Publicité
Santé

COVID-19: les personnes obèses plus à risque de complications

24-04-2020

Pixabay

Les personnes obèses – même jeunes – ont un risque plus élevé de souffrir de complications en cas de COVID-19.

C’est ce qu’ont constaté des médecins hospitaliers en France et aux États-Unis, et tant le CDC américain que le ministère des Solidarités et de la Santé française citent l’obésité morbide (un indice de masse corporel, ou IMC, plus grand que 40) parmi les facteurs associés à un risque accru de forme grave d’infection.

Les statistiques publiées dans plusieurs études scientifiques semblent renforcer ce constat : par exemple, plus de 70% des personnes gravement malades de la COVID-19 étaient en surpoids ou obèses selon des rapports britanniques.

Selon une étude rétrospective française, sur 124 patients admis aux soins intensifs, 75% étaient obèses et 85% des obèses sévères ont dû être intubés. Une étude préliminaire new-yorkaise (3000 patients au total) a aussi montré que les malades de moins de 60 ans ayant un IMC compris entre 30 et 34 (et donc obèses) étaient deux fois plus susceptibles d’être admis aux soins intensifs que ceux ayant un IMC inférieur à 30.

La fragilité des individus obèses face à certains virus est bien connue. «Le phénomène observé pour la COVID-19 est bien décrit depuis longtemps pour l’influenza et d’autres virus respiratoires », indique Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue à l’Institut de Cardiologie de Montréal.

Pour autant, d’après les spécialistes québécois que nous avons interrogés, il faudra du temps pour comprendre précisément le lien entre l’obésité et les complications observées, mais plusieurs facteurs peuvent d’ores et déjà fournir des pistes.

Des comorbidités et une moins bonne réponse immunitaire

Le tissu adipeux est-il vraiment en cause? «Rares sont les patients obèses qui n’ont pas de comorbidités, explique Paul Poirier, professeur titulaire à l’Université de Laval et médecin à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumonie, qui examine ces études avec prudence. On sait que le diabète, l’insuffisance cardiaque ou rénale et la maladie coronarienne amènent un risque augmenté face à la COVID-19. Or, tout cela est associé à l’obésité».

Le temps permettra de déterminer quels sont les facteurs de risque qui fragilisent le plus, selon le cardiologue qui estime en attendant que plus on cumule de comorbidités, plus on se situe dans une zone de risque.

Richard Marchand, de son côté, pointe particulièrement du doigt le diabète, qui affaiblit le système immunitaire. Une maladie dont 80% au moins des personnes atteintes sont obèses, selon le Dr Poirier. «Ces personnes sont plus à risque de complications en cas d’infection car les cellules immunitaires ne peuvent pas bien faire leur travail», explique Richard Marchand. Des chercheurs ont notamment montré que certains types de cellules immunitaires, les lymphocytes NK, étaient moins abondants en cas de diabète. À cette fragilité immunitaire peuvent s’ajouter des problèmes mécaniques.

Des fragilités d’ordre mécanique 

Une étude américaine préliminaire (non revue par des pairs) semblerait isoler l’obésité comme un facteur indépendant de complications et, selon le New York Times, des médecins américains seraient frappés par le nombre de jeunes obèses – par ailleurs en santé – gravement atteints.

L’une des explications avancées par les praticiens serait que chez les personnes obèses, les poumons doivent supporter plus de pression.

«D’un point de vue mécanique, quand les gens doivent faire un effort musculaire plus grand pour respirer parce que les échanges gazeux ne se font pas bien, il est certain que leur surpoids peut taxer la musculature et les épuiser. Ils peuvent avoir de la difficulté à expectorer et faire leur toilette bronchique, et ils peuvent décompenser plus rapidement», analyse Richard Marchand.

Le Dr Poirier souligne par ailleurs qu’un tour de taille important – meilleur prédicteur des complications métaboliques et cardiovasculaires que l’IMC sur le plan clinique – amène «une inflammation à bas bruit». Celle-ci pourrait altérer l’efficacité de la réponse immunitaire.

Faudra-t-il prendre ces données en considération pour protéger les citoyens les plus vulnérables lors du déconfinement? En France, les personnes présentant une obésité morbide – considérées comme plus à risque dans le cadre de la pandémie – peuvent demander à être mises en arrêt de travail.

>>> À relire: notre reportage Les personnes obèses sont-elles bien soignées? 

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec et du Facebook Journalism Project.

Publicité

À lire aussi

Santé

COVID-19: vers une seconde vague d’infection?

Une deuxième vague demeure possible, mais selon le nombre de gens qui auront été infectés lors de la première, elle sera un peu ou bien moins pire.
Santé

Pourrait-on poursuivre la Chine?

Aucun État n’a, pour l’instant, accusé formellement la Chine de ne pas avoir rempli ses obligations inscrites au Règlement sanitaire international, et il est fort probable qu’aucun ne le fera.
Santé

Nutrition: pourquoi les études ne semblent pas s’entendre?

Pourquoi est-il aussi difficile de comprendre la science quand vient le temps de décider du contenu de son assiette?
Alexis Riopel 20-02-2020