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Santé

Coronavirus: les effets de la quarantaine

12-03-2020

Centre sportif chinois transformé en hôpital pour le traitement centralisé des personnes infectées par le coronavirus SARS-CoV-2. Image: Wikimedia Commons

L’isolement forcé rend la situation des personnes déjà vulnérables encore plus précaire.

Villes chinoises en quarantaine, interdiction de rassemblements en Italie, bateaux de croisière à l’arrêt, fermeture de frontières dans certains pays… Les pays tentent de restreindre au mieux la propagation du coronavirus sur leur territoire.

Pour y faire face, le gouvernement canadien a annoncé un investissement de 275 millions de dollars pour la recherche sur la maladie COVID-19. À l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), des chercheurs ont notamment reçu des fonds à cet effet, dont la sociologue Yue Qian. Elle se penchera sur l’effet de la quarantaine et la santé mentale de la population.

La pandémie actuelle touche de près la chercheuse, qui est née et a grandi à Wuhan, là où les premiers signes d’infection sont apparus. «Cette recherche a beaucoup de signification pour moi, sur les plans personnel et professionnel. Ma famille et mes amis sont tous là-bas en ce moment et vivent en quarantaine», signale la chercheuse. «Bien souvent, lors des épidémies, on a tendance à porter notre attention sur les statistiques telles que le nombre de décès et de nouveaux cas. Mais comme le dit l’Organisation mondiale de la santé, il faut se souvenir que ce sont des personnes avant tout, pas seulement des chiffres.»

Voilà pourquoi Yue Qian tente de comprendre l’expérience vécue par ces gens placés en quarantaine forcée. Bien qu’elle débute sa recherche, elle peut déjà puisé des leçons dans le passé. «Selon une recherche sociologique effectuée en 1995 pendant la grande vague de chaleur à Chicago, l’isolement social a augmenté le taux de mortalité chez les gens vulnérables, en particulier les personnes âgées. Aujourd’hui, le portrait des personnes isolées en cas de catastrophe semble différent, en raison notamment des réseaux sociaux et de la technologie, qui joueraient un rôle important», indique la chercheuse. Elle donne en exemple le cas de ses proches qui commandent leur épicerie ou autre bien essentiel en ligne ou encore, le fait qu’elle puisse tenir compagnie à son père par l’entremise de la vidéo.

Isolement et traumatisme

Dans The Lancet, des chercheurs ont publié une analyse sur les effets de la quarantaine dans le contexte de l’épidémie actuelle. Ils ont ainsi examiné 24 études qui ont été réalisées lors de précédents épisodes de maladies infectieuses comme le SRAS, H1N1, Ebola et MERS. Les travailleurs de la santé mis en quarantaine sont plus susceptibles de souffrir par la suite «d’épuisement, de détachement face aux autres, d’anxiété vis-à-vis leur patient, d’irritabilité, de manque de concentration et de détérioration de leur performance au travail». Chez des parents et des enfants qui ont subi la quarantaine, on souligne que les enfants sont quatre fois plus à risque de souffrir d’un épisode de stress post-traumatique alors que 28% des parents ont rapporté des symptômes suffisants pour justifier un diagnostic de trouble de santé mentale lié à un traumatisme.

Selon un article publié le 28 février dans le New York Times, on y indique que la quarantaine suscite «une grande consternation chez les experts de la santé publique, qui affirment que les restrictions de voyage peuvent provoquer plus de panique, de misère et de mort qu’elles n’en empêchent.»

Cependant, des mesures drastiques telles que l’interdiction de voyager à Wuhan ont ralenti la progression du virus en Chine continentale, comme l’a constaté un groupe de chercheurs internationaux qui a publié un article dans Science le 6 mars.

Ils indiquent que l’interdiction de voyage «a été initialement efficace pour réduire les importations de cas internationaux». Cependant, après deux à trois semaines, ils ont observé une hausse du nombre de cas ailleurs dans le monde, car un grand nombre de personnes exposées au virus ont voyagé à l’étranger sans être détectées.

D’après leurs modélisations, même si le trafic aérien est réduit à 90%, cela a maintenant «un effet modeste, à moins d’être associé à des interventions de santé publiques et des changements de comportements permettant de réduire considérablement la transmissibilité de la maladie». La guerre contre le coronavirus doit donc continuer à se faire sur tous les fronts.

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