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Santé

Pourquoi les humains ont-ils des allergies?

27-12-2018

Auto-injecteur d’épinéphrine. Photo: Unplash, Kelly Sikkema

Pollen, chats, arachides, produits laitiers: pourquoi les humains sont-ils allergiques? Des chercheurs essaient de comprendre pour quelle raison les mécanismes responsables des allergies ont été sélectionnés au fil de l’évolution.

L’allergie est une réaction aberrante de l’organisme à une substance ou un aliment pourtant inoffensif. En cause, le plus souvent : des anticorps appelés IgE qui repèrent l’allergène et déclenchent une réaction immunitaire, causant rougeurs cutanées, éternuements, démangeaisons, maux de ventre, vomissements, diarrhées, crises d’asthme, voire une chute de la pression sanguine. La réaction anaphylactique peut même conduire à la mort. Difficile, donc, de voir l’utilité de ce mécanisme biologique…

Mais à quoi servent, au départ, les IgE? Quel est donc leur rôle normal au sein du système immunitaire? Les scientifiques n’ont pas totalement élucidé ce mystère.

Défense contre les parasites?

Longtemps, on a pensé que les IgE avaient pour rôle premier de lutter contre les parasites, autant internes qu’externes. Le fait d’être moins exposés aux parasites intestinaux dans le monde moderne se traduirait par une mise au « chômage » des IgE qui, en errant, développeraient une réactivité accrue contre des allergènes de l’environnement.

« Des preuves expérimentales montrent que les souris qui n’ont pas d’IgE ont plus de difficultés à se débarrasser des parasites intestinaux que les autres. Il y a aussi des études qui montrent que les IgE seraient utiles contre les tiques. Quand les IgE s’activent, on se gratte, et on déloge le parasite. Enfin, la troisième théorie montre que lorsqu’on est mordu ou piqué par une abeille, un serpent ou un autre animal venimeux, les IgE activent des cellules dans la peau, qui relâchent des substances capables d’inactiver le venin », explique Hans Oettgen, allergologue à l’Hôpital de Boston pour enfants et chercheur spécialiste des IgE.

Cela dit, l’hypothèse des parasites ne convainc pas à 100 %. « Certaines études suggèrent que les IgE ne sont pas essentiels dans la lutte contre les parasites », explique Jessica Strid, chercheuse en immunologie et inflammation à l’Imperial College London.

Protection de la peau

Son équipe vient de publier une étude dans Nature Immunology qui suggère que les IgE pourraient protéger la peau contre les agressions environnementales, en atténuant par exemple l’effet cancérigène du rayonnement UV ou de produits chimiques.

Pour arriver à cette conclusion, la chercheuse a appliqué sur la peau de souris de laboratoire une substance appelée DMBA, un puissant cancérigène et immunosuppresseur.

En réaction, le taux d’IgE dans le sang des souris et sur le site d’application a augmenté. « Les IgE semblent reconnaître les cellules de peau qui ont été endommagées par la substance toxique et pourraient contribuer à leur réparation ou leur élimination – ce que nous sommes en train d’étudier », explique la chercheuse dans un courriel à Québec Science.

C’est l’une des premières études à démontrer clairement le lien entre substances toxiques et mécanismes allergiques. « Ce travail suggère que des polluants environnementaux, comme le DMBA, sont des déclencheurs puissants de l’activation des IgE – on pense que l’exposition, via la peau, à des aliments pourraient déclencher les allergies alimentaires par ces mêmes mécanismes », explique-t-elle.

On sait en effet que les bébés ayant de l’eczéma très sévère se « sensibilisent » aux allergènes alimentaires par la peau, qui est lésée. Résultat, la moitié d’entre eux développent des allergies alimentaires avant l’âge d’un an.

Cette nouvelle étude pourrait aussi expliquer la hausse récente des allergies, en lien avec l’exposition croissante aux polluants. « Les IgE sont bénéfiques dans la peau et la protègent, mais le « prix à payer » pourrait être la survenue d’allergies lorsqu’on est exposé par erreur à un allergène extérieur et que les IgE le ciblent accidentellement. »

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