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Santé

Notre-Dame de Paris, un an plus tard

11-04-2020

Image: Shutterstock.com

Les autorités analysent encore les répercussions de l’incendie, qui a dispersé sur des kilomètres des particules toxiques de plomb.

Été 2019, en plein cœur de Paris. Dans la cour de l’école primaire Saint-Benoît, une tractopelle brise le bitume en morceaux avant de laisser retomber les blocs dans de grands sacs tenus par des hommes masqués en combinaison blanche. Le but de l’opération : éliminer toute trace du plomb qui s’est répandu au sol après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.

Ce soir-là, alors que les flammes ont assailli le célèbre monument sous les yeux ébahis des Parisiens, les 400 tonnes de plomb contenues dans la toiture et dans la flèche n’ont pas échappé au brasier. « À certains endroits, on a atteint 600 °C, détaille Sophie Ayrault, chimiste de l’environnement au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, près de Paris. À cette température, le plomb subit une aérosolisation : il se retrouve sous la forme de fines particules qui sont emportées par les vents. » La majeure partie de ces poussières sont rapidement retombées dans les rues autour de la cathédrale, tandis que le reste a été transporté vers l’ouest de la ville, jusqu’à 50 km de distance.

« Les gens qui regardaient l’incendie le soir même depuis leur balcon ont peut-être respiré des particules de plomb, commente Philippe Glorennec, professeur en évaluation des risques à l’École des hautes études en santé publique à Rennes. Mais depuis l’incendie, on est dans une phase chronique de contamination : des personnes sont exposées si elles ingèrent des poussières qui se trouvent par terre. »

Les jeunes enfants, qui portent souvent les mains à la bouche, sont donc les plus à risque. Or, même à de faibles concentrations, le plomb est toxique et peut causer une maladie insidieuse, le saturnisme. Chez les petits, dont le cerveau est encore en développement, l’effet le plus inquiétant est une diminution des capacités cognitives.

Mesures gigantesques

Des mesures des taux de plomb au sol, effectuées par le laboratoire central de la préfecture de police de Paris, se sont révélées gigantesques : la valeur la plus haute, sur le parvis de la cathédrale, atteignait 1 300 000 microgrammes par mètre carré (µg/m2) en juin dernier ! Sur l’île de la Cité, où s’élève Notre-Dame, les concentrations pouvaient atteindre 47 000 µg/m2. Au-delà de cette zone, elles étaient comprises entre 20 et 53 000 µg/m2. À titre de comparaison, un bâtiment dont le sol présente un taux de plomb au-dessus de 1 000 µg/m2 ne peut être ni vendu ni loué sans une décontamination préalable. Certaines rues de l’île ont donc été interdites au public le temps d’être décontaminées.

La mairie de Paris a aussi mesuré les taux de plomb dans une centaine d’écoles et de garderies à partir de la mi-mai. Quatre écoles primaires se sont avérées particulièrement contaminées, dont Saint-Benoît, située à un peu plus d’un kilomètre à l’ouest de la cathédrale. Les taux enregistrés dans cette cour d’école étaient de 7 000 µg/m2. Parmi les quatre établissements, trois ont été nettoyés à l’été 2019 et le dernier a interdit d’accès son jardin.

Des enfants ont-ils été contaminés à la suite de cet incendie ? Pour le savoir, 877 plombémies (mesures de la concentration de plomb dans le sang) ont été réalisées, dont 588 chez des enfants de moins de sept ans. Selon les experts, les résultats ne sont pas alarmants. Parmi les jeunes enfants, 11 dépassaient le seuil de déclaration obligatoire de 50 µg/L et 68 sont à surveiller. « Si l’on compare ces résultats avec ce qu’on a observé il y a 10 ans dans la région parisienne, il n’y a pas de différence », note Philippe Glorennec. À l’époque, des tests menés auprès de 3 831 enfants de moins de sept ans avaient révélé que 1,5 % d’entre eux étaient atteints de saturnisme. Actuellement, autour de la cathédrale Notre-Dame, le taux est de 1,9 % pour la même tranche d’âge.

Peintures et toitures

« Les retombées de plomb à la suite de l’incendie, c’est un vrai problème, il faut s’en occuper, estime Robert Garnier, médecin toxicologue au centre antipoison de Paris. Mais il y a plus d’enfants qui s’intoxiquent au contact de peintures au plomb dans des logements anciens et non entretenus, par exemple, que d’enfants contaminés à cause du brasier de Notre-Dame. Et une chose est certaine : du plomb, il y en avait déjà partout dans Paris, avant que la cathédrale flambe. »

En effet, les balcons et les toits de nombreux immeubles en contiennent, tout comme certaines peintures ou de vieilles tuyauteries. Si l’on comprend que les riverains s’inquiètent pour leurs enfants, les personnes les plus à risque sont sans nul doute les travailleurs du chantier de la cathédrale. Pour l’instant, leurs plombémies n’ont pas été rendues publiques. « Au début, les règles de sécurité n’étaient même pas appliquées sur le chantier, déplore Robert Garnier. Il a fallu taper sur la table pour que ça change. »

Bientôt, la crypte et le parvis de Notre-Dame de Paris seront dépollués. Quant au plomb ailleurs dans la capitale, un plan de décontamination, déclenché avant le feu, se poursuit, notamment dans les espaces verts, qui devraient tous être testés et nettoyés d’ici la fin de l’année. « On aura une cartographie bien plus précise des mesures de plomb dans la ville, commente Robert Garnier. Et peut-être qu’on ne l’aurait pas eue sans l’incendie. »

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