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Santé

Pour une médecine sans douleur

30-05-2011

ENTREVUE AVEC SYLVIE LAFRENAYE

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[mks_one_half]Sylvie Lafrenaye est une femme en guerre; en guerre contre la souffrance. Pédiatre et professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, elle a longtemps exercé dans le service des soins intensifs. Là, elle a sauvé beaucoup de vies, mais la douleur qu’elle a lue dans les yeux et le corps de ses patients l’a profondément troublée. [/mks_one_half]

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C’est le livre de la psychologue canadienne Patricia A. McGrath, Pain in Children, un des premiers ouvrages traitant de la douleur de l’enfant, publié en 1989, qui a scellé la suite de sa carrière. Alors que bien des médecins sont obsédés par l’idée de guérir à tout prix, elle cherche à soulager à tout prix, ce qui, affirme-t-elle, ne fait pas partie des priorités des soignants, du moins au Québec.

Depuis quelques années, Sylvie Lafrenaye a entrepris un doctorat en études du religieux contemporain. Son sujet de recherche: la souffrance des parents dont l’enfant est atteint d’une maladie incurable. Il est temps, dit-elle, de pratiquer une médecine plus humaine qui s’attaquera à la douleur de l’âme autant qu’à celle du corps.

Vous prétendez que beaucoup de patients souffrent alors qu’il serait facile de les soulager. N’est-ce pas surprenant?
C’est pourtant la réalité! La douleur est le plus commun de tous les symptômes exprimés. Des études récentes ont démontré que 70% des patients qui se présentent dans les salles d’urgence se plaignent d’avoir mal, et que 70% en sortent avec la même douleur. Ils repartent avec un diagnostic; ils savent pourquoi ils ont mal, mais on ne les a pas soulagés.

Cela semble absurde. Comment l’expliquez-vous?
Je ne l’explique pas. Quand la médecine n’était pas une science mais un art, que le Tylenol n’existait pas et que la seule chose qu’on savait faire, c’était tenir la main aux malades, il fallait bien donner un sens à la souffrance. Mais aujourd’hui, plus rien ne justifie qu’un patient sorte du cabinet du médecin en ayant mal.
Il existe une vieille maxime attribuée à un chirurgien français du XVIe siècle, Ambroise Paré, qui définit ainsi le rôle du médecin: «Guérir parfois, soulager souvent, réconforter toujours.» Mais l’optique de la médecine a complètement changé. Elle est devenue très scientifique. Aujourd’hui, elle ne cherche plus à réconforter ou à soulager, mais à guérir à tout prix. La douleur des gens semble du coup devenue accessoire, secondaire.
Elle est davantage, pour les soignants, un symptôme d’appel à un diagnostic qu’un appel à un soulagement.

Lire la suite dans Québec Science de juin-juillet 2011

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