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Une étude récente s’est penchée sur le rôle des contraceptifs oraux dans la régulation de la peur. Ses conclusions montrent la nécessité de s’intéresser davantage aux effets de ces médicaments sur la santé mentale des utilisatrices.
Les troubles anxieux touchent deux fois plus de femmes que d’hommes, selon l’Institut de la statistique du Québec. Et si la pilule contraceptive jouait un rôle dans cette inégalité ? C’est l’hypothèse qu’a testée Lisa-Marie Davignon, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en évaluant la régulation de la peur, une émotion au cœur des troubles anxieux. Les résultats de ses travaux ont été publiés dans la revue Neuropsychopharmacology.
« Dans une situation sécuritaire, les femmes qui prenaient la pilule avaient des réactions de peur plus importantes que celles qui ne l’avaient jamais essayée, décrit Lisa-Marie Davignon. Et le plus frappant a été de constater que celles qui l’avaient arrêtée depuis plus d’un an avaient des réactions équivalentes à celles qui la prenaient. »
Commercialisée pour la première fois en 1960, la pilule anticonceptionnelle est utilisée par plus d’une Canadienne sur cinq parmi les femmes de 15 à 49 ans qui ont recours à un moyen de contraception et sont sexuellement actives, selon Statistique Canada.
Des effets, même après l’arrêt
Supervisée par Marie-France Marin, professeure au Département de psychologie de l’UQAM et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, l’équipe a étudié les réactions de 147 personnes ne présentant aucun trouble de santé mentale. Ces dernières ont été divisées en quatre groupes : des femmes prenant la pilule, d’anciennes utilisatrices, d’autres ne l’ayant jamais essayée, et des hommes.
Les volontaires ont pris place dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et leurs réponses face à des situations rassurantes ou menaçantes étaient mesurées à l’aide de capteurs dans la paume de leur main. « Plus on a peur, plus notre système nerveux s’active, et plus on transpire », rappelle Lisa-Marie Davignon. L’IRM servait quant à elle à observer le fonctionnement du cerveau des participants et participantes durant le processus.
Certaines des images présentées étaient accompagnées de petites décharges électriques, pour générer une situation menaçante. « Dans ce contexte, tout le monde réagissait à des niveaux équivalents », note la doctorante.
Mais lors de la présentation d’images sans impulsion électrique associée, les résultats ont varié selon les sous-groupes. Ainsi, les femmes sous contraceptifs oraux, spécialement ceux contenant des doses d’œstrogène synthétique élevées, et les anciennes utilisatrices, avaient des réponses de peur plus importantes. « Cela pourrait indiquer qu’il y a peut-être un effet à plus long terme des contraceptifs », relève de son côté Claire-Dominique Walker, chercheuse au Centre de recherche de l’Institut Douglas et au Département de psychiatrie de l’Université McGill, qui n’a pas participé à l’étude.
Chez celles à qui la pilule n’avait jamais été prescrite, l’équipe a observé un niveau d’activité plus élevé dans l’hippocampe, une zone du cerveau jouant un rôle dans la mémoire contextuelle et la régulation des émotions. « Si l’on extrapole, on peut imaginer que ça leur est favorable pour mieux réguler la peur », avance Lisa-Marie Davignon.
Dans des travaux précédents sélectionnés dans le palmarès des 10 découvertes de l’année 2024, la même équipe avait constaté que, chez les femmes qui prennent la pilule contraceptive, le cortex préfrontal ventromédian, une partie du cerveau importante dans la régulation des émotions, était plus mince que chez les personnes qui ne l’utilisent pas.
D’autres travaux nécessaires
Comme il existe une panoplie de contraceptifs hormonaux distincts, Claire-Dominique Walker estime nécessaire de s’intéresser davantage aux incidences potentielles des différentes hormones sur la santé mentale. « L’effet de la progestérone est moins connu, mais est extrêmement important, rappelle-t-elle. Et il y en a dans beaucoup de contraceptifs oraux, qui sont aussi utilisés pour traiter l’acné ou l’endométriose. Mais c’est très peu étudié actuellement. »
Dans l’étude, la pilule contraceptive prise par les participantes contenait à la fois des œstrogènes et de la progestérone de synthèse. « On ne pouvait pas séparer les effets de chacune de ces hormones », précise Lisa-Marie Davignon. Elle mentionne également que le protocole pour mesurer la peur peut différer des situations de la vie réelle. « Ça souligne l’importance de se pencher sur les enjeux de santé mentale sous contraceptifs oraux », plaide celle qui mènera prochainement des travaux similaires sur le stérilet contenant des progestatifs.
Lisa-Marie Davignon rappelle que les résultats obtenus dans le cadre de ces travaux sont corrélationnels. « On montre une association, mais on ne peut pas conclure à un lien de cause à effet ». La chercheuse souhaite donc que de futures analyses mesurent le niveau d’anxiété des femmes avant même la prise d’hormones, afin de pouvoir observer si le traitement vient le modifier.
Rappelons qu’hormis en oncologie, seulement 1 % des fonds en recherche en santé étaient alloués aux affections féminines, d’après un rapport en 2022 paru par le cabinet américain d’analyse de données McKinsey & company. En ce qui a trait aux travaux sur la peur, moins de 2 % d’entre eux étaient axés sur le cerveau féminin en 2012, selon une étude signée par deux psychiatres du Massachusetts.