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Santé

Le sucre, c’est pas du gâteau

23-11-2012
Sucre

Photo : Thomas Vogel/IstockPhoto

Partout sur la planète, la consommation de sucre explose. Mais notre propension envers le sucre serait-elle une menace pour la santé publique, au même titre que l’alcool et le tabac? 

Bûche de Noël, biscuits de pain d’épice, galette des Rois, etc. Il n’y a pas à dire, durant le temps des fêtes, les douceurs sont à l’honneur. En dehors de cette période de l’année, ces friandises sont peut-être moins prisées, mais le sucre, lui, ne demeure pas moins omniprésent.

Depuis la mayonnaise jusqu’à la sauce à spaghetti du commerce, en passant par le beurre d’arachide, les glucose, fructose et dextrose pèsent lourd dans nos assiettes. Pis, au cours des 50 dernières années, leur consommation à l’échelle de la planète a triplé. Ces substances en apparence inoffen­sives sont en train de devenir un enjeu de santé publique, comme le tabac ou l’alcool.

«En alimentation, nous avons longtemps cru que l’ennemi numéro un était le gras, affirme Jean-Philippe Chaput, professeur à l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa. Depuis les années 1970, nous nous sommes donc efforcés de diminuer notre apport en lipides. Le problème, c’est que, pour maintenir le goût des produits, l’industrie a remplacé le gras par le sucre.»

La faute au sucre si aujourd’hui, on constate une pandémie d’obésité et d’autres maladies apparentées? Les preuves sont déjà suffisantes aux yeux de l’endocrinologue Robert Lustig, de l’université de Californie à San Francisco, pour entamer une croisade sans merci contre les sucres maudits. En février dernier, il signait un véritable appel aux armes dans la revue britannique Nature. Tout comme l’alcool et le tabac, le sucre est «omniprésent, toxique, peut être consommé de manière abusive et a un impact négatif sur la société», scande-t-il. Sa conférence Sugar: the Bitter Truth a été visionnée près de deux millions de fois sur YouTube.

Pour la nutritionniste Nathalie Jobin, cofondatrice d’Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal, il ne faut toutefois pas confondre les sucres ajoutés avec ceux que l’on retrouve naturellement dans les fruits, les légumes ou le lait. «Les premiers constituent des calories vides, explique-t-elle, et augmentent la densité énergétique des aliments, sans les rendre plus nourrissants ou rassasiants, ce qui nous incite à manger plus. Mais le sucre que nous consommons avec des vitamines, des minéraux, des fibres ou des protéines joue un rôle essentiel dans l’organisme puisque, en plus de constituer le carburant du cerveau, il représente la principale source d’énergie des muscles.» D’ailleurs, en cas de jeûne prolongé ou de régime faible en glucides – comme la populaire méthode Atkins -, le foie a la capacité d’en générer à partir des acides gras, qui proviennent des lipides, ou encore à partir des acides aminés issus des protéines.

«Pour nos ancêtres, le sucre n’était disponible que sous forme de fruit durant quelques mois – à la période des récoltes – ou dans le miel, explique Robert Lustig. Mais maintenant, on ajoute du sucre à pratiquement tous les aliments transformés, et il devient difficile à éviter.» Avec comme conséquence que la consommation de sucre ajouté est devenue la principale cause du syndrome métabolique, un trouble qui se caractérise par la combinaison d’au moins quatre problèmes de santé liés à l’embonpoint abdominal: l’hyperglycémie, l’hypertension, l’hypertriglycéridémie (taux élevé de graisses dans le sang) et l’hypocholestérolémie HDL (faible taux de bon cholestérol). En Amérique du Nord, le syndrome métabolique touche environ une personne sur cinq et augmente considérablement les risques de diabète de type 2 ainsi que de maladies cardiovasculaires.

D’après le docteur Lustig, le sucre serait également nocif pour le foie, puisque cet organe transforme les surplus de glucides en gras, provoquant la stéatose hépatique (communément appelée «foie gras»). Ce trouble serait principalement causé par le fructose qui, contrairement au glucose, ne peut être métabolisé que dans le foie.

Mais a-t-on toutes les preuves pour incriminer à ce point le sucre? Jean-Philippe Chaput rappelle que les effets néfastes du fructose sur le foie n’ont été démontrés que sur des souris et des rats de laboratoire. Le chercheur souligne que les tests sur ces rongeurs ont été menés avec des concentrations de fructose beaucoup plus élevées que celles qu’on retrouve dans notre alimentation.

Ce qui est néanmoins certain, c’est que la consommation d’une des formes de sucre ajouté, le fructose, nuirait à la sécrétion de leptine, l’hormone qui induit le sentiment de satiété. De plus, il faut savoir que le fructose est presque toujours combiné au glucose, qui, lui, active la production de ghréline, l’hormone qui stimule l’appétit. La recette est implacable: impossible de se contenter d’un seul biscuit.

Et si encore il n’y avait que ça! Aux yeux de leurs pourfendeurs, les sucres agissent à la manière d’une drogue sur le cerveau. Il est en effet établi que l’ingestion de sucre déclenche la montée de dopamine, un neurotransmetteur associé au circuit cérébral de la récompense. En 2007, des chercheurs de l’Université de Bordeaux, en France, ont découvert que, chez le rat, le pouvoir attractif du sucre est plus élevé que celui de la cocaïne. Leur expérience, qui a fait l’objet d’une publication dans la revue PLoS One , a consisté à offrir aux rongeurs le choix entre de l’eau sucrée ou une dose intraveineuse de cocaïne. Neuf fois sur 10, les rats ont opté pour l’eau sucrée. La préférence s’observait même chez ceux ayant déjà connu les effets de la cocaïne.

«Afin de réduire notre consommation de sucre ajouté, nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des politiques publiques en ce sens», rappelle Jean-Philippe Chaput. Selon lui, il faut d’abord insister sur la prévention, comme nous l’avons fait avec le tabac et l’alcool. «À long terme, c’est là que se situe la clé. Quand le cola est moins cher que le lait, ça envoie un mauvais message», déplore-t-il. Pour dissuader les gens de consommer de tels produits, le chercheur préconise la mise en application d’une taxe plutôt «salée». «Un supplément sur les boissons gazeuses d’un cent l’once, comme ce qui est en vigueur dans certaines villes états-uniennes, n’a pas vraiment d’impact, juge-t-il. Si on veut diminuer la consommation d’un produit, il faudrait en doubler le prix.»

Une telle taxe alimentaire devrait permettre de faire la distinction entre les bons et les mauvais sucres. «C’est l’erreur qu’a commise le Danemark lorsqu’il a instauré, l’année dernière, un fedtafgift – une taxe sur le gras -, raconte Jean-Philippe Chaput. Les autorités ont mis tous les types de gras dans le même panier, alors que certains sont indispensables à la santé. Forcément, la mesure n’a pas produit les effets escomptés.»

Malgré cet échec, le Danemark s’apprête maintenant à taxer les boissons gazeuses, à l’instar de l’Irlande et de la France. C’est à suivre surtout que le Danemark est le pays d’Europe où la consommation de bonbons et de gommes à mâcher est la plus élevée. Inspirera-t-elle d’autres pays? Dans tous les cas, ce sera certainement un exemple à surveiller, soutient Jean-Philippe Chaput. C’est l’avenir des friandises qui est aussi en jeu.

Pour en savoir plus:

Fat Chance: Beating the Odds Against Sugar, Processed Food, Obesity, and Disease, Robert Lustig, Hudson Street Press. (Sortie prévue le 27 décembre 2012.)

 

Tiré de notre numéro de décembre 2012

 

Miel trompeur

Nombreux sont ceux qui croient qu’il est préférable d’aromatiser son café avec du miel ou du sirop d’érable. Pourtant, d’après le docteur Robert Lustig, à quantité égale, ces sucres naturels ne sont pas meilleurs pour la santé. «La différence, c’est qu’ils sont plus chers, et qu’ils ont un goût distinctif. Les gens ont donc tendance à en utiliser moins», précise-t-il. La nutritionniste Nathalie Jobin ajoute que le sirop d’érable contient plus de minéraux que le sucre raffiné ou le miel, mais que «ce n’est pas une raison suffisante pour en consommer davantage».

Dangereux pour le corps, mais bon pour… l’esprit!

D’après Alex Parker, professeur de pathologie et de biologie cellulaire à l’Université de Montréal, le sucre protégerait contre les maladies neurodégénératives, comme l’alzheimer ou le parkinson. C’est ce qu’il a remarqué sur les vers Caenorhabditis elegans qu’il a gavés de fortes doses de glucose. Avant cela, on supposait que la restriction calorique pouvait être dommageable pour le cerveau. Ce résultat a donc surpris. Il reste à comprendre pourquoi le sucre a un tel effet sur le cerveau. «Les neurones ont besoin de beaucoup d’énergie pour combattre la dégénérescence, et le glucose leur procure cette ressource dont ils ont besoin», suppose M. Parker.

Le sucre, une panacée? Il ne faut pas sauter aux conclusions si vite. Le chercheur précise que le sucre affecte la santé globale des vers: «Leur espérance de vie est diminuée. Leur progéniture est aussi moins nombreuse. Il nous faudrait d’abord trouver comment ne cibler que les neurones au moment de l’ingestion du sucre à nos vers, puis vérifier si on note des résultats similaires chez les humains.»

Apport recommandé

D’après Santé Canada, le sucre ne devrait pas excéder 25% de notre apport calorique quotidien. Pour un régime de 2 000 calories, cela représente environ 30 cuillères à thé de sucre par jour. L’Organisation mondiale de la santé est plus restrictive. Selon elle, nous ne devrions pas en consommer plus de 12 cuillères à thé par jour.

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