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Santé

Faut-il craindre les vacanciers du Grand Montréal?

06-07-2020

Photo: Régis Morin, Wikimedia Commons

La fermeture de routes et la recommandation d’éviter les déplacements non nécessaires entre les régions ces derniers mois ont laissé une marque: plusieurs redoutent de voir arriver des vacanciers de la région montréalaise dans leur coin de pays. De leur côté, des citadins se demandent s’ils devraient éviter les déplacements pour ne pas risquer de contribuer à la pandémie. Une équipe de l’Université Laval a modélisé la saison des vacances.

Le Groupe de recherche en modélisation mathématique des maladies infectieuses, avec différents collaborateurs, a fait une série de prédictions pour évaluer les risques pour les mois de juillet et août, la grande période des vacances. Rappelons que près de 88% des cas de COVID-19 en date du 6 juillet ont touché des résidants de Montréal, de Laval, de la Montérégie, de Lanaudière ou des Laurentides, des régions qu’on appelle le «Grand Montréal».

D’abord, la belle saison joue en notre faveur: les Québécois ont naturellement moins de contacts en été qu’en hiver, souligne le rapport publié sur le site web de l’Institut national de santé publique du Québec. Ce constat se base sur une étude menée en 2018 et 2019 au Canada, CONNECT1. Elle a établi le nombre moyen de personnes avec qui on discute à moins de deux mètres ou qu’on touche (poignée de main, câlins et autres) et cela inclut les membres de notre foyer. C’est par ces «contacts» que les maladies infectieuses se transmettent, et, en temps normal, ils sont au nombre de 12,2 par personne en moyenne.

Entre 7 et 42 importations par jour

Néanmoins, pour modéliser l’impact des voyages entre les régions de la province, il fallait plus de données. D’une part, «on a pris nos prévisions de prévalence de la COVID-19 dans la région de Montréal, explique Marc Brisson, directeur du Groupe. On a ensuite regardé les statistiques de tourisme [de l’été dernier] dans les régions très populaires — la région de Québec et la Gaspésie– et on a estimé le nombre de personnes du Grand Montréal qui pourraient visiter les autres régions.» Pour s’assurer de ne pas sous-estimer le problème, leurs modélisations supposent que les malades demeurent dans la région pendant toute la période infectieuse, ce qui est peu probable.

Les chercheurs estiment que de 7 à 42 résidants du Grand Montréal porteurs du virus arriveront dans l’une ou l’autre des régions du Québec chaque jour (et entre 3 et 18 dans l’autre sens). Attention, dit le professeur Brisson: «42, c’est extrême. On pense plus que ce sera autour de 7-8». Cela ne signifie pas qu’il y aura une transmission avec la population locale: tout dépend de l’adhérence aux mesures de distanciation physique.

Les résultats montrent que le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès en dehors de la région montréalaise restera faible si les Québécois gardent un niveau de contacts quotidiens réduit (entre 25 et 50% du nombre de contacts qu’ils avaient avant la pandémie). Par contre, s’il y a un relâchement et que le nombre de contacts quotidiens atteint un niveau correspondant à 50 à 75% de la normale, «il pourrait y avoir une augmentation des hospitalisations et des décès en juillet, avec une accélération possible en août», selon les scientifiques. On parle d’une centaine de cas par jour hors Montréal.

À titre de comparaison, pendant le confinement, les Québécois avaient réduit leurs contacts à 37% de la normale, selon l’étude CONNECT2, un suivi de la première. Une nouvelle version est en cours et fera état des contacts pendant le déconfinement.

Le devoir de prudence ne s’applique pas qu’aux vacanciers, selon Marc Brisson, mais également aux résidants locaux. «La clé, c’est de garder la distance de 1 à 2 mètres, selon l’endroit, et de porter un masque dans les lieux clos où c’est impossible de garder cette distance. Également, si on présente des symptômes de la COVID-19, il faut se faire tester rapidement. Si on a un résultat positif, on reste en quarantaine. L’été, tout ça peut être difficile», reconnaît le chercheur.

Loin de la semaine de relâche

Il est désormais clair que les retours de voyage à l’étranger après la semaine de relâche, en mars, ont eu un impact majeur sur le cours des choses au Québec. Comment se fait-il que les voyages entre régions ne suivent pas la même logique?

La situation est complètement différente, assure Marc Brisson. À la relâche, «tous ces cas sont arrivés ici dans un temps très restreint. Tout demeurait ouvert et le nombre de contacts était comme à l’habitude. Pour cet été, le nombre de cas qui pourrait survenir est beaucoup moins grand et le contexte est bien différent. On peut penser aux épiceries: on fait la file à 2 mètres, un nombre restreint de personnes peut entrer, il y a des plexiglas».

Les auteurs soulignent l’importance d’assurer un suivi des contacts des personnes nouvellement infectées pour contenir les éclosions en région. Ce suivi pourrait devenir plus difficile si la frontière canado-américaine rouvrait, selon M. Brisson. Les travaux de son équipe ne tiennent d’ailleurs pas compte d’une ouverture de la frontière.

Par ailleurs, le rapport souligne que le port du masque est significativement plus fréquent dans le Grand Montréal que dans les autres régions. Puisque les dernières données semblent confirmer leur utilité, espérons que les Montréalais traîneront leurs masques en région et que tous l’adopteront dans les lieux publics où la distanciation physique de deux mètres n’est pas possible.

 

 

 

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