 pays et territoires. Mais lesquels ? Le Jamestown Canyon pourrait-il sortir de l’ombre ? « Tout le monde aimerait prédire quel sera le prochain virus émergent. Mais chaque fois qu’on s’y est risqué, on s’est trompé », indique Rémi Charrel, virologiste à Marseille et spécialiste des arboviroses.

Dans un article publié en 2017, il souligne que les épidémies de virus Chikungunya ou Zika ont été présentées à tort comme des phénomènes nouveaux. « Des émergences de virus, il y en a partout tout le temps, mais, dans la plupart des cas, elles tournent court. Et parfois, le nombre de cas grossit de façon exponentielle », précise-t-il. De nombreux facteurs peuvent expliquer une soudaine épidémie : adaptation de certaines espèces de moustiques au contexte urbain, mutations génétiques qui permettent à une souche de virus d’infecter plus efficacement son hôte, saison exceptionnellement chaude, etc. « Souvent, on ne sait pas ce qui se passe. Par exemple, dans le cas du virus Zika, qui était considéré comme “gentil”, aucune mutation flagrante ne permet d’expliquer le revirement de situation. »

Que ce soit à cause d’Aedes ou des quelque 80 espèces locales de moustiques, le Québec n’est pas à l’abri d’une épidémie. Pour garder un œil sur les virus en circulation, l’Institut national de santé publique du Québec exerce une triple surveillance chez les animaux, les humains et les moustiques (à l’aide de pièges), signale Julie Ducrocq, conseillère scientifique.

Le Plan national de surveillance des arboviroses va d’ailleurs être renouvelé et renforcé pour 2020-2025. « On surveille les moutons et les chevaux, qui sont des sentinelles pour le virus de l’encéphalite équine de l’Est et pour celui de la Cash Valley. Il y a eu des cas humains aux États-Unis, mais pas encore au Québec », dit-elle, spécifiant que, quelle que soit l’arbovirose, la meilleure façon d’y échapper reste d’éviter les piqûres. À vos chasse-moustiques !

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