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03-10-2019

Dans le laboratoire le plus sécurisé du Canada, des microbiologistes surveillent de près les pires pathogènes de la planète. Le but : répondre au mieux à la prochaine grande épidémie, qui se produira peut-être plus rapidement qu’on le pense.

Le taxi s’arrête au cœur d’un quartier semi-industriel de Winnipeg, le long d’un boulevard où quelques entrepôts côtoient des maisonnettes sans charme. Aussi improbable que cela puisse paraître, les plus grands ennemis du genre humain se trouvent presque tous entre les murs de l’immeuble fédéral banal dans lequel je m’apprête à entrer. Impossible de ne pas ressentir un frisson…

Autour, pas de clôture, encore moins de barbelés. Certes, les visiteurs doivent montrer patte blanche à l’entrée – présentation d’une pièce d’identité, signature du registre, port du badge −, mais ces mesures n’ont rien d’exceptionnel. « Nous ne pouvons pas vous donner de détails, mais il y a bel et bien des systèmes de sécurité à l’extérieur et à l’intérieur », assure l’agente des communications qui me guidera tout au long de la journée.

Ici, les « détenus » sont aussi dangereux que minuscules. Ils ont pour noms Ebola, Marburg, Nipah et ils font partie du club des virus les plus mortels de la planète. Tuant de 25 à 90 % des gens qu’ils infectent, leur réputation n’est plus à faire. Celle du Laboratoire national de microbiologie (LNM) de l’Agence de la santé publique du Canada, qui m’ouvre exceptionnellement ses portes, non plus. C’est ici qu’ont été mis au point un traitement et un vaccin contre la fièvre hémorragique Ebola, le dernier étant utilisé pour contenir l’épidémie actuelle en République démocratique du Congo.

Mais la principale mission du LNM est défensive : il s’agit du point névralgique de la riposte nationale contre les maladies infectieuses. Et de notre rempart le plus solide contre les épidémies de toutes sortes, même les plus exotiques qui se tiennent pour l’instant à distance du pays.

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Car tous les experts, ceux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en tête, sont d’accord sur un point : l’arrivée de la prochaine pandémie n’est qu’une question de temps et ses conséquences seront majeures.

Pour s’en convaincre, il suffit de penser à la grippe espagnole de 1918, qui a infecté le tiers de la population mondiale et tué de 50 à 100 millions d’individus. Ou encore à la peste noire du 14e siècle, qui aurait décimé en cinq ans de 30 à 50 % de la population européenne. Ou à la variole, l’une des maladies les plus contagieuses et dévastatrices que l’humanité ait connues. Imaginez l’équivalent dans notre monde surpeuplé et hyperconnecté, où les déplacements de personnes et de marchandises ne cessent de s’intensifier… S’il est vrai que la médecine a progressé, l’humanité n’a pas fini d’en découdre avec les infections. Rien que depuis 1980, le nombre annuel de flambées épidémiques, toutes causes confondues, aurait triplé.

En cas de crise, les équipes de Winnipeg formées à la gestion des urgences s’installent dans cette salle équipée de moyens de communication dernier cri et coordonnent les opérations. Il existe quatre niveaux d’urgence et, dans les situations les plus graves, tous les postes sont occupés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En ces lieux, la hiérarchie habituelle vole en éclats: au total, 15 personnes sont en mesure de diriger le centre et c’est l’une d’elles qui prend les rênes. Autour des tables, chacun revêt un gilet de couleur qui permet de savoir dans quelle équipe il se trouve (logistique, communications…).
Photo: NML / CORY ARONEC PHOTOGRAPHY LTD

Lorsque la prochaine pandémie touchera le territoire canadien, les 600 employés du centre de Winnipeg, des biologistes aux informaticiens en passant par les agents administratifs, seront prêts à y faire face. Lors de la dernière frayeur qu’a connue la planète, la grippe H1N1 en 2009, le personnel s’est relayé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (même si, finalement, cette nouvelle souche s’est révélée peu meurtrière).

Que l’épidémie majeure à venir se présente sous les traits d’une grippe fulgurante ou d’une réplique du SRAS (le syndrome respiratoire aigu sévère), la première étape sera de reconnaître le pathogène en cause le plus tôt possible. « Nous sommes le laboratoire de référence pour diagnostiquer n’importe quelle menace infectieuse dans le pays, résume Matthew Gilmour, directeur scientifique du LNM. Nous avons aussi une mission de surveillance. Nous nous penchons sur les microorganismes émergents et sur ceux déjà connus à l’étranger, même s’ils n’ont encore jamais posé de problème au Canada. Dès qu’une menace surgit au pays, nous devons être capables d’offrir des tests diagnostiques aux Canadiens. »

Pour faciliter ce travail de veille, le LNM collabore avec un réseau international d’instituts de recherche qui lui envoient, par colis hautement sécurisés, des spécimens de tous les microbes inquiétants. Le Laboratoire national de microbiologie travaille aussi étroitement avec toutes les provinces, notamment avec l’Institut national de santé publique du Québec. Dès qu’un hôpital observe des symptômes inhabituels chez un patient, repère une série de cas suspects ou une maladie exotique rare, les experts du LNM sont avertis. « Le Zika en est un bon exemple. Aucune clinique, aucun hôpital public ou privé du pays ne connaissait ce virus avant l’épidémie [NDLR : qui a débuté au Brésil en 2015]. Personne n’offrait de tests diagnostiques, à part nous », illustre le Dr Gilmour.

Confinement maximal

Évidemment, on ne manipule pas des bestioles aussi virulentes à la légère. Des précautions extrêmes doivent être prises pour garantir la sécurité des employés, limiter les risques d’accident, de fuite ou d’attaque terroriste. D’ailleurs, les consignes sont claires : il m’est interdit de photographier les portes, les fenêtres et les caméras de surveillance, histoire de prévenir tout acte malveillant.

Le LNM, qui fête ses 20 ans cette année, est la seule installation au Canada à être classée niveau 4 sur l’échelle de sécurité biologique. Cela correspond au plus haut degré de confinement, indispensable pour manipuler les « P4 », les pathogènes de classe 4. « Cette catégorie regroupe des pathogènes susceptibles de provoquer des maladies graves, avec des taux de mortalité et de transmission élevés, et contre lesquels nous n’avons en général ni vaccins ni traitements », explique Mike Drebot, virologue réputé du LNM. Tous les P4 connus sont des virus, dont la plupart causent des fièvres hémorragiques comme Ebola.

Après avoir franchi une multitude de portes, qui ne s’ouvrent qu’avec les badges des rares employés autorisés (lesquels ne me lâchent pas d’une semelle), j’arrive finalement dans l’enceinte de haute sécurité. Mais impossible pour moi d’y entrer : il faut au moins un an de formation et d’entraînement pour pouvoir y mener des expériences. Je me contente par conséquent de regarder à travers les vitres.

Côté matériel, rien ne diffère des laboratoires de microbiologie classiques : comptoirs en acier, microscopes, pipettes et hottes ventilées. L’équipement des chercheurs, en revanche, ne passe pas inaperçu ! Dans une énorme combinaison de plastique bleue, ressemblant à un scaphandre avec casque intégral, un employé s’affaire ce jour-là à démonter toutes les machines pour la désinfection annuelle. Sa combinaison est reliée à un câble jaune en spirale fixé au plafond qui la gonfle tel un costume de bonhomme Michelin.« C’est comme un équipement d’astronaute : l’air est injecté à l’intérieur pour maintenir une pression positive », indique Brad Pickering, scientifique responsable des installations de niveau 4. Si par malheur le plastique protecteur était transpercé, l’air irait ainsi de l’intérieur vers l’extérieur, tenant les virus à distance du scaphandrier. « Quant à la pièce, elle est maintenue en sous-pression par rapport au reste du bâtiment : l’air ne peut pas s’en échapper », ajoute-t-il.

On ne s’en rend pas compte, mais l’enceinte est construite comme une « boîte en béton dans une autre boîte en béton », un peu selon le principe des poupées russes. Au-dessus du plafond, un compartiment est réservé aux installations de traitement de l’air, doublement filtré ; sous le plancher, les effluents liquides sont également décontaminés deux fois par jour.

Avant d’entrer dans ce bunker, les chercheurs enfilent, dans un sas, une tenue chirurgicale avec des sous-vêtements jetables (on ne plaisante pas avec la sécurité !) avant de se glisser dans le « scaphandre », équipé d’une radio pour les communications. « La règle est qu’on ne travaille pas dans le laboratoire plus de quatre heures d’affilée. Évidemment, à l’intérieur, on ne peut ni boire ni manger, ni aller aux toilettes », détaille Brad Pickering. Pas question, donc, d’avaler un litre de café avant d’y pénétrer : il faut compter au moins 20 minutes de procédure pour sortir du laboratoire. « Il faut d’abord prendre une douche chimique pour décontaminer la combinaison, puis une douche personnelle. »

Imperturbable, le technicien-astronaute essuie toutes les surfaces avec des gestes lents et appliqués. « Certaines manipulations sont plus difficiles à faire que dans un laboratoire de moindre sécurité. Nous devons porter deux paires de gants sous la paire de gants de la combinaison, qui ressemblent à des gants de vaisselle. Cela demande beaucoup de dextérité ! » précise Brad Pickering.

Les échantillons viraux sont eux-mêmes confinés dans des fioles spéciales. On refuse de me pointer l’endroit où ils sont stockés dans le laboratoire… Reste que les pires virus du monde sont tapis là, dans l’un des frigos ou derrière la porte close que j’aperçois au fond. Y compris celui de la grippe espagnole de 1918, que des scientifiques ont « ressuscité » ici, en 2007, dans le but de l’étudier.

Car le LNM ne se contente pas de confirmer des diagnostics. « Nous tentons aussi d’une part de comprendre ce qui fait qu’une maladie a émergé et pourquoi elle est virulente et d’autre part de déchiffrer la biologie de l’agent infectieux et d’améliorer les tests diagnostiques. Parfois, ces recherches aboutissent à un vaccin, comme dans le cas d’Ebola », mentionne Matthew Gilmour, qui ajoute que ses collègues et lui publient plus de 300 articles scientifiques chaque année. En 2009 par exemple, l’équipe de Winnipeg a été l’une des premières dans le monde à séquencer le génome de H1N1.

Le but : tenter autant que possible d’avoir une longueur d’avance sur ces pathogènes, que très peu de chercheurs ont les moyens d’étudier. En effet, il n’existe qu’une cinquantaine de laboratoires de niveau 4 sur la planète, conçus pour résister aux pannes de courant, aux séismes et à toute autre catastrophe naturelle.

Il n’existe qu’une cinquantaine de laboratoires de niveau 4 sur la planète, conçus pour résister aux pannes de courant, aux séismes et à toute autre catastrophe naturelle.

Galerie

Prêts pour la prochaine pandémie?

Les virus animaux sous la loupe

Les installations de Winnipeg demeurent uniques au monde : elles abritent non pas un, mais deux laboratoires de niveau 4 sous le même toit. Le second appartient au Centre national des maladies animales exotiques de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. C’est l’équivalent vétérinaire du LNM. « Nous travaillons sur les maladies qui pourraient toucher le bétail et avoir des conséquences dramatiques sur l’économie canadienne et le commerce, comme la peste porcine africaine », dit Alfonso Clavijo, directeur du volet animal. Cette maladie virale hémorragique fait paniquer les éleveurs du monde entier. Depuis 2018, elle se propage de façon fulgurante en Asie et a déjà conduit à l’abattage de plus d’un million de porcs en Chine. Aucun cas n’a été rapporté au Canada pour l’instant, mais on craint le pire.

Si la peste porcine épargne les humains, elle fait figure d’exception… Au total, les trois quarts des maladies animales émergentes peuvent se transmettre aux humains, selon l’Organisation mondiale de la santé animale. L’étroite collaboration entre les experts en santé animale et ceux en santé humaine est donc hautement stratégique. « C’est vraiment la force de notre centre. Tous les pathogènes de niveau 4 qui infectent l’humain actuellement sont d’origine zoonotique », poursuit Alfonso Clavijo.

Pas besoin de chercher loin pour trouver des exemples. Les virus grippaux sont véhiculés par les volailles et les oiseaux sauvages ; le VIH vient des singes ; la peste et la fièvre de Lassa, des rats ; le redoutable virus Marburg et le virus du SRAS, des chauves-souris ; et le virus Ebola, d’un animal dont on ignore encore le nom…

Ainsi, de 60 à 80 % des pathogènes humains émergents sont des virus qui affectent initialement les animaux, selon les estimations. La viande de brousse, les marchés de volailles, les élevages industriels ou même les animaux domestiques sont souvent le point de départ des pires épidémies. Dans cette promiscuité, les virus peuvent franchir la barrière des espèces et acquérir la capacité à se propager directement d’une personne à une autre. De cette capacité dépend leur destin : la transmission peut tourner court après quelques cas ou, au contraire, être à l’origine d’une flambée épidémique, voire d’une pandémie.

En moyenne, une nouvelle maladie infectieuse a surgi chaque année au cours des 30 dernières années, souvent en provenance directe des forêts tropicales denses d’Afrique ou d’Asie, à la faveur de la déforestation galopante, qui favorise les contacts avec la biodiversité. Les plus menaçantes font toutes partie du bestiaire du LNM.

Un virus respiratoire grave serait une catastrophe. Le monde n’est pas prêt à se défendre contre une telle maladie.

Tedros A. Ghebreyesus, directeur général de l’OMS

Maladie X… ou Y

Mais le LNM a beau tenir son stock de virus à jour, rien ne garantit que le prochain tueur de masse en fait partie. Les chercheurs le savent bien : réussir à prédire la prochaine souche pandémique relève plus de la boule de cristal que de la science ! Et les chances sont grandes que le virus en question nous prenne par surprise. En 2009, tout le monde avait les yeux tournés vers l’Asie, surveillant de près la grippe aviaire. Finalement, la pandémie a été causée par un virus de grippe porcine originaire d’Amérique, que personne n’avait vu venir… « L’une de nos forces, à Winnipeg, est notre capacité à diagnostiquer rapidement l’inconnu, grâce au séquençage génétique et à la bio-informatique », assure Matthew Gilmour.

De son côté, pour composer avec l’imprévu, l’OMS a ajouté en 2018 la « maladie X » sur sa liste des grandes menaces pour la santé mondiale, qui serait provoquée par un agent « potentiellement épidémique encore inconnu. » L’objectif : inciter la communauté internationale à se préparer à tous les scénarios.

À quoi pourrait ressembler l’agent X ? Probablement à un virus transmis par voie respiratoire, à en croire un rapport du Johns Hopkins Center for Health Security sorti fin 2018. Une sorte de grippe, sans doute, ou un nouveau syndrome respiratoire comme celui du Moyen-Orient, détecté pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite et transmis par les chameaux. Même si le risque de pandémie bactérienne (comme la peste) n’est pas à écarter, notent les experts, notamment à cause de la résistance croissante aux antibiotiques, les virus ont une force à ne pas négliger : ils peuvent muter et se répliquer à toute allure, et il n’existe aucun antiviral efficace contre une vaste gamme de pathogènes viraux.

En une semaine, un seul malade infecté par un virus transmissible par voie aérienne pourrait contaminer 25 000 individus. En un mois, 700 000. Et en six mois, ledit virus pourrait tuer 33 millions de personnes, selon des modélisations effectuées par l’Institute for Disease Modeling. De quoi faire passer le virus Ebola, qui ne se transmet « que » par contact avec les fluides corporels, pour un amateur.

« Un virus respiratoire grave serait une catastrophe. Le monde n’est pas prêt à se défendre contre une telle maladie », confiait le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à mon passage au siège de l’Organisation à Genève en juillet dernier.

Il ne cesse d’exhorter les gouvernements des États membres à investir dans le renforcement des systèmes de santé, incluant la mise en place de laboratoires d’analyse, la formation d’un réseau de détection précoce, l’accès aux diagnostics et aux vaccins. Plus de 400 millions de personnes n’ont toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels. « La sécurité sanitaire mondiale est largement sous-financée. Il faut réparer le toit avant que la pluie tombe, a-t-il martelé. Il faut aussi lutter contre la guerre, la pauvreté, le manque d’infrastructures dans les pays les plus à risque. »

Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg exporte d’ailleurs son expertise là où les moyens font défaut, à la demande du Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN), dont il fait partie. Ce réseau, coordonné par l’OMS, réunit des établissements de plus de 100 pays. Le LNM a ainsi envoyé des troupes en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 : certains chercheurs et techniciens ont passé des mois sur place, testant plus de 5 500 échantillons sanguins potentiellement contaminés par Ebola. Allen Grolla a fait partie du voyage. Ce biologiste a mis au point un système unique au monde, un laboratoire mobile « fait maison » qui ressemble à une table couverte d’une bulle de plastique transparent. « Ces petits laboratoires de niveau 4 sont facilement transportables sur le terrain, puisque tout se plie et tient dans une valise », illustre-t-il en insérant un tube de sang factice dans une boîte vitrée qui fait office de sas attenant à la « bulle » hermétique. Des gants intégrés à la paroi permettent de faire les tests diagnostiques en deux à trois heures en pleine brousse sans avoir à revêtir de scaphandre protecteur.

Depuis 2003, Allen Grolla a trimbalé son laboratoire mobile en Chine pour traquer le SRAS, au Bangladesh pour le virus Nipah, en Angola pour la fièvre de Marburg, et il s’est frotté à Ebola un nombre incalculable de fois. Il peut en témoigner mieux que personne : virus et bactéries n’ont que faire des frontières.

Advenant une crise mondiale, c’est à Genève, à 7 000 km de Winnipeg, que s’organiserait la riposte. Dans le sous-sol du bâtiment principal de l’OMS se niche la SHOC room, connue en français comme le Centre stratégique d’opérations sanitaires. Le jour de ma visite, tout était calme, mais on imagine facilement l’effervescence qui doit régner dans la salle en temps de crise, lorsque tous les postes sont occupés autour des tables disposées en rectangle et que les téléphones ne dérougissent pas. Le mur du fond est couvert d’un immense écran ; sur les côtés, plusieurs téléviseurs sont suspendus, branchés en continu sur les chaînes d’information ou affichant des cartes géographiques détaillées. Des horloges numériques indiquent l’heure de New York, d’Auckland, de Londres. C’est ici qu’on coordonne, depuis 2003, la collaboration entre les États membres, les partenaires humanitaires et les réseaux tels que le GOARN en cas de drame sanitaire. Autant dire que ces murs recouverts de boiseries surannées ont dû entendre des conversations tendues…

Sur l’écran principal, les pays du monde entier apparaissent en vert, orange ou rouge selon l’état d’urgence dans lequel ils se trouvent. Sans surprise, la République démocratique du Congo est en rouge à cause de l’épidémie d’Ebola qu’elle subit depuis plus d’un an ; le Yémen aussi, à cause du choléra ; la Somalie à cause d’une éclosion de poliomyélite.

Même si les experts font le point quotidiennement, ils n’activent le Centre qu’une quinzaine de fois par année, lorsqu’une situation dégénère quelque part. De son côté, le LNM de Winnipeg dispose d’un centre d’opérations de crise, très similaire, qui orchestre la lutte contre les épidémies et le bioterrorisme au Canada et communique, au besoin, avec l’équipe de l’OMS.

« Nous recevons 7 500 signalements par mois, formels ou informels, à propos de morts par maladies infectieuses ou de cas considérés comme inhabituels. Sur le lot, nous en suivons en moyenne 450 de près, nous menons une trentaine d’enquêtes et nous attribuons un niveau de risque à une dizaine de situations. Si le problème surgit dans un pays qui est équipé pour le surmonter, le risque est faible. Si le risque est élevé, l’OMS peut entrer en scène », explique Jorge Castilla, chargé des programmes de réponse d’urgence à l’OMS.

De toutes les crises récentes, c’est celle d’Ebola en Afrique de l’Ouest, de 2014 à 2016, qui a mobilisé le plus de personnel dans cette salle. L’OMS a pourtant été vertement critiquée pour sa riposte tardive à l’épidémie, pour les lacunes en matière d’expertise et de coordination et pour son manque de transparence. « Nous travaillons désormais avec des anthropologues pour nous aider à mieux lutter contre Ebola en favorisant la collaboration des communautés », a dit le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, juste avant d’entrer dans la SHOC room.

Il sait que le monde doit désormais faire face à un nouveau fléau, qui n’a rien de microbien : les fausses rumeurs et la désinformation, qui entravent la lutte partout où une maladie émerge. Lors de la dernière pandémie, en 2009, les réseaux sociaux en étaient à leurs balbutiements. « Aujourd’hui, ils ont une puissance inouïe : en quelques heures, une fausse information peut atteindre des millions de personnes. Les dommages sont déjà immenses. Personne ne s’attendait à voir la rougeole réapparaître dans les pays développés par exemple », se désole-t-il. Une épidémie d’un nouveau genre que les experts d’ici et d’ailleurs risquent d’avoir du mal à contenir.

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