Publicité
Santé

Les enfants les plus vulnérables peuvent fréquenter les services de garde depuis plusieurs semaines

04-05-2020

Photo: Carole LR – Pixabay

Cet article n’est pas récent et les connaissances scientifiques sur la COVID-19 évoluent continuellement. Nous vous invitons à consulter nos derniers articles.

Alors que les garderies, CPE et services de garde en milieux familiaux rouvrent leurs portes le 11 ou le 19 mai prochains au Québec, les enfants « vulnérables » sont priorisés pour l’attribution des places. En réalité, ces tout-petits y ont droit depuis plusieurs semaines, mais l’information a peu circulé.

Dans un document émis le 8 avril, le ministère de la Famille a suggéré aux éducatrices des services éducatifs de «prendre des nouvelles des enfants de leur groupe». En fonction de ce qui est constaté à la suite des appels, «des places dans les services de garde d’urgence (SDGU) pourraient être offertes», est-il mentionné.

Les enfants vulnérables visés par cette suggestion incluent, entre autres, les enfants à risque de négligence, de maltraitance, pris en charge par les services de protection de la jeunesse, certains enfants handicapés ou bénéficiant habituellement de services offerts par les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS), comme certains enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme.

«Quand le message est arrivé le 8 avril, on l’attendait avec impatience. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu’on réfléchissait à des solutions avec les membres du CA pour les familles vulnérables qui bénéficient habituellement de notre service de garde», indique Marie-Claude Langlais, directrice du CPE Halte-Répit dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Dès avril, ce CPE a pu réintégrer 11 enfants, qui étaient sous son «radar» ou qui lui ont été signalés par le Centre local de services communautaires (CLSC). «On a contacté davantage de familles, mais beaucoup d’entre elles hésitent à remettre leur enfant à la garderie.»

Le ministère n’a toutefois pas de données quant au nombre total d’enfants qui ont eu accès à ces places depuis le 8 avril.

Marie-Claude Langlais ajoute que certaines familles, qui n’entrent pas dans les critères de vulnérabilité habituellement, ont été plongées dans des situations précaires par la pandémie et qu’elle aurait aimé que les critères soient plus larges.

Un manque de communication?

Dans un contexte de crise où les vulnérabilités sont exacerbées, on peut se demander pourquoi l’information du ministère n’a pas été davantage publicisée. Peu de familles semblent avoir eu vent de cette possibilité dès avril et Québec Science a appris que des intervenants dans certains CIUSSS de l’île de Montréal n’ont pas été prévenus immédiatement.

Une intervenante qui travaille avec des enfants autistes s’est ainsi étonnée de n’avoir été mise au courant de cette option d’accueil que le 24 avril. «Ça fait des semaines qu’on essaie de trouver des solutions de répit pour nos familles les plus à risque, alors que certains enfants auraient pu être admis dans les services de garde d’urgence depuis trois semaines, déplore-t-elle. Quand on émet des directives comme celle-ci, il faut s’assurer que la population le sache pour pouvoir faire valoir ses droits. Je comprends que ce soit compliqué pour les garderies de s’organiser pour accueillir ces enfants, mais cela ne devrait pas dépendre du bon vouloir des directions des services de garde.»

La communication s’est pourtant faite «selon les procédures habituelles de transmission de l’information du ministère de la Famille», au sein des réseaux des professionnels de la petite enfance, nous a assuré le service des relations médias. «Une diffusion de l’information a été réalisée dans les 24 heures ouvrables aux établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Dès lors, ces derniers ont été mis à contribution afin de rejoindre, eux aussi, les clientèles vulnérables pouvant bénéficier de ces services.»

Du côté de l’Association québécoise des CPE, la directrice générale, Geneviève Bélisle, assure que le suivi des enfants vulnérables s’est globalement bien passé, dans les CPE. «Les CPE avaient maintenu des liens avec les familles et ont pu offrir des places, y compris à des fratries qui n’en avaient pas d’habitude, en collaboration avec les CLSC, les organismes communautaires, la DPJ. Dans le cadre des services de garde d’urgence, on était à échelle humaine et il y avait plus d’agilité. C’est par contre un gros casse-tête de s’organiser pour la réouverture normale», explique-t-elle.

En dépit «d’initiatives extraordinaires» qui se sont rapidement mises en place dans le réseau des CPE, par exemple pour amener de la nourriture à certaines familles ou leur proposer des activités, Geneviève Bélisle ne cache pas que les enjeux qui existaient avant la crise se sont probablement exacerbés. «Dans certaines régions, la chaîne de soutien à la petite enfance n’était pas fluide. Il est trop tôt pour dresser un portrait de qualité : on ne connaîtra les impacts de la crise sur les tout-petits vulnérables que dans quelques mois», estime-t-elle.

Depuis le début du confinement, les pédiatres s’inquiètent de la baisse des signalements au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ). «Privés de contacts avec l’extérieur, bon nombre d’enfants vivent sur une bombe à retardement», a souligné l’Association des pédiatres du Québec.

De nombreux enfants à besoins particuliers pâtissent certainement, eux aussi, de l’isolement. «Les enfants vivant avec des troubles autistiques ou neurodéveloppementaux sont vulnérables à tous les niveaux. Pour ceux dont les familles étaient les plus en difficulté, le manque d’accès à des répits et des services depuis plusieurs semaines est clairement un problème. Il y a des situations explosives», mentionne Baudouin Forgeot D’arc, chercheur au CHU Ste-Justine et membre associé au département de psychiatrie et au centre de recherche du CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal.

Publicité

À lire aussi

Santé

Stressé dans l’oeuf!

Maman anxieuse, maman toxique? Il semble bien que oui, et ce, même avant la naissance de bébé.
Anne-Marie Simard 30-07-2010
Santé

Anémie falciforme : De l’espoir au bout du tunnel?

L’état d’un adolescent atteint d’une forme très sévère d’anémie falciforme s’est amélioré quinze mois après avoir été traité par thérapie génique.
Maxime Bilodeau 09-03-2017
Santé

Comment soigner une sinusite?

Comment soigner la sinusite? Longtemps, la réponse a été : avec des antibiotiques ! Ce n'est plus systématique.
Marine Corniou 11-05-2018