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Santé

Contrôler ses envies

04-08-2014

Bonne nouvelle pour les incontinents. Un implant contrôlé par téléphone
intelligent pourrait changer leur vie. Le gagnant québécois de "Ma thèse en 180 secondes" explique.

Même si on qualifie souvent l’incontinence urinaire de problème de vessie, il s’agit en réalité bien souvent d’un mauvais fonctionnement du sphincter vésical. Ce petit muscle circulaire qui referme l’urètre comme une valve juste sous la vessie et qui retient l’urine, joue les paresseux chez 15 % des personnes de plus de 85 ans, mais également chez des adultes dans la fleur de l’âge.

Si une intervention chirurgicale peut parfois corriger le problème, dans certains cas, il faut poser un sphincter artificiel, minuscule manchon gonflable qui rappelle, en miniature, le brassard utilisé pour prendre la pression artérielle. Rempli d’eau, le manchon comprime l’urètre; une fois vidé, il se relâche et permet d’uriner. Comment le contrôle-t-on? Exactement comme pour la pression artérielle : à l’aide d’une petite pompe.

« Chez les hommes, cette pompe est dissimulée dans le scrotum, explique Sami Hached, étudiant en ingénierie à l’École polytechnique de Montréal. Chez les femmes, c’est dans l’une des grandes lèvres. Avec tous les désagréments qu’on peut imaginer. C’est pire encore si le patient a des problèmes de motricité, comme la maladie de Parkinson, car il doit alors demander de l’aide. Vous voyez la gêne? »
Le jeune Tunisien a décidé d’améliorer la qualité de vie de ces personnes en développant un sphincter artificiel contrôlé et alimenté à distance, sans fil. Un défi lancé au départ par son directeur de recherche, Mohamad Sawan, et par le docteur Jacques Corcos, urologue à l’Hôpital général juif de Montréal.

« Le manchon est toujours là, de même qu’une petite réserve d’eau. Mais maintenant, il est actionné par une pompe électrique qui puise l’eau dans le réservoir et l’envoie dans le manchon pour refermer l’urètre. L’ensemble est dissimulé dans l’abdomen et peut être contrôlé de l’extérieur, par exemple grâce à un téléphone intelligent. Plus besoin d’actionner la pompe manuellement. »

Alerté par une envie pressante, l’utilisateur pourra aller seul aux toilettes et appuyer simplement sur une commande de son téléphone pour se soulager. Et c’est toujours avec le téléphone qu’il refermera le sphincter.

Encore au stade de prototype, partiellement produit sur une imprimante 3D, le système fonctionne bien dans le bureau de Sami Hached, mais il ne sera pas implanté avant plusieurs années. « Il faut tester les composantes une à une pour s’assurer qu’elles sont biocompatibles et ne seront pas rejetées par le corps. Il reste aussi à déterminer à quel endroit du corps implanter le système. Idéalement, la recharge devrait se trouver juste sous la peau. »

Inspiré par les surfaces sur lesquelles il suffit de placer un appareil électrique pour le recharger, Sami Hached imagine un système similaire pour transmettre l’énergie à distance. Le tout pourrait être intégré à un simple fauteuil, dans lequel le patient prendrait place de temps à autre, le temps de la recharge. « C’est un défi biomédical, mais j’ai abordé le problème comme un ingénieur, explique l’étudiant. Le travail de conception s’est d’ailleurs fait en collaboration avec d’autres ingénieurs et des médecins. »

Loquace autant que créatif, l’ingénieur (et son projet) s’est fait remarquer au concours u, organisé par l’ACFAS et tenu à Montréal le 14 mai dernier. Sami Hached y a remporté le premier prix du jury, de même que celui du public.

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