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Santé

Qui recevra en premier le vaccin contre la COVID-19?

21-09-2020

Image: Alexandra_Koch/Pixabay

La question peut sembler prématurée, car le vaccin est encore très loin d’être disponible. Mais déjà, des éthiciens d’ici et d’ailleurs étudient les différentes stratégies vaccinales: c’est-à-dire l’ordre dans lequel la population sera immunisée.

Pour le moment, impossible de prendre des décisions: la stratégie dépendra des caractéristiques du vaccin mis sur le marché. Rappelons qu’une quarantaine de variantes sont actuellement testées sur les humains.

«On imagine un vaccin universellement disponible et accessible à tout le monde, mais ce ne sera pas nécessairement le cas, indique Bryn Williams-Jones, directeur des programmes de bioéthique et professeur titulaire au département de médecine sociale et préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (EPSUM). Par exemple, un vaccin pourrait démontrer son efficacité chez les adultes, tandis que les études seraient encore manquantes chez les personnes âgées.»

Benoit Mâsse, également professeur à l’EPSUM, donne en exemple la campagne de vaccination réalisée pour le virus Ebola en République démocratique du Congo, où il présidait un comité de vaccination. «Au tout début, on ne possédait aucune donnée sur l’innocuité du vaccin chez les enfants. Si cette information est manquante, on ne peut pas commencer à les vacciner. Il faut effectuer des études en recrutant des jeunes pour s’en assurer. C’est ce qui a été fait pour Ebola», dit ce chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

Cette recherche était d’autant plus importante, car le taux de mortalité était très élevé parmi les enfants touchés par la maladie à virus Ebola. Dans le cas de la COVID-19, les petits semblent moins à risque de complications que les personnes âgées ou celles souffrant de comorbidités.

Pourrait-on alors imaginer que les personnes âgées soient les premières vaccinées? Oui et non. «Dans les études cliniques sur les vaccins, on a tendance à recruter surtout des gens en santé. Je ne dis pas qu’ils vont être exclus, mais au début, les premières campagnes de vaccination viseront les tranches de la population où l’on est presque assuré qu’il soit sécuritaire», estime M. Mâsse.

Dans le cas où le vaccin est sécuritaire pour toutes les tranches de la population, les deux chercheurs sont sans équivoque: on devrait d’abord vacciner les personnes âgées de plus de 60 ans vivant dans des résidences, ainsi que le personnel soignant, qui est essentiel au fonctionnement du système de santé. «Si on regarde les scénarios optimaux, en termes de décès totaux, d’hospitalisations et de cas sévères évités, on doit viser ces deux groupes pour obtenir le plus grand impact», précise Benoit Mâsse.

Distribution du vaccin à l’international

Dans les hautes sphères politiques, les pays riches se dépêchent déjà à acheter un nombre suffisant de doses pour leurs citoyens. Des groupes spécialisés en éthique un peu partout dans le monde tentent de jeter les bases de lignes directrices pour l’allocation équitable de ces doses dans les différents pays.

On souligne ici trois approches ayant des points communs: celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’US National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine et une autre établie par un groupe de chercheurs internationaux publiée dans la revue savante Science et appelée le Fair Priority Model.

Au bout du fil, Joseph Heath, qui a contribué à l’élaboration de cette dernière approche, explique que les pays qui réservent déjà des doses pourraient se retrouver avec des surplus à distribuer par des fondations philanthropiques. «Notre but était de déterminer quel genre de principes devraient guider cette attribution équitable», explique le professeur de philosophie à l’Université de Toronto.

Son groupe propose ainsi de distribuer le vaccin en trois phases, selon le Fair Priority Model. Dans la première phase, les vaccins seraient attribués en urgence aux pays où ils auraient le plus d’impacts sur deux points: l’allongement de la durée de vie et la prévention de décès prématurés.

Le chercheur torontois mentionne que leur plan diffère de celui de l’OMS, qui utilise des indicateurs beaucoup plus larges. Il est critique face à ce modèle qui, selon lui, favorisait plutôt les pays riches pour l’attribution des doses. «Le modèle de l’OMS examine, par exemple, une partie spécifique de la population qui a 65 ans et plus. En fait, cela favorise les pays riches, car l’espérance de vie y est beaucoup plus élevée et parce que ces pays ont une population plus importante de gens ayant plus de 65 ans. Il est intéressant de réfléchir à un modèle qui serait équitable entre les pays et qui ne privilégierait pas uniquement les pays riches ou les pays pauvres.»

Ce qui préoccupe le plus Joseph Heath? C’est le nationalisme vaccinal: chaque pays s’inquiète seulement pour ses citoyens. Il faut renverser cette tendance. «L’idée avec notre modèle, c’est que dans la première phase, on vaccine 10% de la population mondiale, ce qui va produire un énorme bénéfice, car les plus vulnérables seront protégées.»

Vacciner 100% d’une population d’un pays alors que d’autres régions n’ont pas cette chance ne serait pas efficace. «En atteignant une immunité collective avec 70% de la population vaccinée, il n’y a pratiquement plus de bénéfices à vacciner le dernier 30%.» Ces doses pourraient être réaffectées vers des pays qui en ont vraiment besoin, ajoute-t-il.

Même si le vaccin est disponible en 2021, il faudra continuer de s’armer de patience et continuer à respecter les mesures préventives, car la distribution du vaccin pourrait être longue. «Une fois le vaccin découvert, on ne reviendra pas à la normale tout de suite», confie Benoit Mâsse, qui a d’ailleurs écrit un texte d’opinion à ce sujet pour Options politiques.

COVAX: l’union fait la force

COVAX (Covid-19 Vaccines Global Access Facility) est une initiative lancée en juin par trois partenaires : l’OMS, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) et Gavi L’Alliance du Vaccin. Elle regroupe fabricants et nations – le Canada en fait partie – qui ont accepté d’unir leurs efforts pour ensuite donner un accès équitable au futur vaccin. L’objectif est de donc de «développer 2 milliards de doses d’ici la fin de 2021, ce qui devrait être suffisant pour protéger les personnes vulnérables et le personnel de la santé». La Chine a rejoint le 9 octobre l’alliance COVAX. À noter que les États-Unis ne font pas partie de ce regroupement.

Jusqu’à présent, 156 nations, qui représentent près de deux tiers de la population mondiale, se sont engagées dans COVAX, selon un communiqué récent diffusé par l’OMS.

(Mise à jour le 13 octobre)

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