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Santé

Les mesures sanitaires ont enrayé l’épidémie de typhus au ghetto de Varsovie

Une étude met en lumière comment, lors de la Seconde Guerre mondiale, le plus important ghetto juif a atténué les conséquences de l’épidémie de typhus.
24-07-2020

Si certains doutent de la pertinence des mesures mises en place pour ralentir la progression du coronavirus en l’absence de vaccin (distanciation sociale, port du masque, lavage fréquent des mains), il suffit d’un saut dans le passé pour constater l’efficacité de ces moyens simples.

Un groupe international de chercheurs vient de publier une étude dans Science Advances, dans laquelle ils ont utilisé des modèles mathématiques pour reconstituer le déroulement d’une épidémie majeure de typhus dans le ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Selon des estimations, jusqu’à 450 000 personnes vivaient dans des conditions inhumaines dans ce ghetto, qui s’étendait sur seulement 3,4 km2. «Avec des conditions de vie déplorables, une famine endémique et une densité de population 5 à 10 fois supérieure à celle de n’importe quelle ville du monde aujourd’hui, le ghetto de Varsovie était un terrain propice à la propagation du typhus. La maladie a décimé la population, principalement juive, comme un feu de brousse. Bien sûr, les nazis à l’époque étaient conscients que cela allait se produire», indique le professeur Lewi Stone, mathématicien et chercheur principal de cette étude.

Dès 1940, ce camp a été « scellé » par une enceinte de 3 m de haut et des barbelés. Au printemps 1941, après l’arrivée de 66 000 réfugiés déplacés de force dans le ghetto, le typhus, une maladie bactérienne qui se transmet par les poux, a commencé à se propager.

Officiellement, 20 160 cas de typhus ont été rapportés au total, après les deux vagues de l’épidémie. Les estimations des épidémiologistes de l’époque laissent penser qu’il y aurait plutôt eu de 80 000 à 110 000 cas, et que 25 000 d’entre eux en seraient décédés. La grande sous-estimation serait notamment due au fait que les personnes malades tendaient à ne pas rapporter leur maladie par peur de représailles.

Un miracle?

En plongeant dans les documents historiques, en examinant l’utilisation des cartes de rationnement et en ayant recours à des modélisations mathématiques, les chercheurs ont évalué la dynamique de l’épidémie mois par mois. Ils ont remarqué que la propagation du typhus a drastiquement diminué de 40% en octobre 1941 dans le ghetto, alors que ce type d’infection augmente en général pendant l’hiver. Cette sorte d’anomalie scientifique, qui était vue comme un «miracle», reflète plutôt l’effet positif des comportements mis en place.

«Heureusement, de nombreuses activités et interventions anti-épidémiques sont documentées et il s’avère que le ghetto de Varsovie disposait de plusieurs médecins et spécialistes expérimentés», souligne Lewi Stone dans un communiqué de presse. Celui-ci a trouvé, dans des archives, des traces de formations et de conférences données à la population sur l’hygiène et les maladies infectieuses.

Les chercheurs notent que la propreté des appartements était encouragée et parfois imposée à cette époque. La mise en quarantaine de maisons et l’auto-isolement avaient aussi cours et l’éloignement social était considéré comme tombant sous le sens, dans la mesure du possible. Selon eux, ces mesures d’hygiène et d’isolement expliquent cette baisse marquée dans la courbe d’infections.

Les chercheurs voient des similitudes entre cette période et la présente pandémie de COVID-19. Si la société d’aujourd’hui comprend à quel point une simple bactérie ou un virus peut causer bien des dommages, «les actions des individus qui pratiquent l’hygiène, la distanciation sociale et l’auto-isolement lorsqu’ils sont malades peuvent faire une énorme différence au sein de la communauté pour réduire la propagation».

Peinture par Israel Bernbaum, 1981. Crédit: collection permanente de Montclair State University, MSU 2011.003.002.

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